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La Côte d’Ivoire Simone Gbagbo, de première dame à challenger à la présidentielle

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Abidjan, Côte d’Ivoire – Simone Gbagbo, ancienne Première dame de Côte d’Ivoire et autrefois visée par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité, brigue samedi la présidence, ouvrant un nouveau chapitre politique sans son ancien époux. À 76 ans, la femme surnommée la « Dame de fer » figure en bonne place parmi les candidats autorisés à défier le président sortant Alassane Ouattara, favori pour un quatrième mandat.

Figure marquante de la vie politique ivoirienne, Simone Gbagbo a tenu un rôle de premier plan durant les mandats mouvementés de son ex-mari, Laurent Gbagbo. Ces périodes ont été marquées par la guerre civile de 2002 à 2007, puis par la crise post-électorale de 2010. Elle avait d’ailleurs affirmé au journal français L’Express : « Tous les ministres me respectent et je suis souvent placée au-dessus d’eux. »

La crise de 2010, déclenchée par le refus de Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite face à Alassane Ouattara, avait entraîné des violences ayant fait près de 3 000 morts. Le couple présidentiel avait finalement été arrêté ensemble à leur résidence à Abidjan. En 2021, Laurent Gbagbo demandait le divorce, mettant fin à une union née des luttes communes au sein de l’opposition dans leur jeunesse. Un an plus tard, Simone Gbagbo lançait son actuel parti, le Mouvement des générations qualifiées (MGQ), qu’elle décrit comme fondé sur des principes sociaux-démocrates.

Selon Arthur Banga, historien et analyste politique, une victoire de Simone Gbagbo cette année n’est pas attendue, son parti disposant d’une base électorale restreinte. « Mais elle se positionne pour l’avenir », analyse-t-il auprès de Reuters. Il souligne qu’elle pourrait capitaliser sur le vide laissé par Laurent Gbagbo et Tidjane Thiam, ancien PDG du Crédit Suisse, dont les candidatures respectives ont été invalidées par la commission électorale. « Elle deviendra la cheffe de file de l’opposition politique après ces élections », prédit M. Banga.

Simone Gbagbo a débuté sa carrière politique dans les années 1970 comme syndicaliste, s’opposant au régime du parti unique du président fondateur Félix Houphouët-Boigny. Dans les années 1980, elle a cofondé le Front populaire ivoirien (FPI) avec Laurent Gbagbo et d’autres figures de l’opposition, épousant ce dernier en 1989. Elle est entrée sur la scène politique nationale en 1995, décrochant un siège à l’Assemblée nationale lors des élections générales dominées par le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) du président Henri Konan Bédié. Son époux accédera à la présidence cinq ans plus tard.

Suite à leur arrestation en 2011, Laurent Gbagbo a été transféré à la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye. Simone Gbagbo, en revanche, a été jugée en Côte d’Ivoire et condamnée en 2015 à 20 ans de prison pour crimes contre l’État. Le gouvernement Ouattara lui a accordé une amnistie en 2018, une mesure perçue comme une tentative d’apaisement politique.

Le programme de Simone Gbagbo met l’accent sur la réconciliation nationale, prônant à la fois justice et pardon pour les violences politiques passées. Son parti a annoncé qu’il présenterait une loi d’amnistie générale visant à libérer l’ensemble des prisonniers politiques et militaires, et à faciliter le retour des exilés.

L’ancienne Première dame est également connue pour son plaidoyer en faveur d’une « véritable autonomie monétaire » en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao. Elle souhaite remplacer le Franc CFA, indexé sur l’euro, par une nouvelle monnaie à l’échelle sous-régionale. Simone Gbagbo a également manifesté son soutien aux pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) en Afrique de l’Ouest – le Burkina Faso, le Mali et le Niger – où des régimes militaires ont pris le pouvoir ces dernières années et entretiennent des relations tendues avec Alassane Ouattara.

Début juin, la campagne de Simone Gbagbo a reçu le soutien de Charles Blé Goudé, un proche allié de Laurent Gbagbo, acquitté par la CPI en 2019 comme son ancien mentor. « Simone Gbagbo a démontré qu’elle est une femme politique engagée et, par-dessus tout, une femme pragmatique », commente Arthur Banga. Il estime qu’elle cherche à renforcer sa légitimité populaire en se présentant à cette élection, qui pourrait être la dernière pour Alassane Ouattara, 83 ans. « N’oublions pas que 2030 sera différent », conclut l’analyste.

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