La Syrie, dirigée par une nouvelle élite, s’attelle à redéfinir ses relations avec la Russie, marquant une étape significative dans une alliance façonnée par les réalités de la survie. Après avoir été sauvée de l’effondrement en 2015 grâce à la puissance aérienne russe, le régime syrien, confronté à une nouvelle crise en 2024, a vu Moscou lui offrir une nouvelle bouée de sauvetage, cette fois sous la forme d’un exil sûr pour le dictateur déchu et sa famille.
Dans ce contexte, Ahmed al-Sharaa, le leader syrien par intérim, effectue une visite historique à Moscou pour rencontrer son homologue russe Vladimir Poutine. C’est la première rencontre officielle entre les deux pays depuis la chute spectaculaire de Bashar al-Assad.
Pour éclairer cette évolution, Thomas Pierret, spécialiste de la Syrie et directeur de recherche à l’Institut de Recherche et d’Études sur le Monde Arabe et Musulman (IREMAM) du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), analyse cette relation complexe. Il souligne que, bien que les deux parties puissent sembler des partenaires improbables, leur alliance est avant tout motivée par une logique de survie mutuelle.
La trajectoire de la relation syro-russe illustre une métamorphose surprenante. En 2015, l’intervention militaire russe, caractérisée par sa puissance de feu aérienne dévastatrice, a été déterminante pour empêcher le régime d’Assad de succomber face à la guerre civile. Quinze ans plus tard, alors que le régime s’effondrait à nouveau en 2024, la Russie a une fois de plus tendu la main à Damas, offrant non seulement un soutien, mais aussi un refuge pour le dictateur déchu et sa famille.
Cette rencontre à Moscou entre Ahmed al-Sharaa et Vladimir Poutine intervient à un moment charnière, où la Syrie cherche à consolider son avenir après une décennie de conflit et un changement de pouvoir abrupt. La nature des liens qui seront désormais tissés entre les deux capitales reste à définir, mais l’histoire récente suggère que la pragmatique de la survie jouera un rôle prépondérant dans la redéfinition de cette alliance.