Publié le 2025-11-08 19:58:00. James Watson, figure emblématique de la découverte de la structure de l’ADN, est décédé à l’âge de 97 ans. Sa carrière fut marquée par une contribution scientifique majeure, mais aussi par des controverses persistantes liées à ses propos racistes et sexistes.
- James Watson, lauréat du prix Nobel de physiologie ou médecine en 1962, est décédé.
- Il a joué un rôle clé dans la découverte de la double hélice de l’ADN et dans le lancement du Projet Génome Humain.
- Sa fin de carrière a été assombrie par des commentaires jugés racistes et sexistes.
La mort de James Dewey Watson, à 97 ans, clôt un chapitre important de l’histoire de la biologie. Son nom restera à jamais associé à l’élucidation de la structure de l’ADN, une avancée fondamentale qui a révolutionné notre compréhension de l’héritage génétique et des mécanismes cellulaires. Cette découverte a ouvert la voie à des développements majeurs tels que les thérapies géniques, le séquençage du génome humain et le développement de traitements innovants contre le cancer.
« L’élucidation de la structure de la double hélice est considérée, avec Mendel et Darwin, comme les trois plus grandes découvertes de la biologie », a souligné Bruce Stillman, président du Cold Spring Harbor Laboratory, où Watson a occupé plusieurs fonctions.
La publication de l’article fondateur décrivant la double hélice de l’ADN dans la revue *Nature* en 1953, alors que Watson n’avait que 25 ans, reste un document historique. Ce travail, mené conjointement avec Francis Crick à l’Université de Cambridge, s’est appuyé sur les données et les idées de Rosalind Franklin et Maurice Wilkins, chercheurs au King’s College de Londres. L’utilisation de certaines données de Franklin sans son autorisation préalable a cependant jeté une ombre sur cette découverte, d’autant que celle-ci est décédée avant la remise du prix Nobel en 1962, qu’elle n’a donc pu partager.
« Ils auraient pu – et auraient dû – demander l’autorisation d’utiliser les données et expliquer exactement ce qu’ils avaient fait, d’abord à Franklin et Wilkins, puis au reste du monde. »
Matthew Cobb et Nathaniel Comfort, historiens des sciences
Au fil des années, James Watson s’est également distingué par des propos virulents à l’égard de Rosalind Franklin et par une attitude dédaigneuse envers le rôle des femmes dans la science. Dans un ouvrage retraçant la découverte de la double hélice, il avait notamment critiqué l’apparence de Franklin, suggérant qu’« on ne pouvait s’empêcher de penser que la meilleure place pour une féministe était dans le laboratoire d’une autre personne. »
L’héritage complexe de Watson a longtemps été une source de malaise pour ses proches collaborateurs. Nancy Hopkins, biologiste moléculaire au Massachusetts Institute of Technology, témoigne de son soutien initial pour encourager les femmes dans les carrières scientifiques. Elle exprime cependant son incompréhension face aux déclarations ultérieures de Watson sur les questions raciales.
En 2001, lors d’une conférence à l’Université de Californie à Berkeley, Watson a tenu des propos liant la couleur de peau à la libido et à l’ambition, suscitant la stupeur de l’auditoire. Ces déclarations ont marqué un tournant, culminant en 2007 avec son départ d’une tournée promotionnelle suite à ses affirmations selon lesquelles les personnes noires seraient moins intelligentes que les personnes blanches. Cette prise de position lui a coûté sa direction au Cold Spring Harbor Laboratory, dont il avait pourtant contribué à faire une institution scientifique de premier plan. Les liens avec le laboratoire ont été définitivement rompus en 2020 après des propos similaires, s’ajoutant à des remarques antisémites, notamment une phrase de 2007 indiquant qu’« un certain antisémitisme est justifié ».