Publié le 13 février 2026 à 22h52. Les pertes militaires russes dépassent le nombre de nouvelles recrues pour le deuxième mois consécutif, une situation qui pourrait signaler des difficultés croissantes pour le Kremlin à maintenir ses effectifs en Ukraine.
- En janvier, 30 618 soldats russes ont été tués ou blessés, contre seulement 22 000 nouvelles recrues.
- La Russie semble recourir à des incitations financières réduites et à des méthodes de coercition pour maintenir le flux de combattants.
- Les experts estiment que la destruction du matériel soviétique et le recours à des tactiques d’infanterie légère pourraient indiquer une stratégie de préservation des troupes plus expérimentées.
Selon des informations relayées par L’Indépendant de Kyiv, les forces russes ont subi des pertes supérieures au nombre de soldats recrutés pendant deux mois d’affilée. Robert Brovdi, commandant des forces ukrainiennes de systèmes sans pilote, met en garde contre les implications de cette tendance.
En janvier dernier, 22 000 personnes ont rejoint les rangs de l’armée russe, tandis que les pertes vérifiées s’élevaient à 30 618 soldats. Ces chiffres, qui n’ont pu être vérifiés de manière indépendante par L’Indépendant de Kyiv, proviennent des unités de drones des forces de défense ukrainiennes.
Palle Ydstebø, lieutenant-colonel et directeur du War College (KS) de Nettavisen, nuance cette situation. Il explique que, durant l’hiver 2024-2025, les pertes ont dépassé les 45 000 hommes pendant plusieurs mois, avant de se stabiliser autour de 30 000 par mois. Depuis, la Russie semble capable de recruter jusqu’à 30 000 soldats par mois, ce qui, selon lui, pourrait suffire à compenser les pertes.
« Il y a une grande incertitude à ce sujet. »
Palle Ydstebø, lieutenant-colonel et directeur du War College (KS) de Nettavisen
L’évolution des primes et des salaires versés aux recrues pourrait expliquer cette situation. À l’automne 2024, ces incitations financières avaient atteint des niveaux records, mais elles ont depuis été considérablement réduites. En décembre, une remise de dette allant jusqu’à 10 millions de roubles (environ 100 000 euros au taux de change actuel) a été introduite pour les soldats enrôlés. Selon M. Ydstebø, la motivation principale pour s’engager dans la guerre en Ukraine est financière, mais des formes de coercition, formelles et informelles, sont également utilisées, notamment à l’encontre des soldats en service initial avant d’avoir terminé leurs études.
La Russie serait également active en Afrique et en Asie pour recruter des soldats, en leur proposant souvent des places d’études ou des emplois « civils ».
En décembre, le bilan était légèrement moins défavorable pour la Russie qu’en janvier, avec environ 33 200 soldats tués et 27 400 recrutés.
M. Ydstebø souligne que la Russie dispose encore de suffisamment de personnel pour maintenir ses opérations, en particulier en utilisant des troupes moins expérimentées comme appât.
« La Russie dispose de suffisamment de personnel pour partir lorsqu’elle fixe des exigences suffisamment basses, en particulier pour ceux qui sont recrutés comme consommation régulière, c’est-à-dire ceux qui sont envoyés dans des attaques pour tenter d’amener les Ukrainiens à se révéler afin que l’artillerie et les drones puissent les abattre en pièces avant que de meilleurs soldats n’interviennent. »
Palle Ydstebø, lieutenant-colonel et directeur du War College (KS) de Nettavisen
Tom Røseth, directeur du renseignement à l’Académie norvégienne de défense (FHS), estime que la mobilisation russe présente des signes de faiblesse. Le recrutement, stable autour de 30 000 personnes, est maintenu grâce à des incitations économiques importantes et à une propagande nationaliste intense.
Selon M. Røseth, le nombre de Russes blessés ou tués, qui pourrait atteindre 1,2 million, est significatif, compte tenu de la taille de la population active. Les incitations financières accordées aux mobilisés pèsent également lourdement sur le budget de l’État. Il considère ce modèle comme non viable à long terme.
La destruction du matériel de guerre soviétique est également un facteur important. M. Ydstebø a constaté que les forces russes utilisent de moins en moins de véhicules blindés dans leurs attaques, privilégiant l’infanterie à pied ou des véhicules tout-terrain rapides. Cela s’explique par les pertes matérielles importantes subies lors d’attaques avec des véhicules blindés, souvent immobilisés par des mines et détruits par l’artillerie et les drones.
Le manque d’accès de l’armée russe à Starlink, le réseau satellitaire d’Elon Musk, pourrait également jouer un rôle dans le ralentissement des offensives russes et la diminution du nombre de victimes, selon M. Røseth.
La situation pourrait évoluer dans les mois à venir. M. Røseth souligne qu’il est nécessaire d’attendre encore quelques mois avant de tirer des conclusions définitives.
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Le Kremlin tente de maintenir la guerre sans mobilisation complète et dépend toujours du recrutement contractuel et des récompenses financières pour éviter les réactions politiques négatives qui ont suivi la mobilisation de 2022, selon L’Indépendant de Kyiv.
Le journal ukrainien précise qu’il n’a pas été en mesure de vérifier de manière indépendante les chiffres qu’il cite.