Publié le 2025-10-27 06:25:00. Kyoto, capitale historique et emblème de l’automne japonais, voit son paysage touristique bouleversé. Une nette prédominance des visiteurs étrangers, notamment au sanctuaire Fushimi Inari Taisha, soulève des préoccupations quant au surtourisme et à l’avenir de la vie locale.
- Les commerçants locaux rapportent une diminution drastique de la présence de touristes japonais, remplacés par une clientèle internationale.
- Les données d’enquête confirment une baisse significative du tourisme national dans les sites emblématiques au profit d’une hausse spectaculaire des visiteurs étrangers.
- Face à cette situation, la ville de Kyoto expérimente une stratégie de « tourisme décentralisé » pour rediriger les flux vers des zones plus paisibles.
Dans des lieux iconiques comme le sanctuaire Fushimi Inari Taisha, l’atmosphère a radicalement changé. Un commerçant témoigne auprès de *Japan News* (rapporté le 27 octobre 2025) : « Il est rare de voir des clients japonais de nos jours. On n’entend presque plus le japonais. La carte du magasin est presque entièrement en anglais. » Cette tendance se vérifie à travers les principales attractions de la ville, y compris lors du festival Jidai, où les étrangers dominaient le parcours du défilé.
Les statistiques dressent un tableau clair de ce basculement. À Higashiyama, le tourisme national a chuté de 12 % tandis que la fréquentation étrangère a grimpé de 66 %. Arashiyama enregistre une baisse de 20 % de visiteurs japonais pour une hausse de 22 % d’étrangers. La gare de Kyoto connaît une diminution de 9 % de touristes nippons contre une envolée de 72 % pour la clientèle internationale. Cette désaffection des sites centraux par les Japonais les pousse à explorer des zones moins fréquentées dans le nord de Kyoto, comme Takao, Fushimi et Yamashina, où les visites ont augmenté de 17 à 24 %.
Dans le cadre de son programme « Tourisme décentralisé », l’Association du tourisme de la ville de Kyoto cherche à attirer les visiteurs vers six zones suburbaines, dont Nishikyo et Ohara, en mettant en avant leur quiétude et leurs attraits naturels. Le temple Yoshimine-dera à Nishikyo offre ainsi des vues panoramiques et des spectacles floraux saisonniers, tandis que le pont sur la rivière Katsura séduit par ses cerisiers et ses érables automnaux. Le temple Jingo-ji à Takao, réputé pour ses 300 érables qui enflamment la vallée de la rivière Kiyotaki en novembre, est une autre destination phare, malgré sa localisation à près d’une heure du centre-ville, son calme étant son principal atout.
Parallèlement, les habitants de Kyoto expriment leur mécontentement face à la surpopulation et aux nuisances engendrées par le tourisme de masse. Les bus publics, utilisés quotidiennement par les résidents, sont régulièrement saturés, empêchant notamment des élèves de se rendre à l’école à temps, comme le rapporte un habitant. Les longues files d’attente aux arrêts de bus et les intrusions dans des propriétés privées à des fins photographiques figurent parmi les autres doléances. Pour y remédier, le gouvernement de la ville prévoit une augmentation substantielle de la taxe de séjour dès mars 2026. Elle passera de 200 à 1 000 yens par nuit à un maximum de 10 000 yens pour les hébergements de luxe de plus de 100 000 yens. Les recettes, qui devraient doubler pour atteindre environ 12,6 milliards de yens (contre 6,16 milliards en 2024), sont destinées à la lutte contre le surtourisme et à la préservation du patrimoine culturel.
Cependant, le secteur hôtelier s’inquiète de l’impact de ces mesures sur l’attractivité de la ville. Certains professionnels demandent une plus grande transparence quant à l’utilisation des fonds collectés et suggèrent même l’instauration de taxes supplémentaires pour les visiteurs journaliers. L’objectif affiché par les autorités est de parvenir à un équilibre satisfaisant pour les touristes, les résidents et les entreprises locales, dans une perspective de développement durable.