Publié le 2023-01-01 12:00:00. La disparition de la reine mère Sirikit de Thaïlande, à l’âge de 93 ans, marque la fin d’une ère aux côtés de son défunt époux, le roi Bhumibol Adulyadej. Figure emblématique, elle a traversé près de sept décennies d’histoire thaïlandaise, alliant glamour international et engagement auprès de son peuple.
- La reine mère Sirikit de Thaïlande s’est éteinte ce samedi à l’âge de 93 ans.
- Son décès clôt une période historique majeure pour la Thaïlande, marquée par le règne de son époux, le roi Bhumibol Adulyadej.
- Elle était reconnue pour son élégance, son rayonnement international et son dévouement à la couronne et au pays.
Décédée ce samedi à l’âge de 93 ans, la reine mère Sirikit de Thaïlande a définitivement clos un chapitre de l’histoire de son pays. Elle fut la compagne de longue date du vénéré roi Bhumibol Adulyadej, Rama IX de la dynastie Chakri, qui régna de 1946 jusqu’à sa propre disparition en 2016. Ensemble, ils ont incarné la monarchie thaïlandaise pendant près de soixante-dix ans.
Reconnue mondialement pour son sourire et son allure distinguée, la reine Sirikit fut une icône de la royauté et de la scène internationale, souvent comparée à d’autres figures glamour de son époque telles que Farah Diba, Imelda Marcos ou Grace Kelly. Leur renommée planétaire a véritablement pris son essor en 1960, année de leur tournée diplomatique dans quarante pays. Lors de leur visite en Espagne, ils furent reçus avec tous les honneurs par le général Franco et son épouse, Carmen Polo. La reine Sirikit reçut d’ailleurs la Grand-Croix de l’Ordre d’Isabelle la Catholique.
Cette tournée mondiale avait également pour objectif de promouvoir les riches soieries thaïlandaises et de façonner l’image élégante de la reine. Pour ce faire, elle portait des créations du célèbre couturier français Pierre Balmain, qui fusionnaient habilement les motifs traditionnels thaïlandais avec la mode occidentale contemporaine.
En parallèle de ses apparitions publiques, la reine Sirikit s’investissait activement dans le soutien de diverses fondations royales et organisations paramilitaires. Durant la Guerre Froide, ces entités jouèrent un rôle crucial dans la défense de la monarchie face à la menace communiste.
Son engagement s’inscrivait dans une longue tradition de femmes fortes au sein de la royauté thaïlandaise. La reine Sirikit prenait pour modèle la légendaire reine Suriyothai. Cette dernière, épouse du roi Chakkraphat au XVIe siècle, se serait déguisée en soldat pour combattre lors d’une bataille contre les armées birmanes invasrices. Sa mort héroïque, sur le dos d’un éléphant, est un acte fondateur qui aurait, selon la légende, sauvé le roi et le royaume.
Née Sirikit Kitiyara Rajawongse le 12 août 1932 dans une famille aristocratique, elle étudia à Bangkok jusqu’à l’âge de quatorze ans. Elle partit ensuite vivre en Europe, son père, le prince Nakkhatra, ayant été nommé ambassadeur dans plusieurs capitales européennes. C’est à cette période que son destin commença à se lier à celui de son lointain cousin, Bhumibol Adulyadej. Le règne de ce dernier avait débuté un mois avant son départ pour l’Europe, mais le jeune roi quitta rapidement la Thaïlande pour poursuivre ses études en Suisse, après avoir désigné son oncle Rangsit comme régent.
C’est à Paris que Sirikit rencontra Bhumibol pour la première fois. Leur relation s’approfondit alors que la jeune femme rendait fréquemment visite au souverain lors de sa convalescence dans un hôpital de Lausanne, suite à un accident de la route qui lui avait fait perdre l’usage d’un œil.
Leur union fut célébrée le 28 avril 1950 en Thaïlande, une semaine seulement après le couronnement de Bhumibol. Ensemble, ils eurent quatre enfants : le prince Vajiralongkorn, né en 1952 et devenu roi en 2016, ainsi que les princesses Ubolratana, Sirindhorn et Chulabhorn, nées respectivement en 1951, 1955 et 1957.
Bien que la monarchie absolue ait été abolie en Thaïlande en 1932, et que la Maison Royale ait perdu une partie de son influence durant la décennie suivante, le roi Bhumibol réussit à restaurer la grandeur de l’institution. Il devint une figure unificatrice, vénérée par une majorité de Thaïlandais, dont beaucoup le considéraient comme un demi-dieu, grâce à ses initiatives sociales et à son image de « dhammaraja » (protecteur du bouddhisme).
Le roi Bhumibol entretenait également des liens étroits avec l’armée, qui a orchestré treize coups d’État depuis la fin de l’absolutisme. La monarchie bénéficie en outre d’une des lois de lèse-majesté les plus strictes au monde, rendant tout débat public sur les décisions du Palais quasiment impossible.
Si le roi Bhumibol fut le « père de la nation », la reine Sirikit endossa un rôle maternel auprès du peuple thaïlandais, au point que son anniversaire est encore aujourd’hui célébré comme la fête des mères en Thaïlande.
Au-delà de son élégance, la reine Sirikit fit preuve d’une détermination notable. Dans les années 1970, elle accepta le patronage des « People’s Watchers », une organisation paramilitaire luttant contre les insurgés communistes.
En 2012, la reine fut diagnostiquée d’une cardiopathie ischémique, une affection due à l’artériosclérose des artères coronaires. Elle fut hospitalisée pendant quatre ans, marquant une quasi-disparition de la vie publique, malgré sa sortie de l’hôpital en novembre 2016.
Aujourd’hui encore, l’image de la « mère des Thaïlandais » reste omniprésente, affichée sur des milliers de portraits qui ornent les rues, les foyers et les bureaux à travers tout le pays.