Aimee Lou Wood, révélée dans la série à succès Sex Education et plus récemment dans The White Lotus, fait un pari audacieux : insuffler une nouvelle vie à la comédie romantique à la française avec sa première création télévisuelle, Film Club. Cette série ambitieuse, disponible sur BBC, vise à combler le vide laissé par les classiques d’antan comme Quand Harry rencontre Sally ou Coup de foudre à Notting Hill, et à célébrer à nouveau la beauté des « nerds qui tombent amoureux ».
Co-écrite avec son ami Ralph Davis, acteur dans House of the Dragon, cette mini-série de six épisodes en 30 minutes suit Evie, interprétée par Aimee Lou Wood elle-même. Fragilisée par une période de mal-être qui l’a clouée chez elle pendant six mois, Evie anime chaque vendredi soir un club de cinéma avec sa meilleure amie Noa. Une bulle réconfortante où les pellicules classiques côtoient les émotions.
Dès le premier épisode, on découvre Evie, 28 ans, se réfugiant dans son garage, métamorphosé chaque semaine pour épouser l’univers du film choisi. Ce vendredi, le choix se porte sur un monument de la science-fiction : Alien, le classique de Ridley Scott sorti en 1979. Son ami Noa, affublé d’un costume d’époque pour le moins… surprenant, vient gâcher la soirée avec une annonce : une nouvelle opportunité professionnelle à Bristol le tient éloigné. Malgré sa déception palpable, Evie le félicite, mais son angoisse filtre, faisant écho aux inquiétudes de sa mère, Suz, visiblement préoccupée par l’impact de cette absence sur sa fille fragile. Le rideau tombe, laissant le spectateur se demander si Evie trouvera le courage de franchir le seuil de sa porte sans son roc.
Le ton est donné : Film Club se révèle d’emblée intelligent, drôle et empreint d’une douce espérance. La série ne cherche pas la révolution, et c’est précisément là que réside son charme. Au fil des épisodes, on assiste à l’éclosion progressive d’Evie, subtilement encouragée par Noa (joué par Nabhaan Rizwan) et par son jeune voisin Callum (Owen Cooper, vu dans Adolescence). Tous, à l’instar du public, ne peuvent s’empêcher de prendre fait et cause pour elle.
Officiellement classée comme un drame romantique, Film Club explore effectivement la relation ambiguë entre Evie et Noa, une dynamique « devrait-elle / ne devrait-elle pas » qui se déroule parallèlement à sa relation, apparemment stable, avec son petit ami Josh. Mais la série va au-delà, tissant avec autant de finesse l’histoire d’amour filiale entre Evie, sa sœur et leur mère. Et pour incarner cette figure maternelle essentielle, qui d’autre que la brillante Suranne Jones ?
Sans conteste, Suranne Jones vole la vedette dans le rôle de Suz, la mère célibataire, dévouée et aimante. Loin de ses rôles habituels plus graves, elle livre une prestation touchante et pleine d’humour, avec son usage répété et charmant du mot « babes » et sa présence constante dans la cuisine, toujours occupée à préparer quelque chose ou à s’occuper des siens. Sa maladresse bienveillante instille une atmosphère chaleureuse qui donne envie de prendre le téléphone pour appeler sa propre mère.
Avec son humour et son cœur, Film Club aborde avec délicatesse les répercussions de l’anxiété et la manière dont l’amour, sous toutes ses formes, peut nous aider à reconstruire les fragments de nous-mêmes que nous croyions perdus. Aimee Lou Wood souhaitait créer une œuvre où « les nerds tombent amoureux », et elle y parvient avec brio, célébrant par la même occasion la passion partagée pour le cinéma et les petites victoires du quotidien.
Si vous avez apprécié The Breakfast Club, Such Brave Girls ou Fleabag, Film Club saura vous séduire. Elle distille une dose de nostalgie et de comédie initiatique à la The Breakfast Club, les dynamiques familiales chaotiques d’une mère et de ses filles vues dans Such Brave Girls, et l’humour pince-sans-rire et ciselé de Fleabag de Phoebe Waller-Bridge. Le tout forme un mélange original qui fait de Film Club une proposition singulière. Heureusement, cette intrigue attachante laisse présager une saison 2, ce qui serait tout à fait opportun tant la série témoigne de l’importance de surmonter le premier obstacle.