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La situation au Soudan s’aggrave mais le gouvernement continue de nier la famine

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Publié le 10 février 2026 07:02:00. Le Soudan est au bord de la famine, trois ans après le début d’une guerre civile dévastatrice qui a déjà fait des centaines de milliers de victimes et poussé des millions de personnes à fuir leur foyer. L’aide humanitaire peine à atteindre les populations les plus vulnérables, tandis que les deux camps belligérants sont accusés d’utiliser la faim comme arme de guerre.

  • Deux localités du Nord-Darfour, Um Baru et Kernoi, sont désormais officiellement en situation de famine.
  • On prévoit que 4,2 millions de personnes souffriront de malnutrition aiguë cette année, dont 800 000 pourraient en mourir.
  • Plus de 13,9 millions de personnes ont été déplacées, entre réfugiés internes (9,6 millions) et personnes ayant fui à l’étranger (4,3 millions).

La situation humanitaire au Soudan se détériore à un rythme alarmant. Selon un rapport récent de l’IPC (Integrated Food Security Phase Classification), l’organisme de surveillance alimentaire des Nations Unies, la famine s’étend désormais à deux nouvelles localités du Nord-Darfour, Um Baru et Kernoi. Le nombre total de personnes confrontées à une malnutrition aiguë devrait atteindre 4,2 millions en 2026, avec un bilan potentiellement tragique de 800 000 décès. Plus de 13,9 millions de Soudanais ont été contraints de quitter leur foyer, se retrouvant soit déplacés à l’intérieur du pays, soit réfugiés dans les pays voisins.

La violence, qui oppose l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (RSF), se propage également vers l’est, menaçant la région du Kordofan. Pour faire face à cette crise majeure, 2,9 milliards de dollars d’aide humanitaire sont nécessaires, mais à ce jour, seulement 5,5 % de cette somme ont été collectés. En 2025, les organisations humanitaires n’avaient reçu que 38,7 % des fonds requis.

« Ces chiffres sont, je le crains, encore conservateurs », estime Anette Hoffmann, experte du Soudan à l’institut Clingendael. « Le travail de l’IPC et des autres organisations humanitaires est souvent entravé par les deux parties belligérantes, qui les empêchent d’accéder aux populations dans le besoin. »

Le conflit actuel trouve son origine dans une lutte de pouvoir entre le chef de l’armée gouvernementale soudanaise et le général à la tête des RSF. Les RSF, souvent composées de combattants d’origine arabe, sont accusées de cibler les populations d’origine africaine. Elles bénéficieraient du soutien financier des Émirats arabes unis, bien que ce pays nie officiellement toute implication.

Selon l’ONU, tant l’armée soudanaise que les milices des RSF se sont rendus coupables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, notamment de violences sexuelles et de l’utilisation de la famine comme arme de guerre.

Le gouvernement soudanais, qui nie l’existence de la famine, s’oppose à la publication de ces rapports. « Tous les discours sur la famine au Soudan visent à ouvrir les frontières à la contrebande d’armes et d’équipements vers les rebelles et à ouvrir la voie à l’arrivée de troupes étrangères », a déclaré en 2024 Abubakr El Bishri, ministre de l’Agriculture, au site d’information soudanais Dabanga.

Cette position a peu évolué depuis. En octobre dernier, deux responsables du Programme alimentaire mondial (PAM) ont été déclarés persona non grata et ont été contraints de quitter le pays, selon le PAM, « sans aucune explication ».

Cette méfiance du gouvernement rend l’acheminement de l’aide humanitaire extrêmement difficile. Deniz Dönmez, porte-parole de l’organisation CARE, témoigne : « Il est impossible pour les organisations humanitaires d’atteindre de nombreux endroits où les combats font rage, en particulier dans la province du Nord-Darfour. Nous essayons de nous rapprocher le plus possible pour accueillir les personnes qui fuient. Nos collègues sur place sont confrontés à des scènes déchirantes : des familles qui n’ont pas mangé depuis des jours, des enfants qui sont trop faibles pour se tenir debout ou pour pleurer, et des femmes victimes de violences sexuelles en fuyant. »

« La faim n’est pas nouvelle au Soudan, elle existait déjà avant la guerre », explique Anette Hoffmann. « Ce qui aggrave la situation, c’est que la faim est désormais utilisée comme une arme. Par exemple, en encerclant les villes, en bombardant les marchés ou en interceptant les convois alimentaires. »

Les parties belligérantes poursuivent deux objectifs en utilisant la faim comme arme, selon l’experte : des motivations génocidaires, notamment dans la région du Darfour, où les populations non arabes sont délibérément affamées par les RSF, et le recrutement de nouveaux soldats. « Les combattants reçoivent souvent de la nourriture, et parfois une rémunération, afin de pouvoir subvenir aux besoins de leur famille. Les jeunes hommes peuvent être tentés de rejoindre l’armée plutôt que de mourir de faim. »

Le bilan de la guerre au Soudan, y compris les victimes de la famine, est difficile à établir avec précision. Il dépasserait probablement les 150 000 morts, auxquels s’ajoutent 150 000 personnes portées disparues, notamment dans la ville d’El-Fasher, reprise par les RSF en octobre dernier après plus de 500 jours de siège. Sur une population estimée à 200 000 à 250 000 habitants, environ 100 000 personnes ont fui vers le nord de la ville. Le sort des autres reste inconnu. Selon Médecins sans frontières, qui a pu accéder à la ville, il ne reste plus de civils. Ils auraient été assassinés ou seraient morts de faim.

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