Publié le 2025-10-29 09:09:00. La rencontre entre le nouveau Premier ministre japonais Sanae Takaichi et le président sud-coréen Lee Jae Myung, lors du sommet de l’APEC à Gyeongju, est au centre de toutes les attentions pour déterminer l’avenir des relations bilatérales.
- Le sommet de l’APEC 2025 est le premier test pour le nouveau gouvernement japonais quant à la gestion des relations avec la Corée du Sud.
- L’approche de Sanae Takaichi sera déterminante pour la poursuite du réchauffement diplomatique, selon les observateurs.
- Malgré son passé révisionniste, le nouveau Premier ministre japonais pourrait adopter une posture plus pragmatique.
Alors que le sommet de l’APEC bat son plein à Gyeongju, en Corée du Sud, le nouveau Premier ministre japonais Sanae Takaichi se prépare à sa première rencontre en personne avec le président sud-coréen Lee Jae Myung. Ce rendez-vous est considéré par de nombreux analystes comme un moment clé, susceptible de définir la trajectoire des relations entre Séoul et Tokyo, encore fragiles.
L’avenir de ce rapprochement diplomatique semble peser davantage sur les épaules de Sanae Takaichi que sur celles du président Lee. Les observateurs soulignent que la Corée du Sud, sous l’impulsion de son administration, a fait du renforcement des liens avec le Japon une priorité. Le Japon avait d’ailleurs été la première étape des voyages officiels à l’étranger du président Lee et de son ministre des Affaires étrangères. En août dernier, Lee et son prédécesseur japonais, Shigeru Ishiba, avaient d’ailleurs publié une déclaration commune qualifiant leur coopération d' »orientée vers l’avenir », une première depuis 2008.
Cependant, c’est désormais à Sanae Takaichi de prouver sa volonté de maintenir cet élan. « La balle est dans le camp du Premier ministre Takaichi. Elle se considère comme la « Dame de fer » japonaise. Il lui incombera de faire preuve d’une approche pragmatique similaire à celle de Lee », analyse Troy Stangarone, chercheur à l’Institut Carnegie Mellon pour la stratégie et la technologie. Ce dernier rappelle que si les premiers propos de Takaichi envers la Corée ont été positifs, la manière dont elle abordera cette première rencontre avec le président Lee donnera le ton du partenariat à venir.
John Delury, chercheur principal à l’Asia Society, partage cette analyse. Il estime que le président Lee a démontré son engagement à faire progresser les relations, « malgré les questions historiques non résolues ». Pour Delury, « il incombe en réalité au Premier ministre Takaichi de prouver qu’il fera passer les intérêts du Japon en matière de sécurité, de prospérité et de démocratie avant sa propension personnelle au révisionnisme historique ». L’arrivée de Takaichi, connue pour ses positions révisionnistes semblables à celles de son mentor, le défunt Premier ministre Shinzo Abe, avait suscité des inquiétudes à Séoul, rappelant la période de dégradation des relations bilatérales.
Pourtant, certains observateurs relèvent des signes d’ouverture. Lors de sa première conférence de presse, le 21 octobre, Sanae Takaichi a exprimé son désir de développer les liens entre Séoul et Tokyo « d’une manière stable et orientée vers l’avenir », se disant disposée à rencontrer le président Lee. Elle avait même ajouté, face aux inquiétudes suscitées par son passé : « J’aime les algues coréennes, j’utilise des cosmétiques coréens et je regarde des drames coréens. »
Andrew Yeo, chercheur à la Brookings Institution, y voit un possible recalibrage de sa position. « Il faut reconnaître que Takaichi n’a pas visité le sanctuaire Yasukuni », note-t-il. Ce sanctuaire, qui honore les militaires japonais tombés au combat, y compris des criminels de guerre, est une source récurrente de tensions avec la Corée du Sud. L’absence de visite de Takaichi lors des récentes commémorations contraste avec ses habitudes passées. Pour Yeo, si Lee maintient son approche pragmatique, les relations devraient « rester sur la bonne voie ».
La rencontre, qui se déroulera en marge du sommet de l’APEC, offre une occasion stratégique pour Séoul. Selon Troy Stangarone, la Corée du Sud peut « utiliser l’APEC comme une opportunité pour définir son agenda préféré afin de façonner les discussions futures sur l’approfondissement de la coopération trilatérale ». Patrick Cronin, de l’Institut Hudson, suggère que les deux dirigeants devraient « donner la priorité à la croissance économique, tout en renforçant leurs forces armées ». Les discussions pourraient donc porter sur de nouveaux axes de coopération économique, le renforcement de la coopération sécuritaire trilatérale et la gestion des défis régionaux.
Ellen Kim, de l’Institut économique coréen d’Amérique, recommande à Lee de mettre l’accent sur le maintien de la diplomatie de navette et de consolider le soutien de Takaichi à la coopération trilatérale avec les États-Unis. Elle préconise également de « s’assurer que le Japon adhère à l’importance de la coopération trilatérale entre les États-Unis, la République de Corée et le Japon, même si son gouvernement pourrait donner la priorité aux liens étroits du Japon avec l’administration Trump », faisant référence à une possible nouvelle administration américaine. Toutefois, Séoul pourrait choisir de ne pas mettre publiquement en avant ce partenariat trilatéral.
Cette discrétion pourrait s’expliquer par la visite attendue du président chinois Xi Jinping, qui doit participer au sommet de l’APEC et tenir son premier entretien en personne avec le président Lee. L’administration sud-coréenne souhaite améliorer les relations avec Pékin, et une mise en avant trop marquée de la coopération trilatérale avec les États-Unis pourrait être perçue comme une provocation par la Chine.