Publié le 25 février 2026 22:07:00. Un documentaire poignant révèle les horreurs de la guerre en Ukraine à travers le prisme des soldats russes, victimes d’une violence extrême et d’un mépris total de la vie humaine, faisant écho aux traumatismes de l’intervention soviétique en Afghanistan.
Dans les derniers jours de l’Union soviétique, le « syndrome afghan » désignait le traumatisme généralisé et le manque de suivi des anciens combattants de la guerre en Afghanistan. Des milliers de soldats étaient revenus brisés, en colère et sans soutien. Aujourd’hui, un documentaire percutant, intitulé The Zero Line, suggère que l’expérience actuelle de la Russie en Ukraine pourrait engendrer une crise similaire.
Le film présente des témoignages poignants, dont certains anonymes par peur des représailles. Beaucoup acceptent de montrer leur visage, mais refusent de révéler leur identité, craignant les conséquences de leurs paroles. Tous témoignent d’un courage saisissant face à l’horreur.
Peu après l’invasion de l’Ukraine en 2022, de petites manifestations anti-guerre ont éclaté en Russie. Le documentaire suit notamment le cas d’Artyom, un jeune homme passionné par la poésie et la créativité, selon sa femme, Sasha. Admiré pour son courage, il a osé défier le régime de Vladimir Poutine. Malheureusement, il a été arrêté, torturé et violé, comme le raconte Sasha. Ukraine
Le film ne se concentre pas uniquement sur la résistance, mais explore également le sort de ceux qui, à contrecœur, ont rejoint l’effort de guerre. Le titre, « Zéro », a une double signification : il désigne la « Ligne Zéro », la zone de conflit direct, mais aussi un terme d’argot militaire désignant l’exécution de ses propres troupes.
Les soldats tentant de déserter sont « mis à zéro ». Les nouvelles recrues arrivant au front se voient confisquer leurs cartes bancaires et leurs comptes vidés. Les blessés graves sont également « remis à zéro », un euphémisme glaçant pour désigner l’abandon à leur sort. Un ancien soldat témoigne :
« Il avait cinq enfants. Il y a une compensation pour les morts. Mais un légume, lui, n’est pas indemnisé. Alors on le rabaisse, comme un chien. »
Le documentaire décrit une armée russe presque anarchique, où le mépris pour la vie humaine est effrayant. Des « tempêtes de viande » – des offensives massives où des soldats sont envoyés à l’abattoir – sont courantes. Les chiffres sont stupéfiants : en 2025, entre 900 et 1 500 soldats russes seraient tués ou blessés chaque jour. Invasion soviétique de l’Afghanistan
La banalité de la propagande sur le front intérieur est également dénoncée. Des films de recrutement montrent des enfants accueillant joyeusement leurs pères héroïques, une tentative grotesque de personnaliser la guerre qui ne fait qu’accentuer son absurdité.
Les témoignages les plus déchirants proviennent de ceux qui ont osé s’opposer au conflit. Un jeune homme portant un T-shirt Joy Division a vu sa femme envoyée dans une colonie pénitentiaire pour avoir dénoncé les atrocités commises à Boutcha. Un éducateur spécialisé, danseur, a été enrôlé et attaché à un arbre, battu et uriné dessus par ses camarades après qu’ils aient découvert des photos de lui en train de danser.
À la fin du film, une déclaration indique que le gouvernement russe n’a pas répondu aux demandes de commentaires. Mais, comme le souligne le documentaire, il n’est plus nécessaire d’attendre une réponse. The Zero Line est un témoignage accablant, une collection de preuves qui révèle l’horreur de la guerre et son impact dévastateur sur la population russe.
Cette guerre n’a pas seulement brutalité les Ukrainiens, elle a également cherché à anéantir la douceur, la gentillesse et la sensibilité de ses victimes secondaires, la population russe elle-même. La guerre finira par prendre fin, mais pour les personnages de ce film, elle ne sera jamais vraiment terminée. Le traumatisme perdurera, comme à la fin des années 80. Comme le dit avec tristesse Sacha en rendant visite à Artyom en prison :
« J’aime la Russie. Mais la Russie ne semble pas m’aimer. »