Publié le 18 février 2026 à 23h30. L’ancien président sud-coréen Yoon Suk-yeol doit connaître son sort demain, accusé d’avoir tenté un coup d’État il y a un an. L’affaire a mis en lumière la robustesse de la démocratie sud-coréenne, mais soulève des questions sur la stabilité politique du pays.
- Yoon Suk-yeol risque la prison à vie, voire la peine de mort, pour son rôle dans la tentative de prise de pouvoir du 3 décembre 2024.
- La tentative de coup d’État, qui n’a duré que six heures, a été contrée par la résistance du Parlement et une mobilisation populaire massive.
- Les experts estiment que cet épisode a démontré la force de la démocratie sud-coréenne, forgée par un passé de régimes autoritaires.
La Corée du Sud retient son souffle à la veille du verdict concernant l’ancien président Yoon Suk-yeol, accusé d’avoir illégalement tenté de s’emparer du pouvoir le 3 décembre 2024. L’issue du procès pourrait avoir des conséquences importantes pour la stabilité politique du pays.
Ce jour-là, la Corée du Sud a frôlé une situation de dictature. Yoon Suk-yeol avait annoncé l’instauration de la loi martiale, suspendant les libertés civiles et confiant le pouvoir à l’armée, sous prétexte d’une menace imminente. Selon le professeur d’études coréennes Remco Breuker, « les libertés civiles et autres ont été suspendues. L’armée prendrait le pouvoir sous sa direction car le pays serait en danger immédiat. »
Des forces militaires ont été déployées pour encercler le Parlement, qui avait le pouvoir constitutionnel de dissoudre la loi martiale. La chercheuse coréenne Flora Smit explique : « La constitution sud-coréenne stipule que le Parlement peut dissoudre la loi martiale. C’est devenu un énorme chaos. » Cependant, suffisamment de parlementaires ont réussi à s’infiltrer dans le bâtiment, notamment par les fenêtres, pour voter contre la loi martiale. « L’armée ne savait pas exactement ce qu’on attendait d’elle. Les images montrent qu’elle était un peu hésitante », ajoute Smit.
Parallèlement, la population est descendue massivement dans la rue pour protester contre la décision de Yoon. Le réalisateur Kim Shin-wan, qui a documenté les événements, témoigne : « Les gens ordinaires semblaient mieux entraînés que les soldats. C’était très impressionnant. » Après quelques heures de tension, Yoon a finalement cédé à la pression et a approuvé une résolution abrogeant la loi martiale.
Yoon Suk-yeol a justifié sa décision en affirmant que l’opposition, majoritaire au Parlement, sympathisait avec la Corée du Nord. Breuker précise : « Yoon pensait que la Corée du Nord était sur le point d’envahir la Corée du Sud ou de renverser la démocratie de l’intérieur. » Toutefois, il n’existait probablement aucune menace accrue. Smit suggère que Yoon aurait pu chercher à provoquer une réaction nord-coréenne « pour qu’il y ait une raison de prendre le pouvoir et de donner beaucoup de pouvoir à l’armée. »
La préparation de la prise de pouvoir a duré plusieurs mois, impliquant Yoon Suk-yeol, plusieurs membres de son cabinet et des dirigeants militaires. Plus d’une semaine après l’échec de la tentative, Yoon a été destitué, mais son arrestation a été retardée en raison de la protection de sa garde présidentielle.
Les procureurs ont requis la peine de mort contre Yoon, l’accusant de trahison et de rébellion. Breuker estime qu’il y a « une réelle chance qu’il soit condamné à mort pour cela. » La prison à vie ou les travaux forcés à perpétuité sont également des peines possibles.
Yoon Suk-yeol a affirmé ne regretter rien, estimant qu’il n’avait fait que son devoir face à une opposition bloquant toute action gouvernementale. Smit, cependant, pense qu’il sera condamné à mort, car « je pense que la Corée du Sud veut montrer : nous ne tolérons pas ce genre d’actions. »
L’ancien Premier ministre Han Duck-soo a déjà été condamné à 23 ans de prison pour son rôle dans la tentative de prise de pouvoir, une peine plus sévère que celle initialement demandée par le procureur.
Bien que la peine de mort soit prononcée, il est peu probable qu’elle soit effectivement appliquée. La Corée du Sud n’a pas exécuté de condamné depuis 1997 et est sensible à la critique internationale concernant cette forme de châtiment. Smit souligne : « Le pays est également sensible à l’attitude critique de l’Occident à l’égard de cette forme de châtiment. » Breuker prévoit que Yoon « sera dans le couloir de la mort jusqu’à ce que sa peine soit commuée en une peine privative de liberté. C’est probablement la prison à vie, et puis à un moment donné, il sera gracié par le président en exercice, j’imagine. »
Cet événement est sans précédent dans l’histoire de la Corée du Sud, car il s’agit de la première fois qu’un président démocratiquement élu est accusé de rébellion. Cependant, il s’inscrit dans un contexte de lutte pour la démocratie, rappelant les manifestations sanglantes des années 1979 et 1980, notamment le « massacre de Gwangju », au cours duquel plusieurs centaines, voire 2 000 personnes ont été tuées.
Kim Shin-wan établit un parallèle entre Gwangju et la tentative de coup d’État de 2024 dans son film. « Les Coréens qui sont descendus dans la rue ont dit : nous ne voulons pas d’un autre Gwangju. La dictature et ce massacre font partie de la mémoire collective. »
En raison de cette histoire, la démocratie sud-coréenne est aujourd’hui particulièrement forte, selon Smit. « La peur d’un régime autoritaire et la gratitude envers la démocratie sont toujours très grandes. Les Coréens se battront bec et ongles pour la préserver. » Breuker partage cet avis : « Les Coréens écoutent le pouvoir légitime, mais dès que quelqu’un au pouvoir franchit les frontières, le pays tout entier est choqué. »