Home Sciences et technologies La comète 3I/ATLAS surprend les astronomes avec sa luminosité inhabituelle – DW – 11/03/2025

La comète 3I/ATLAS surprend les astronomes avec sa luminosité inhabituelle – DW – 11/03/2025

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Publié le 03 novembre 2025. Le troisième visiteur extraterrestre observé dans notre système solaire, la comète 3I/ATLAS, continue de surprendre les astronomes par sa luminosité inhabituelle et sa composition chimique énigmatique, offrant des indices potentiels sur la formation d’autres systèmes stellaires.

  • La comète 3I/ATLAS a vu sa luminosité augmenter de manière spectaculaire à l’approche du Soleil, deux fois plus rapidement que ce qui est observé pour les comètes classiques.
  • Des analyses suggèrent que sa surface aurait été transformée par un milliard d’années d’exposition aux rayons cosmiques, altérant sa composition d’origine.
  • Les observations futures, notamment celles de la mission JUICE de l’ESA, pourraient permettre de lever le voile sur les secrets de ce visiteur cosmique unique.

La comète 3I/ATLAS, troisième objet d’origine interstellaire confirmé à visiter notre système solaire, intrigue et défie les attentes des scientifiques. Après avoir atteint son périhélie – le point de son orbite le plus proche du Soleil – aux alentours du 29 octobre, elle continue de révéler des comportements atypiques qui éclairent son long périple à travers l’espace.

Ce qui a particulièrement marqué les chercheurs est la rapidité avec laquelle la comète a vu son éclat augmenter lors de son approché solaire. Entre la mi-septembre et fin octobre, alors que 3I/ATLAS se rapprochait jusqu’à environ 1,36 unité astronomique (UA) du Soleil (une UA correspondant à la distance Terre-Soleil), sa luminosité a connu une augmentation bien plus spectaculaire que ce que l’on observe habituellement, même pour des objets aussi exotiques.

Une brillance sans précédent

Pendant un mois, la comète était restée quasi invisible depuis la Terre, se trouvant dans la proximité immédiate du Soleil. Cependant, une équipe d’astronomes a réussi à la suivre grâce à une méthode ingénieuse. Qicheng Zhang de l’observatoire Lowell et Karl Battams du Naval Research Laboratory ont utilisé les données de satellites d’observation solaire – STEREO-A, SOHO et GOES-19 – pour capter cette transformation. Les observations rapportées par Universe Today indiquent que la luminosité de la comète a augmenté de manière exponentielle, environ deux fois plus vite que celle d’une comète typique.

« La raison de l’augmentation rapide de la luminosité de 3I, qui dépasse de loin le taux d’augmentation de la luminosité de la plupart des comètes du nuage d’Oort à une distance radiale similaire, reste floue », expliquent Zhang et Battams dans un article prépublié sur le site arXiv, en attente d’évaluation par les pairs. Contrairement aux comètes classiques qui s’illuminent progressivement à mesure que la chaleur solaire transforme leur glace en gaz, ce visiteur interstellaire brille beaucoup plus intensément, suggérant un phénomène inhabituel à sa surface.

La comète 3I/ATLAS a récemment présenté une transformation remarquable : d'une étendue poussiéreuse vers le Soleil (ouest) à une queue conventionnelle vers l'est en raison de la pression du rayonnement solaire.
La comète 3I/ATLAS a récemment présenté une transformation remarquable : d’une étendue poussiéreuse vers le Soleil (ouest) à une queue conventionnelle vers l’est en raison de la pression du rayonnement solaire.Image : Jewitt & Luu, arXiv (2025)

Une signature chimique révélatrice

Les observations révèlent également une teinte bleutée distinctive, différente du reflet doré habituel du Soleil sur la poussière cométaire. Cette couleur suggère que sa luminosité provient non seulement de la poussière, mais aussi de gaz libérés activement sous l’effet de la chaleur. Ce changement de couleur, passant d’une teinte rougeâtre observée précédemment à un bleu plus vif, pourrait être lié à la libération de molécules telles que le cyanogène ou l’ammoniac.

