Après des succès commerciaux retentissants derrière la caméra – notamment la saga Pirates des Caraïbes, le remake horrifique de The Ring et le film d’animation oscarisé Rango – le réalisateur Gore Verbinski revient avec une comédie d’aventure de science-fiction déjantée, Good Luck, Have Fun, Don’t Die, un projet indépendant audacieux qui sortira le 13 février aux États-Unis et en Australie, et le 20 février au Royaume-Uni.
Ce nouveau film marque un tournant pour Verbinski, qui, malgré un parcours impressionnant aux côtés de stars comme Brad Pitt, Julia Roberts, Nicolas Cage et Michael Caine, n’a jamais acquis une notoriété grand public immédiate. Il a souvent été au service d’une franchise ou d’un acteur en particulier, plutôt que de mettre en avant sa propre vision. Après l’échec cuisant de The Lone Ranger en 2013, Verbinski s’était fait plus discret avant de revenir en 2016 avec A Cure for Wellness, une œuvre ambitieuse mais décevante au box-office.
Good Luck, Have Fun, Don’t Die a été financé de manière indépendante et ensuite acquis par Briarcliff, une société connue pour prendre des risques sur des films que d’autres évitent, que ce soit en raison de leur contenu (comme le drame sur Donald Trump, The Apprentice), de controverses en coulisses (comme Magazine Dreams avec Jonathan Majors) ou de leur qualité discutable (comme The Thing With Feathers avec Benedict Cumberbatch). Le film possède certes des éléments commerciaux – des scènes d’action spectaculaires, un casting reconnu, un budget conséquent – mais il se présente comme une œuvre atypique pour 2026.
Le film débute sur une prémisse familière mais captivante : un homme, interprété par un Sam Rockwell particulièrement énergique, fait irruption dans un diner en affirmant venir du futur. Il met en garde contre un avenir où la dépendance aux smartphones a conduit à l’effondrement de la société et où l’intelligence artificielle a pris le contrôle. Il a besoin de volontaires pour l’aider à remonter à la source du problème et à changer le cours des événements, une quête qu’il a déjà tentée à plusieurs reprises sans succès.
L’intrigue rappelle Terminator 2 mis à jour avec des éléments de Black Mirror, Les Mitchell contre les machines, Matrix, Wall-E et même les angoisses liées à l’an 2000, le tout saupoudré d’un maximalisme débridé à la manière d’Everything Everywhere All at Once. Si le film se veut une vision novatrice, il s’appuie sur des références déjà bien connues. Cependant, la combinaison fonctionne étonnamment bien, en grande partie grâce à la critique acerbe du film envers l’intelligence artificielle et à sa représentation des conséquences néfastes de notre hyperconnectivité, un sujet particulièrement pertinent à l’heure actuelle.
Une fois que Rockwell rassemble son équipe (composée de Juno Temple, Zazie Beetz, Haley Lu Richardson et Michael Peña), le scénariste Matthew Robinson offre à chaque personnage un aperçu de la manière dont la technologie a eu un impact négatif sur leur vie, qu’il s’agisse d’une enseignante aux prises avec des élèves accros à TikTok ou d’une mère qui tente de transférer la conscience de son fils décédé dans un clone. Ces vignettes s’avèrent plus intéressantes que la quête principale, parfois répétitive.
Le rythme effréné et les règles imprévisibles de l’univers du film, avec ses sbires masqués de cochon, ses jouets animés et, plus maladroitement, une créature féline géante mangeuse d’hommes, peuvent parfois déstabiliser. La longueur du film (134 minutes, contre 147 pour A Cure for Wellness) pourrait laisser penser qu’une série limitée aurait été plus appropriée. L’excès constant tend à masquer les observations plus subtiles et les moments plus humains, comme la tristesse face à ce que la technologie a déjà détruit et la peur de ce qui pourrait encore arriver.
Sam Rockwell parvient à maintenir un équilibre délicat, restant énergique sans être irritant, tandis que Haley Lu Richardson se distingue une fois de plus, apportant de la profondeur à son personnage de puriste allergique à la technologie, qui pourrait détenir la clé de tout. Même s’il nécessite encore quelques ajustements, Good Luck, Have Fun, Don’t Die est une œuvre inventive et stimulante, un chaos assumé qui témoigne d’une créativité humaine indéniable.