JioHotstar, la coentreprise entre Walt Disney Co. et Reliance Industries Ltd. de Mukesh Ambani, accélère son virage vers l’intelligence artificielle. La plateforme de streaming prévoit désormais d’intégrer l’IA à toutes les étapes de création de ses futurs contenus, de l’écriture et l’animation jusqu’au doublage et au montage.
Cette ambition fait suite au succès de sa série Mahabharat, générée par IA, qui a poussé JioStar à placer l’intelligence artificielle au cœur de sa stratégie éditoriale. Pour concrétiser ce projet, la plateforme a ouvert plus de 75 postes au sein d’une nouvelle division de production IA interne. Les offres d’emploi vont d’ingénieurs en IA à des rôles aux intitulés atypiques tels que « Visionscaper », « Soundscaper » ou « Creator Facilitator ».

L’objectif affiché par JioStar est de passer à l’échelle supérieure dans la production de programmes générés par IA. Parmi les projets en cours de développement figurent un programme télévisé intitulé Makaraj, un long-métrage sur le dieu singe Hanuman, ainsi que plusieurs « micro-drames ». Selon les rapports, l’entreprise voit dans l’IA un levier pour réduire les coûts, accélérer les calendriers de production et optimiser la disponibilité des contenus en plusieurs langues.
Ce mouvement s’inscrit dans une tendance plus large touchant l’industrie du divertissement en Inde. Le cinéaste Shekhar Kapur a ainsi annoncé Warlord, une série de science-fiction développée avec le studio mumbaikar Studio Blo, entièrement créée via des outils d’IA. De même, la société de production Abundantia Entertainment a conclu un partenariat avec la firme InVideo pour lancer un studio de production cinématographique piloté par l’IA. Enfin, Lens Vault Studios, soutenu par Ajay Devgn, utilise l’IA générative lors de la phase de préproduction pour le design des personnages, la création d’univers et les concepts artistiques.
Toutefois, cet engouement technologique suscite une opposition croissante. Si la série Mahabharat a rencontré son public, elle a également été critiquée par des spectateurs pointant des incohérences visuelles et questionnant la valeur créative d’un récit généré par machine, certains allant jusqu’à qualifier le résultat de « bouillie d’IA » (AI slop).

Ces critiques reflètent des inquiétudes plus globales sur la menace que fait peser l’IA sur l’originalité, le savoir-faire artisanal et les emplois dans le secteur. L’année dernière, la société Eros a provoqué une vive polémique en ressortant le film Raanjhanaa (2013) avec une fin « heureuse » modifiée par IA. L’acteur principal du film, Dhanush, a alors dénoncé cette pratique :
« [Cela a] dépouillé le film de son âme même. »
Dhanush, acteur
Plus récemment, le réalisateur Martin Scorsese a également été critiqué pour avoir utilisé l’IA afin d’aider à la réalisation du storyboard de son prochain film.