Publié le 15 octobre 2025 à 12:17. L’Australie fait face à une crise démographique sans précédent : le taux de fécondité atteint un plancher historique, s’établissant à 1,48 enfant par femme en 2024, une nouvelle alerte lancée par le Bureau australien des statistiques (ABS). Cette tendance préoccupante s’accompagne d’un vieillissement des parents, l’âge moyen des mères et des pères repoussé, soulevant des questions quant à l’accessibilité de la parentalité dans le pays.
- Le taux de fécondité australien a atteint un niveau record de 1,48 bébé par femme en 2024, en baisse par rapport à l’année précédente.
- L’âge moyen des parents au moment de la naissance de leur enfant s’élève à 32,1 ans pour les mères et 33,9 ans pour les pères.
- Des experts soulignent que des facteurs économiques et sociaux, comme le coût du logement et l’insécurité financière, constituent des obstacles majeurs à la création de familles.
Les nouvelles données de l’ABS révèlent un recul continu du taux de fécondité national, passant de 1,48 enfant par femme en 2024, contre un chiffre déjà bas en 2023. Parallèlement, les Australiens choisissent de fonder une famille plus tard dans leur vie. L’âge médian des mères atteint désormais 32,1 ans et celui des pères 33,9 ans en 2024. Beidar Cho, responsable de la démographie à l’ABS, explique que cette tendance s’inscrit dans un contexte d’accès accru à l’éducation et d’une plus forte participation des femmes au marché du travail.
Sur la dernière décennie, l’âge moyen des mères a augmenté de 1,2 an, tandis que celui des pères a progressé de 0,9 an. Pour Liz Allen, démographe à l’Université nationale australienne, cette baisse n’est pas seulement une question de choix personnel. Elle pointe du doigt des obstacles « insurmontables » qui empêchent de nombreux couples de réaliser leur désir de parentalité. « Lorsque nous interrogeons les gens sur le nombre d’enfants qu’ils souhaiteraient avoir, la réponse est généralement supérieure à ce qu’ils parviennent à avoir », affirme le Dr Allen. Elle ajoute que si la fécondité est une affaire de choix et d’autonomisation, alors il n’y a pas lieu de la considérer comme un problème en soi.
Cependant, le Dr Allen met en garde : l’abordabilité du logement, la sécurité économique, les inégalités de genre et le changement climatique sont des enjeux majeurs que le gouvernement n’a pas encore suffisamment pris en compte. L’Australie connaît un taux de fécondité global bien inférieur au seuil de renouvellement des générations depuis le milieu des années 1970. Dans des villes comme Sydney et Melbourne, la recherche d’un logement abordable repousse les familles vers les périphéries, où les taux de natalité sont plus faibles qu’en dehors des zones urbaines, précisément à cause de l’accessibilité des biens immobiliers. L’ABS projette que d’ici le milieu des années 2050, le nombre de décès excédera celui des naissances sur le territoire.
Cassie Tweddle, une coiffeuse de 33 ans, illustre cette réalité. Elle confie que le coût de la vie et la flambée des prix de l’immobilier l’ont amenée à renoncer à son désir d’avoir des enfants. « Aujourd’hui, il faut faire un choix. On ne peut pas se permettre d’acheter une maison, de se déplacer pour le travail et de payer la garde des enfants », explique-t-elle. Actuellement locataire, elle estime qu’avoir des enfants impliquerait un déménagement dans un logement plus grand, une dépense qu’elle juge inabordable. L’idée que son salaire soit entièrement absorbé par la garde d’enfants l’a également dissuadée, l’obligeant à envisager la nécessité pour ses propres parents de se rapprocher pour la soutenir.
« Pour que nous ayons des enfants, il faudrait que les prix de l’immobilier baissent, que le coût de la vie baisse. »
Cassie Tweddle
Le chemin vers la parentalité est également semé d’embûches pour les couples de même sexe, qui font face à des coûts et des obstacles supplémentaires, souligne le Dr Allen. En début d’année, le gouvernement fédéral a annoncé des réductions Medicare pour les couples LGBTIQ+ et les personnes célibataires souhaitant accéder à la procréation médicalement assistée. « Nous entrons en territoire inconnu avec l’augmentation des techniques de congélation d’ovocytes, et aucune des discussions que nous avons eues ne porte sur les couples non hétéronormatifs », observe le Dr Allen. Si les avancées technologiques facilitent la création de divers types de familles, les politiques et les coûts associés aux soins de santé n’ont pas suivi le rythme, créant un casse-tête juridique et financier pour ceux qui dépendent de la fécondation in vitro (FIV).
Face à cette tendance mondiale, d’autres pays tentent d’endiguer la baisse des naissances. En Pologne, des hôtels proposent des incitations aux couples pour concevoir des enfants dans leurs établissements. Le groupe Arche, propriétaire de 23 hôtels, offre ainsi des « événements spéciaux gratuits », comme un baptême, aux clients pouvant prouver que la conception d’un enfant est liée à leur séjour. En Chine, le gouvernement a annoncé des aides financières pour la garde d’enfants à partir de janvier, dans le but d’inverser trois années consécutives de baisse des naissances.
Sur l’île sud-coréenne de Jeju, des logements subventionnés à seulement 28 dollars par mois sont proposés aux résidents afin de lutter contre le taux de natalité le plus bas du monde, qualifié d' »urgence nationale » par le président Yoon Suk Yeol. Le coût élevé de la vie, l’accès au logement, la compétitivité du marché du travail et les inégalités de genre sont cités comme facteurs contribuant à cette situation critique.