Publié le 22 février 2024 à 00:16:00. Le Premier ministre slovaque Robert Fico a posé un ultimatum à l’Ukraine, menaçant de suspendre les livraisons d’électricité d’urgence si le transit du pétrole russe via l’oléoduc Droujba n’est pas rétabli d’ici lundi, exacerbant les tensions énergétiques en Europe centrale.
- Robert Fico exige la reprise du flux de pétrole russe via l’oléoduc Droujba, interrompu suite à une attaque en Ukraine.
- En cas d’échec, la Slovaquie suspendra ses livraisons d’électricité d’urgence à l’Ukraine.
- La Hongrie soutient la position de la Slovaquie et menace également de couper ses approvisionnements électriques à l’Ukraine.
La crise énergétique s’intensifie en Europe centrale après l’interruption, le 27 janvier, du transit du pétrole russe via l’oléoduc Droujba (environ 2 millions de barils par jour). La Slovaquie et la Hongrie, particulièrement dépendantes de ce pétrole, se retrouvent dans une situation délicate et réclament une solution rapide.
Robert Fico a accusé le président ukrainien Volodimir Zelensky d’adopter une attitude hostile envers la Slovaquie, estimant que Kyiv ne comprend pas son approche pacifiste.
« Le président ukrainien refuse de comprendre notre approche pacifiste et, parce que nous ne soutenons pas la guerre, il se comporte de manière malveillante à l’égard de la Slovaquie. »
Robert Fico, Premier ministre slovaque
Il a également dénoncé l’arrêt des livraisons de gaz slovaques à l’Ukraine, ajoutant que ces interruptions causent des « pertes et des difficultés logistiques ».
Le Premier ministre slovaque a rappelé que son pays avait fourni une aide humanitaire à l’Ukraine depuis le début du conflit et accueilli environ 180 000 réfugiés ukrainiens. Il a toutefois affirmé qu’il ne tolérerait pas une relation « à sens unique », soulignant la souveraineté de la Slovaquie :
« La Slovaquie est un pays fier et souverain, et je suis un Slovaque fier et souverain. »
Robert Fico, Premier ministre slovaque
Cette position a trouvé un écho favorable auprès du Premier ministre hongrois Viktor Orbán, qui a également menacé de suspendre les livraisons d’électricité à l’Ukraine si le transit du pétrole russe n’était pas rétabli.
« Une partie importante de l’électricité ukrainienne vient de Hongrie, et si nous cessons de la fournir, de sérieux problèmes pourraient survenir là-bas. »
Viktor Orbán, Premier ministre hongrois
Il a fait cette déclaration lors d’un événement à Békéscsaba.
La Slovaquie et la Hongrie ont par ailleurs bloqué un prêt de 90 milliards d’euros destiné à l’Ukraine par l’Union européenne, invoquant des préoccupations concernant leur sécurité énergétique.
Selon des spécialistes du secteur, la Slovaquie a contribué à hauteur de 18 % aux importations record d’électricité de l’Ukraine le mois dernier. L’opérateur public ukrainien Ukrenergo indique que la Slovaquie représente 17 % des importations ukrainiennes d’électricité, tandis que la Hongrie en couvre 45 %.
Les attaques russes continues contre les infrastructures énergétiques ukrainiennes ont laissé des millions de personnes sans électricité en plein hiver. Depuis octobre dernier, ces bombardements ont détruit des centrales électriques et des réseaux de transport, entraînant des pannes prolongées et une dépendance accrue aux importations d’électricité de l’Union européenne.
La Slovaquie et la Hongrie ont sollicité la Croatie pour utiliser l’oléoduc Adria comme itinéraire alternatif, mais le ministre croate de l’Économie, Avant Susnjar, a rejeté cette demande.
Cette situation met en évidence une fracture au sein de l’Union européenne concernant la stratégie à adopter vis-à-vis de la Russie et la dépendance énergétique de certains États membres. Si la majorité des pays de l’UE ont considérablement réduit leurs achats d’énergie russe depuis le début de la guerre, la Hongrie et la Slovaquie maintiennent leurs liens énergétiques avec Moscou.
(Avec des informations d’Europa Press, Reuters et Politico)