Publié le 2025-10-18 13:29:00. Le prononcé de la peine de l’ancien chef du renseignement militaire vénézuélien, Hugo Carvajal, dit « El Pollo », a été reporté à la demande conjointe du parquet de New York et de sa défense. Cet ajournement est motivé par la préparation d’objections au rapport présentenciel et la possibilité d’une audience supplémentaire.
- La date initiale du 29 octobre 2025 pour le jugement de Hugo Carvajal a été repoussée aux 18, 19 ou 20 novembre 2025.
- La défense prépare des contestations factuelles et aggravantes au rapport présentenciel, nécessitant potentiellement une « audience Fatico ».
- Hugo Carvajal a plaidé coupable de trafic de drogue et de narcoterrorisme, reconnaissant son appartenance au « Cartel des Soleils ».
Le Bureau du procureur du district sud de New York et la défense ont conjointement sollicité du juge Alvin K. Hellerstein un report de l’audience de prononcé de peine. La raison principale invoquée est la nécessité pour la défense de préparer des objections détaillées au rapport présentenciel, un document qui évalue les circonstances d’une condamnation. L’organisation de cette contestation pourrait nécessiter une « audience Fatico » afin de résoudre d’éventuels désaccords factuels, une procédure qui pourrait s’étendre sur un à deux jours et requérir la présence de témoins. Un autre procès déjà programmé dans le tribunal pourrait également coïncider avec la date initialement prévue, renforçant ainsi la pertinence de la demande d’ajournement.
Le parcours judiciaire de Hugo Armando Carvajal Barrios, surnommé « El Pollo », a été marqué par son extradition d’Espagne le 19 juillet 2023, après une période de cavale et de détention à Madrid. Il a ensuite comparu devant le Tribunal du district sud de New York. Le 25 juin, il a reconnu sa culpabilité pour quatre chefs d’accusation liés au trafic de drogue et au narcoterrorisme. Lors de cette audience, il a avoué faire partie du « Cartel des Soleils », une organisation criminelle constituée de hauts responsables vénézuéliens, et avoir collaboré avec les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) pour le trafic de tonnes de cocaïne à destination des États-Unis.
Le Bureau du procureur, sous la direction de Jay Clayton, a souligné la gravité des actes commis par Carvajal. « Hugo Armando Carvajal Barrios était l’une des personnalités les plus puissantes du Venezuela. Pendant des années, lui et d’autres responsables du Cartel des Soleils ont utilisé la cocaïne comme une arme, inondant de poison New York et d’autres villes américaines », a déclaré Clayton dans un communiqué. Robert Murphy, chef par intérim de la brigade des stupéfiants, a ajouté que Carvajal « a exploité sa position de directeur des renseignements militaires du Venezuela et a abandonné sa responsabilité envers le peuple vénézuélien pour causer intentionnellement du tort aux États-Unis ».
D’autres coaccusés dans des affaires similaires ont déjà été condamnés. Cliver Antonio Alcalá Cordones, par exemple, a été condamné à 260 mois de prison le 11 avril 2024 pour avoir fourni un soutien matériel, notamment des armes, aux FARC. Le parquet a également mis en avant la coopération internationale qui a permis l’extradition de Carvajal, soulignant la complexité de l’enquête menée conjointement par les agences américaines et les autorités judiciaires de Colombie, du Mexique et d’Espagne.
Selon des sources proches de l’ancien espion citées par le média *El Confidencial*, Carvajal serait prêt à fournir des documents inédits susceptibles d’intéresser tant le ministère de la Justice que la DEA (Drug Enforcement Administration). Ses aveux devant la justice ont inclus des détails sur la structure et les opérations du Cartel des Soleils, ainsi que son rôle dans la protection des expéditions de drogue, la fourniture d’armes aux FARC et la coordination de transits de cocaïne, tels que les 5,6 tonnes saisies au Mexique en 2006. Il a également admis avoir reçu des millions de dollars de narcotrafiquants et participé à des actes de violence, incluant des enlèvements et des meurtres, pour faciliter le trafic et protéger ses complices.
Un aspect crucial de ce dossier réside dans la coopération de Carvajal avec la justice américaine. Les mêmes sources indiquent que l’ancien chef du renseignement aurait proposé de livrer une documentation inédite sur les réseaux financiers internationaux du chavisme, dans l’espoir d’obtenir une réduction significative de sa peine. Carvajal estime sa peine potentielle à une vingtaine d’années de prison, mais espère ne pas avoir à purger la totalité de celle-ci grâce aux bénéfices de sa collaboration.
L’impact international des révélations de Carvajal est considérable. « Le gouvernement vénézuélien finance illégalement les mouvements politiques de gauche dans le monde depuis au moins 15 ans », aurait-il déclaré. Parmi les bénéficiaires présumés de ces fonds, il a cité des dirigeants et des partis tels que Néstor Kirchner en Argentine, Evo Morales en Bolivie, Lula da Silva au Brésil, Fernando Lugo au Paraguay, Ollanta Humala au Pérou, Manuel Zelaya au Honduras, Gustavo Petro en Colombie, le Mouvement cinq étoiles en Italie et Podemos en Espagne. Selon son témoignage, la compagnie pétrolière d’État PDVSA aurait servi de principal canal de financement, une stratégie maintenue sous le dictateur Nicolás Maduro, même lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères. Carvajal a notamment détaillé des opérations telles que le transfert de 3,5 millions d’euros en espèces au Mouvement cinq étoiles en Italie, effectué par valise diplomatique et avec l’approbation de Maduro.
Alors que le parquet met l’accent sur la gravité des crimes et la nécessité d’une lourde peine pour Carvajal, la défense parie sur le fait que sa coopération se traduira par des avantages pénitentiaires. L’issue finale de cette procédure dépendra de l’appréciation judiciaire des informations fournies et des objections qui seront présentées par la défense dans les semaines à venir. En attendant la nouvelle date de condamnation, Hugo Carvajal maintient l’espoir que sa collaboration avec la justice américaine lui permettra d’obtenir une réduction substantielle de sa peine et des conditions d’incarcération plus favorables.