Le gouvernement de l’État du Gujarat a présenté un projet de réforme des règles d’enregistrement des mariages, suscitant un débat sur la liberté individuelle et le rôle des familles. Les nouvelles dispositions obligent désormais les couples à informer leurs parents de leur intention de se marier, une mesure présentée comme une lutte contre les fraudes mais critiquée par certains comme une atteinte aux droits fondamentaux.
Selon le projet de règlement déposé vendredi devant l’Assemblée législative, les futurs époux devront fournir une déclaration attestant qu’ils ont informé leurs parents de leur union. Le registraire civil informera ensuite les parents par voie électronique, y compris via l’application de messagerie WhatsApp, ou par courrier. L’enregistrement du mariage ne sera validé que 30 jours après vérification, et toutes les informations soumises seront centralisées sur un portail gouvernemental.
Le député CM Harsh Sanghavi, à l’origine de cette proposition, a défendu la mesure en affirmant que le gouvernement ne s’oppose pas aux mariages consentis, mais qu’il souhaite prévenir les abus. « Nous ne sommes pas contre les mariages d’amour, mais nous ne pouvons tolérer la tromperie au nom du consentement mutuel », a-t-il déclaré. Il a évoqué des cas où des jeunes femmes auraient été victimes de manipulations, citant l’exemple de personnes se faisant passer pour d’autres afin de contracter mariage. « Des individus comme Salim se faisant passer pour Suresh ne seront pas autorisés », a-t-il précisé.
M. Sanghavi a également mentionné des enquêtes menées dans le district de Panchmahal, où des certificats de mariage islamiques (nikaah) auraient été délivrés dans des villages dépourvus de mosquées ou de population musulmane. Il a affirmé que des centaines de ces certificats auraient été émis par les secrétaires de panchayat (talati-cum-mantris) dans des localités comme Kankodakui et Nathkuva.
La proposition a reçu un accueil favorable de la part du parti Aam Aadmi (AAP). Son législateur, Hemant Ahir, qui avait lui-même présenté un projet de loi similaire en début de semaine, a salué le dépôt des amendements, les qualifiant de « nécessité du moment » et soulignant l’existence de « lacunes » dans les règles actuelles. Le député du BJP Lavingji Thakor a également soutenu la mesure, estimant qu’elle bénéficierait aux familles de toutes les communautés.
Le Congrès national indien, en revanche, n’a pas pris position publiquement sur cette question. Par ailleurs, plusieurs organisations communautaires, notamment celles représentant les communautés Patidar et Kshatriya Thakor, revendiquent depuis longtemps la participation obligatoire des parents aux mariages.
Selon les informations disponibles, le gouvernement de l’État a mené plus de 30 réunions au cours des trois derniers mois avec des représentants de diverses organisations afin de finaliser ces changements.
Cependant, des experts juridiques mettent en garde contre la possible invalidation de cette proposition par les tribunaux. L’avocat Mahesh Baria a souligné que la mesure pourrait porter atteinte aux droits fondamentaux garantis par l’article 21 de la Constitution indienne. Son confrère Nilesh Bhavsar a ajouté que même si le gouvernement présente cette mesure comme une simple formalité, l’opposition des parents pourrait influencer les décisions d’enregistrement et entraîner des litiges.