Les tensions montent sur la péninsule coréenne. Au cours des fêtes du Nouvel An, la Corée du Nord a procédé à des tirs de missiles balistiques à courte portée et annoncé le développement d’un nouveau système de lance-roquettes multiples, capable, selon Pyongyang, de transporter des armes nucléaires. Ces démonstrations de force interviennent dans un contexte de coopération militaire accrue entre la Corée du Sud et les États-Unis, alimentant une rhétorique nucléaire de part et d’autre.
Kim Jong-un, le dirigeant nord-coréen à la stratégie souvent perçue comme imprévisible, a réaffirmé samedi sa détermination à répondre « avec une arme nucléaire pour une arme nucléaire et une confrontation totale pour une confrontation totale ». Il a affirmé avoir commandé des armements plus puissants pour « submerger complètement les forces agressives impérialistes américaines et leur armée fantoche ». Ces déclarations surviennent alors que la Corée du Sud et les États-Unis mènent des exercices conjoints d’une ampleur sans précédent sur et autour du territoire sud-coréen.
Face à ces provocations, Séoul et Washington discutent activement de nouvelles modalités de coopération. Un porte-parole de la présidence sud-coréenne a indiqué que les deux pays « discutent des moyens de partager des informations sur le fonctionnement des actifs nucléaires américains, et leur planification et leur exécution conjointes en conséquence », afin de contrer la menace nucléaire nord-coréenne. Des responsables américains de la Défense ont cependant tenté de minimiser la portée de cette annonce.
L’arrivée au pouvoir du président sud-coréen Yoon Suk-yeol en mai dernier marque un tournant stratégique. Conservateur sur les plans politique et social, il succède à Moon Jae-in, un président plus enclin à la réforme et à la recherche d’une réunification pacifique avec le Nord. Sous la présidence de Moon, des avancées notables avaient été réalisées, incluant deux rencontres avec Kim Jong-un, dont une à Pyongyang en 2018, dans une période où les efforts de rapprochement coïncidaient avec ceux de l’administration Trump, sans coordination avérée.
En contraste, Yoon Suk-yeol adopte une posture beaucoup plus ferme à l’égard de Pyongyang. Le transfert de son bureau au ministère de la Défense nationale et sa participation au sommet de l’OTAN à Madrid en juin dernier témoignent de cette orientation.
La question de l’imprévisibilité de Kim Jong-un, et plus largement de la dynamique géopolitique coréenne, invite à des comparaisons audacieuses. Si une analogie avec la relation Israël-États-Unis avait initialement été envisagée, une comparaison plus pertinente semble être celle entre la Corée du Nord et la Chine, d’une part, et Israël et les États-Unis, d’autre part, particulièrement sous l’angle de la dissuasion nucléaire.
Dans les deux configurations, les États de moindre taille, largement soutenus par leurs alliés plus puissants, ont développé leur arsenal nucléaire dans le but déclaré de dissuasion face à des adversaires régionaux. Cependant, la maîtrise de telles capacités leur a conféré une autonomie d’action considérable, leur permettant parfois de s’écarter des préférences de leurs principaux soutiens, voire de les contraindre par un jeu de chantage nucléaire.
La chronologie exacte de cette prise de pouvoir par l’arme nucléaire reste sujette à interprétation : s’agit-il d’une découverte a posteriori du pouvoir de chantage, ou était-ce un objectif dès le départ ? Quoi qu’il en soit, la capacité de ces deux États, Corée du Nord et Israël, à défier les attentes de la communauté internationale, y compris celles de leurs puissances protectrices, repose en grande partie sur leur arsenal nucléaire.
Cette situation soulève plusieurs interrogations fondamentales. Premièrement, si les grandes puissances ne possédaient pas elles-mêmes d’arsenaux nucléaires massifs, la menace du « déclenchement » par les petits États serait-elle aussi redoutable ? L’efficacité du chantage nucléaire semble intrinsèquement liée à l’existence d’un équilibre de la terreur à l’échelle mondiale.
Deuxièmement, si la possession d’armes nucléaires par ces petits États leur a permis de contourner l’opinion mondiale et le droit international, quelles sont les implications de la détention d’arsenaux bien plus considérables par les grandes puissances ?
Ces constats soulignent l’urgence d’une action concertée pour démanteler tous les arsenaux nucléaires. L’existence de ces armes maintient l’humanité au bord d’une extinction potentielle, tout en perpétuant des conflits régionaux dévastateurs, comme en Asie occidentale et sur la péninsule coréenne, qui auraient pu être résolus par la négociation il y a des décennies.