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La 36e Biennale de Sao Paulo met en avant notre humanité partagée

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Publié le 1er octobre 2025. La 36e Biennale de São Paulo, qui s’est ouverte au public le 1er octobre 2025, célèbre la résilience et l’interconnexion humaine à travers une collection d’œuvres audacieuses. Alors que le monde est confronté à de multiples crises, l’événement, qui se tient jusqu’au 11 janvier 2026, invite à dépasser le pessimisme pour embrasser la pratique collective de l’humanité.

  • La biennale explore les thèmes de la migration, de la diaspora et de la connexion entre les cultures, s’affranchissant des frontières nationales traditionnelles.
  • Des artistes du monde entier utilisent des matériaux recyclés et des objets du quotidien pour critiquer le consumérisme et l’effondrement environnemental.
  • Le commissaire Bonaventure Soh Bejeng Ndikung s’inspire des voyages des oiseaux migrateurs pour tisser des liens inattendus entre les œuvres et les cultures.

Le Pavillon Ciccillo Matarazzo, situé dans le parc d’Ibirapuera, accueille la 36e édition de la Biennale de São Paulo, un événement d’envergure mondiale qui met en lumière le travail de plus de 120 artistes. Sous le titre «Nem Todo Viandante Anda Estradas / Da Humanidade Como Prática» (Pas tous les voyageurs font des routes / De l’humanité comme pratique), l’exposition propose une réflexion profonde sur notre époque, marquée par des crises financières, une instabilité géopolitique et des défis écologiques majeurs.

Sous la direction du commissaire camerounais Bonaventure Soh Bejeng Ndikung, et avec une équipe conceptuelle comprenant Alya Sebti, Anna Roberta Goetz, Thiago de Paula Souza, Keyna Eleison et Henriette Gallus, l’exposition est structurée en six chapitres thématiques, inspirés par un vers du poète afro-brésilien Conceição Evaristo. Cette référence souligne le lien fort entre de nombreux artistes et la diaspora afro-atlantique, tout en cherchant à transcender les divisions géographiques et politiques.

Pour cette édition, l’équipe curateur a délaissé la logique des catégories nationales au profit d’une approche métaphorique inspirée des oiseaux migrateurs. Des faucons traversant les Amériques aux sternes arctiques reliant les pôles, ces créatures servent de symboles aux mouvements culturels qui franchissent les frontières. «Comme eux, nous portons des souvenirs, des langues et des expériences», a expliqué Bonaventure Soh Bejeng Ndikung lors de la conférence de presse, détaillant cette méthodologie singulière.

Dès l’extérieur, le visiteur est accueilli par une installation monumentale de Theresah Ankomah (Accra, Ghana), réalisée à partir de bandes tressées de diverses tailles et couleurs. Ce rideau communautaire enveloppe le bâtiment moderniste, œuvre de l’architecte Oscar Niemeyer. À l’intérieur, la conception privilégie la lumière naturelle et les structures originales, minimisant les constructions nouvelles. «Les itinéraires migratoires des oiseaux nous ont libérés de la pensée en termes de pays et nous ont invités à explorer des connexions inattendues», a souligné Anna Roberta Goetz, co-commissaire.

Cette démarche se reflète dans les matériaux employés par de nombreux artistes : bouchons de bouteilles en plastique, claviers d’ordinateur, boîtes d’allumettes, mouchoirs, ou encore des éléments fragiles. «Ces objets révèlent des routes commerciales, des écologies et de nouvelles formes de colonialisme», a précisé Goetz. L’artiste brésilien Moisés Patrício, pratiquant du Candomblé, exemplifie cette approche en enveloppant des objets liturgiques dans des centaines de mèches de cheveux colorés. Sa série «Brésiliens» dénonce l’effacement symbolique de la culture noire dans l’espace public et propose une forme de réparation par la transmission des savoirs ancestraux.

Au rez-de-chaussée, le jardin de Precious Okoyomon, artiste queer nigérian, invite à une immersion troublante. Son œuvre «Conscience Sun. God breathes through me – love breaks me» (2025) est un paysage vivant de plantes médicinales, de canne à sucre, d’arômes, de sons et de chemins inégaux, imposant un rythme plus lent et une ouverture à d’autres temporalités. À proximité, l’artiste brésilienne Nádia Taquary présente «ìrókó: a Árvore Cósmica», dédiée à l’Orisha ìrókó, incarnation du temps et de l’ascendance. Des figures féminines en bronze côtoient un arbre sacré couronné d’un drapeau blanc, évoquant les terreiros des religions afro-brésiliennes.

Wolfgang Tillmans, l’un des noms les plus renommés de cette édition, propose une nouvelle installation vidéo mêlant fragments du quotidien – boue accrochée à une botte, dossiers dans une armoire, feuilles tombées – à une bande sonore complexe, où se côtoient bruits urbains, chants d’oiseaux et pulsations électroniques. Cette œuvre crée une architecture d’images et de sons qui interroge notre manière de consommer et de partager le visuel à l’ère numérique.

Au Zimbabwe, Moffat Takadiwa transforme les déchets post-consommation en textiles sculpturaux, une critique acerbe du consumérisme, du racisme et de l’effondrement environnemental. Pour São Paulo, il a conçu une «arche textile» monumentale, réalisée à partir de plastiques et de métaux jetés. Cette œuvre enveloppe les visiteurs, les transportant dans un portail vers un futur ancré dans l’Ubuntu, philosophie africaine de redistribution, de coopération et d’interdépendance. Les formes totémiques, semblables à des micro-organismes, redonnent vie à des matériaux obsolètes, symboles de résistance et de renouveau.

Pensée comme un réseau horizontal de temps et de géographies, la Biennale insiste sur l’importance de la pratique de l’humanité dans un monde marqué par les migrations et les inégalités. «Être humain, c’est embrasser la compassion, la générosité, la résilience et l’hospitalité de la maison d’hôtes», a rappelé Ndikung, citant le poète persan Rumi.

À la sortie, l’œuvre de l’artiste chinois Song Dong, «Borrowing Light» (2025), devient un point d’attraction incontournable pour les selfies. Inspirée des attractions de foire, cette installation miroir multiplie les reflets à l’infini. Au-delà de l’aspect ludique, elle évoque les connexions humaines illimitées, rappelant que chaque rencontre est aussi un acte communautaire. Dans ce geste espiègle, les visiteurs se retrouvent au cœur du réseau de relations tissé par la Biennale de São Paulo.

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