Quatre ressortissants bulgares comparaissent devant la justice française pour leur implication présumée dans la profanation d’un mémorial juif. Le parquet de Paris pointe une possible ingérence étrangère dans cette affaire qui a éclaté dans un contexte géopolitique tendu.
L’affaire remonte à la nuit du 13 au 14 mai de l’année dernière, lorsque 35 empreintes de mains rouges ont été découvertes sur le Mur des Justes, une partie du Mémorial de Paris dédiée aux 3 900 personnes honorées pour avoir protégé les Juifs durant l’Occupation nazie. D’autres traces similaires ont été retrouvées aux alentours. Ce procès inédit en France s’inscrit dans une série d’incidents qualifiés par les autorités de tentatives de déstabilisation orchestrées par des puissances étrangères.
Trois des quatre prévenus étaient présents à l’audience. Ils sont accusés d’avoir matérialisé ces empreintes. Deux d’entre eux ont été extradés, respectivement de Croatie et de Bulgarie, tandis que le troisième, Mircho Angelov, est en fuite et sera jugé par contumace. Ce dernier est désigné par ses complices présents comme le « meneur » de l’opération, niant toute motivation idéologique.
Georgi Filipov, l’un des accusés, a affirmé n’avoir eu aucune idée de la signification du lieu où il se trouvait. « Angélov était celui qui surveillait les lieux, il me disait ‘ici’ ou ‘là’ », a-t-il déclaré. Il a assuré qu’il aurait pu prendre une autre décision s’il avait eu le temps d’observer les alentours. Recevant 1 000 euros pour son implication, il a réfuté tout lien entre ce financement et ses anciennes affiliations néo-nazies, qu’il dit avoir laissées derrière lui. « J’ai fait de mauvais choix dans le passé », a-t-il confié, évoquant notamment des tatouages et des publications sur les réseaux sociaux.
Un quatrième suspect, également en garde à vue, est mis en cause pour complicité, ayant notamment organisé l’hébergement et le transport des autres. S’ils sont reconnus coupables, les prévenus encourent jusqu’à sept ans de prison.
Selon le bureau du procureur, un agent de sécurité aurait surpris deux individus en train de poser des pochoirs. Les enquêteurs ont pu les identifier grâce aux images de vidéosurveillance. Il a été établi que trois d’entre eux ont ensuite pris un bus pour la Belgique avant de s’envoler pour la Bulgarie.
L’enquête pénale a été ouverte pour dégradation d’un bâtiment historique protégé, motivée par des considérations nationales, ethniques, raciales ou religieuses.
« Cinquième service du FSB »
Le parquet de Paris considère l’incident des empreintes de mains rouges comme l’une des neuf affaires suspectes d’ingérence étrangère, potentiellement « orchestrée par les services de renseignement russes ». D’autres actes similaires ont été relevés, tels que la dissémination de graffitis en forme d’étoiles de David en région parisienne en octobre 2023, le dépôt de cercueils ornés de la mention « Soldats français d’Ukraine » au pied de la Tour Eiffel en juin, et plus récemment, la découverte de têtes de cochons devant des mosquées en région parisienne en septembre.
Viginum, l’organisme français chargé de la surveillance des ingérences étrangères en ligne, a identifié des « acteurs liés à la Russie » exploitant l’affaire des mains rouges sur la plateforme X. Clément Renault, chercheur français, a souligné qu’il s’agissait du « tout premier procès d’une série d’affaires judiciaires qui se sont déroulées au cours des deux dernières années et que les autorités associent à des opérations d’ingérence étrangère ».
« Les rapports de renseignement versés au dossier judiciaire attribuent l’opération ‘mains rouges’ au Cinquième Service du FSB », a précisé un expert en renseignement de l’Institut français de recherche stratégique, faisant référence aux services de sécurité russes. Avant le début de l’audience, Me Martin Vettes, avocat de Filipov, a affirmé que « l’ombre de la Russie plane sur cette salle d’audience », arguant que les accusés n’étaient « que de simples exécutants qui ne savaient même pas qu’ils servaient indirectement les intérêts » de Moscou.
Ce procès fait écho à une affaire survenue au Royaume-Uni en mai, où six Bulgares avaient été condamnés à des peines de prison allant jusqu’à 10 ans pour appartenance à une cellule d’espionnage russe. Le tribunal avait alors indiqué que ces espions, motivés par l’argent, opéraient au-delà des frontières du Royaume-Uni, de l’Autriche, de l’Espagne, de l’Allemagne et du Monténégro.