Les images du satellite GOES-19 ont confirmé la présence d’une vaste enveloppe de gaz et de poussière, la chevelure, s’étendant sur plusieurs minutes d’arc. Ce phénomène témoigne de l’activité intense de 3I/ATLAS, le Soleil provoquant une éjection massive de matière. À son point le plus proche du Soleil, sa luminosité a atteint une magnitude d’environ 9, la rendant visible avec de petits télescopes.

Les chercheurs explorent plusieurs hypothèses pour expliquer cette augmentation de luminosité : la vitesse d’approche du Soleil, mais aussi et surtout les caractéristiques de sa composition interne. Si celle-ci diffère de celle des comètes du nuage d’Oort, cela pourrait indiquer que le système planétaire d’origine de 3I/ATLAS possède également une chimie distincte. De plus, son processus de sublimation – la conversion directe de la glace en gaz – semble inhabituel. La comète continuerait d’éjecter du dioxyde de carbone même à des distances où la vapeur d’eau devrait prédominer, ce qui pourrait expliquer son éclat intense.

La comète interstellaire 3I/ATLAS a traversé un champ dense d'étoiles alors qu'elle était capturée par le spectrographe GMOS de l'observatoire Gemini Sud au Chili.
La comète interstellaire 3I/ATLAS a traversé un champ dense d’étoiles alors qu’elle était capturée par le spectrographe GMOS de l’observatoire Gemini Sud au Chili.Image : Observatoire international Gemini/NOIRLab/NSF/AURA/Shadow the Scientist

Une surface marquée par les rayons cosmiques

Au-delà de son comportement lumineux, 3I/ATLAS présente des altérations invisibles. Une étude récente, basée sur des observations du télescope spatial James Webb et également en attente d’évaluation par les pairs, suggère que sa surface a été profondément modifiée par un milliard d’années d’exposition aux rayons cosmiques lors de son voyage à travers la galaxie. Cette interaction aurait transformé chimiquement sa couche externe jusqu’à une profondeur de 15 à 20 mètres.

« C’est très lent, mais sur des milliards d’années, l’effet est très fort », explique Romain Maggiolo, de l’Institut royal d’aéronomie spatiale de Belgique, à Live Science. Les experts estiment que les rayons cosmiques auraient pu transformer le monoxyde de carbone en dioxyde de carbone, modifiant ainsi sa composition initiale. Ces découvertes pourraient représenter un « changement de paradigme », remettant en question l’idée que les objets interstellaires sont des échantillons vierges de leur système d’origine, suggérant plutôt qu’ils sont le produit de leurs longs voyages cosmiques.

Le diagramme montre la trajectoire inhabituellement plate de la comète interstellaire 3I/ATLAS à travers le système solaire, illustrant son passage près du Soleil au cours de son voyage historique à plus de 210 000 km/h.
Le diagramme montre la trajectoire inhabituellement plate de la comète interstellaire 3I/ATLAS à travers le système solaire, illustrant son passage près du Soleil au cours de son voyage historique à plus de 210 000 km/h.Image : NASA/JPL-Caltech/Reuters

Perspectives d’observation

Découverte le 1er juillet par le réseau ATLAS au Chili, la comète se déplace actuellement à plus de 210 000 km/h (environ 68 km/s) sur une trajectoire particulièrement rectiligne. Certaines études suggèrent qu’elle pourrait s’être formée il y a environ 3 milliards d’années, avant notre propre système solaire.

Alors qu’elle réapparaît derrière le Soleil, les observatoires terrestres pourront l’étudier en détail durant les mois de novembre et décembre. Parallèlement, la mission JUICE de l’Agence Spatiale Européenne (ESA), en route vers Jupiter, l’observera depuis l’espace lointain entre le 2 et le 25 novembre, avec une approche maximale le 4 novembre à 64 millions de kilomètres.

Les données complètes de JUICE ne seront publiées qu’en février 2026 en raison des faibles débits de transmission. Elles pourraient cependant révéler si l’érosion solaire a effectivement exposé la matière vierge du noyau de la comète. Si les scientifiques restent perplexes face à son augmentation rapide de luminosité – potentiellement due à sa composition unique, sa vitesse ou des bizarreries acquises lors de son voyage interstellaire – ce troisième visiteur venu d’ailleurs pourrait bien nous offrir des clés essentielles pour comprendre la formation des systèmes stellaires et la diversité chimique de l’univers.

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