Publié le 2025-10-19 15:12:00. La trêve à Gaza est en péril. Des bombardements israéliens, suivis de la reprise du blocus de l’enclave, ont marqué une nette escalade suite à des attaques présumées contre des soldats israéliens. Les États-Unis tentent d’éviter un retour à la guerre ouverte.
- La trêve observée depuis la semaine dernière est sévèrement mise à l’épreuve suite à des bombardements israéliens et à la fermeture du blocus de Gaza.
- Israël justifie ces actions par une « violation flagrante » de la trêve par des combattants palestiniens, qui auraient tiré sur des soldats à Rafah, causant la mort de deux d’entre eux.
- L’armée israélienne a mené des frappes sur plusieurs points de l’enclave, faisant au moins 14 victimes palestiniennes selon l’agence WAFA.
La situation s’est rapidement dégradée dimanche, après que l’armée de l’air israélienne a ciblé plusieurs zones de la bande de Gaza. Le gouvernement israélien a dans la foulée ordonné la reprise du blocus, interdisant l’entrée de biens essentiels « jusqu’à nouvel ordre ». Benjamin Netanyahu a qualifié ces mesures de réponse à une attaque israélienne, qualifiée de violation « flagrante » de la trêve par des combattants palestiniens. Ces derniers auraient ouvert le feu avec des missiles antichars contre des soldats israéliens dans le sud de Rafah, une zone théoriquement sous contrôle israélien suite au cessez-le-feu.
Cette attaque a entraîné la mort de deux soldats israéliens, marquant les premiers décès depuis l’entrée en vigueur de la trêve. En réponse, Tsahal a mené des frappes sur Rafah, mais aussi sur Jabalia au nord et Deir el Balah au centre de l’enclave. L’agence de presse palestinienne WAFA rapporte que des éclats d’obus israéliens ont tué au moins 14 personnes dimanche.
Dans un premier temps, le Premier ministre israélien a annoncé avoir ordonné une « réponse forte » contre des « cibles terroristes ». Dans une déclaration ultérieure, sans mentionner explicitement la trêve, il a réaffirmé que le Hamas représentait « la plus grande menace » pour les Israéliens et que son pays agirait avec force pour « contrer » son emprise sur Gaza.
Ces déclarations font suite à une réunion d’urgence entre Benjamin Netanyahu, le ministre de la Défense Israel Katz et des hauts responsables militaires pour évaluer la situation et définir la réponse israélienne. La décision de bloquer l’aide humanitaire met en péril non seulement la trêve, mais aussi la survie de milliers de Gazaouis souffrant de malnutrition, dans un territoire déjà déclaré en état de famine par l’ONU en août.
Selon le portail Axios, la Maison Blanche interviendrait pour tenter de sauver la trêve, perçue comme un projet américain. Israël aurait informé l’administration Trump de son intention de mener des frappes. « Personne ne souhaite un retour à la guerre ouverte », a confié un responsable américain au site, ajoutant que « les Israéliens veulent montrer au Hamas qu’il y a des conséquences, sans pour autant ruiner l’accord de paix ».
Les télévisions Al Jazeera et Al Arabiya ont rapporté des explosions à Rafah ayant blessé des soldats israéliens, suivies de ripostes israéliennes. À Jabalia, l’agence WAFA fait état de deux morts, tandis qu’une attaque contre un café à Deir el Balah aurait causé la mort de six personnes, dont un commandant de la branche armée du Hamas selon Al Hadath.
Ces événements marquent une escalade significative dans le conflit, alors même que la trêve est censée être en vigueur. Jusqu’à samedi, Israël avait déjà tué une trentaine de Gazaouis dans des incidents liés au franchissement de la « ligne jaune » marquant la zone de retrait des troupes israéliennes.
Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, a réclamé une reprise des « combats à grande échelle » à Gaza, estimant que la « fausse croyance » en la bonne foi du Hamas était dangereuse.
Le Hamas, de son côté, a réaffirmé son engagement envers la trêve, niant toute implication dans les incidents de Rafah et affirmant avoir perdu contact avec ses unités dans la zone depuis qu’Israël en a pris le contrôle. Le mouvement palestinien a également accusé Israël de près de 47 violations présumées du cessez-le-feu.
Coincé dans la première phase
Les accusations mutuelles fusent quant à la rupture de la trêve. Israël maintient que le Hamas détiendrait des corps d’otages qu’il pourrait restituer immédiatement, ce que le mouvement palestinien dément, invoquant la difficulté de retrouver les restes dans l’enclave dévastée.
Dimanche, le Hamas a annoncé avoir retrouvé le corps d’un otage, mais a souligné que la reprise du conflit pourrait compromettre la recherche des autres. La veille, Israël avait confirmé l’identité de deux otages – l’Israélien Ronen Engel et le Thaïlandais Sonthaya Oakkharasri – dont les corps avaient été restitués par le Hamas. Seize des 28 otages décédés depuis octobre 2023 n’ont pas encore été remis.
Dans un revirement de discours, la Maison Blanche a dénoncé samedi soir des « informations crédibles » sur une « violation imminente de l’accord de cessez-le-feu par le Hamas contre la population de Gaza ». Le communiqué faisait référence à la répression menée par le Hamas contre d’autres factions armées accusées de collaboration avec Israël, ayant entraîné la mort d’au moins 30 personnes selon le Jerusalem Post.
Washington a prévenu que si le Hamas poursuivait ces attaques, les États-Unis prendraient des mesures pour « protéger la population de Gaza et préserver l’intégrité du cessez-le-feu ». Une déclaration qui contraste avec les propos du président américain Donald Trump, qui avait indiqué ne pas accorder une grande importance aux « exécutions de certains membres » de groupes armés.
Le Hamas a rejeté les accusations américaines, affirmant que les « civils » dénoncés par Washington étaient en réalité des « milices financées par Israël » chargées de semer le chaos.
Avant cette récente escalade, la Maison Blanche avait prévu d’envoyer une délégation menée par le vice-président JD Vance en Israël pour soutenir l’application de la trêve et œuvrer à sa progression vers une seconde phase. L’envoyé spécial Steve Witkoff et le conseiller Jared Kuhsner devaient arriver en Israël dès lundi.