Publié le 06 novembre 2025 13:07:00. La théologienne Johanna Rahner déplore que la nouvelle lettre du Vatican sur Marie omette son rôle révolutionnaire en tant que figure de contestation du pouvoir, tel qu’exprimé dans le Magnificat.
- La théologienne Johanna Rahner regrette l’absence de référence au Magnificat dans la nouvelle lettre du Vatican sur Marie, y voyant un texte d’une puissance révolutionnaire et libératrice oubliée.
- Elle souligne que cette perspective pourrait remettre en question les structures hiérarchiques de l’Église et inspirer un profond espoir de changement.
- Rahner juge utile la clarification du Vatican selon laquelle Jésus-Christ est le seul rédempteur, tout en défendant le rôle de Marie comme « avocate du Christ » et en reconnaissant la persistance d’une terminologie imprécise dans la piété populaire.
Dans une interview accordée au portail Internet de l’Église allemande katholisch.de, la dogmaticienne de Tübingen, Johanna Rahner, a déploré jeudi l’absence dans la récente lettre pastorale du Vatican, « Mater populi fidelis », d’une reconnaissance du rôle potentiellement révolutionnaire de Marie en tant que modèle de critique du pouvoir. Selon elle, le passage le plus emblématique de cette vision est le Magnificat.
« Si Dieu renverse les puissants du trône et exalte les humbles, alors il s’agit presque d’un programme politique, d’un signal d’alarme théologique de libération, d’une mariologie qui a la capacité de changer le monde », a affirmé Rahner, citant le cantique de la Vierge. Pour la théologienne, ce texte biblique est fondamental car il peut résonner profondément avec les expériences vécues par les individus.
« Il n’y a pas de texte plus révolutionnaire sur Marie que cet éloge biblique. »
Johanna Rahner, dogmaticienne
Elle regrette vivement que cette facette de Marie soit passée sous silence dans la lettre du Vatican, d’autant plus que ce texte aurait eu beaucoup à apporter à la réflexion contemporaine. Rahner estime qu’une telle approche aurait pu, par exemple, amener à questionner la structure hiérarchique ecclésiastique. « Marie nous montre ‘physiquement’ que rien n’est impossible à Dieu. Il y a aussi énormément d’espoir là-dedans, pas seulement pour des changements dans l’Église, mais bien sûr bien au-delà. »
La nouvelle lettre du Vatican réaffirme que Marie n’est pas une co-rédemptrice dans le plan divin du salut. Bien que cette déclaration puisse susciter une certaine déception, Rahner tempère : « Personne n’avait sûrement l’intention d’exiger une quadrature au lieu d’une Trinité, c’est-à-dire de placer la Mère du Seigneur à côté de Dieu le Père, le Fils et l’Esprit. Cela ne serait plus catholique, cela ne serait jamais catholique. »
Par ailleurs, la dogmaticienne juge « très utile » le fait que le document rappelle explicitement que Jésus-Christ est l’unique rédempteur. Elle précise que Marie est plutôt l’« avocate du Christ ». Le texte justifie ces affirmations de manière dogmatiquement solide, traçant une ligne claire : « L’œuvre unique de rédemption, seul effet rédempteur de Jésus-Christ, ne doit pas être remise en cause par la piété mariologique. »
Comprendre Marie comme co-rédemptrice pourrait laisser entendre que l’œuvre rédemptrice du Christ serait incomplète ou nécessiterait un complément de la part de Marie, une idée que la théologienne juge non catholique. Néanmoins, Johanna Rahner anticipe que « une certaine terminologie impure continuera certainement d’exister » dans les pratiques de dévotion. Si la prière individuelle adressée à Marie reste possible, les déclarations officielles ne devraient plus la qualifier de co-rédemptrice, conclut-elle.