Home International La valorisation est du ressort du ministère de la Science et de la Technologie, le stockage du ministère du Climat… La politique de réduction carbone freinée

La valorisation est du ressort du ministère de la Science et de la Technologie, le stockage du ministère du Climat… La politique de réduction carbone freinée

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La politique gouvernementale concernant le captage, l’utilisation et le stockage du carbone (CCUS) peine à suivre le rythme effréné du secteur privé, semant la confusion chez les entreprises. Alors que des géants industriels comme POSCO et SK prennent l’initiative technologique, un appel pressant est lancé pour une politique cohérente et une feuille de route claire, ainsi que pour des infrastructures énergétiques adaptées.

Malgré l’ambition gouvernementale d’allouer 10% des objectifs de réduction des gaz à effet de serre (NDC) à la technologie CCUS pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, le paysage politique fragmenté entre différents ministères crée un climat d’incertitude pour le secteur privé. Les entreprises s’inquiètent de voir le rythme de leurs avancées technologiques freiné par une gouvernance éparpillée, où le captage et l’utilisation (CCU) relèvent d’un ministère, tandis que le captage et le stockage (CCS) sont gérés par un autre.

Un dédoublement ministériel source de complexité

Actuellement, la politique CCUS est partagée : le ministère des Sciences et des TIC supervise le CCU, et le ministère du Climat, de l’Énergie et de l’Environnement est en charge du CCS. Ce dernier ministère a d’ailleurs récemment vu ses compétences élargies, récupérant la gestion des politiques relatives à l’électricité et aux énergies renouvelables auparavant sous l’égide du ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Énergie.

L’importance du CCUS n’est plus à démontrer dans la course aux objectifs climatiques. D’ici 2030, le gouvernement table sur une réduction de 11,2 millions de tonnes d’équivalent CO₂ grâce à cette technologie. À l’horizon 2050, la contribution du CCUS pourrait s’élever à entre 55,1 et 84,6 millions de tonnes de réduction, un levier indispensable pour atteindre la neutralité carbone.

Cependant, cette gestion cloisonnée des technologies de capture et de stockage du CO₂ complique la mise en œuvre de politiques intégrées. Aucune réglementation globale ne couvre le cycle complet du CCU, et il n’existe pas d’agence dédiée pour superviser le CCS en milieu marin. L’industrie souligne la nécessité d’une volonté politique forte et d’un leadership gouvernemental affirmé. En effet, l’ensemble du processus, de la prospection de sites de stockage à la capture, au transport et à l’injection du CO₂, peut s’étendre sur une décennie, voire plus.

Kook-heon Ahn, directeur de l’Association coréenne du pétrole, rappelle les défis économiques : « Il en coûte environ 200 000 wons (environ 130 euros) pour traiter une tonne de gaz à effet de serre via le CCS », un coût qui rend encore difficile pour les entreprises d’entreprendre de tels projets à l’échelle nécessaire. Le groupe POSCO, dans son « Rapport sur le développement durable 2024 », confirme l’urgence des soutiens : « Pour parvenir à la commercialisation des technologies d’acier CCUS et de réduction par hydrogène, et pour réaliser des réductions concrètes, l’acceptation du marché, les infrastructures énergétiques et le soutien politique aux produits bas carbone sont essentiels. »

Des entreprises pionnières malgré un cadre flou

Face à ce constat, les entreprises avancent leurs propres stratégies de décarbonation et accélèrent l’adoption des technologies CCUS. POSCO concentre ses efforts sur des solutions de transition à haute faisabilité, telles que le CCUS et les fours électriques à grande échelle, tout en développant une technologie de production d’acier par réduction de l’hydrogène (« HyREX ») visant une commercialisation d’ici 2030.

Kumho Petrochemical a, quant à elle, inauguré en juillet dernier des installations CCUS capables de capter jusqu’à 76 000 tonnes de CO₂ par an. Le dioxyde de carbone ainsi capturé est valorisé, notamment dans la production de neige carbonique et de boissons gazeuses.

SK Innovation place également le CCUS au cœur de sa stratégie « net zéro », en s’appuyant sur la production d’électricité au gaz naturel liquéfié (GNL). L’entreprise multiplie les partenariats technologiques et envisage une stratégie de transition bas carbone alignée sur le marché des énergies renouvelables dans les pays en développement.

Un modèle international à suivre

À l’étranger, plusieurs pays ont opté pour une approche unifiée en créant des organisations dédiées à la politique climatique. Le Royaume-Uni a mis en place le « Department for Energy Security and Net Zero (DESNZ) », l’Allemagne a établi le « Ministère fédéral de l’Économie et de la Protection du climat », et les Pays-Bas ont créé un « Département dédié à la politique climatique et à la croissance verte », centralisant ainsi les politiques connexes.

« Des politiques gouvernementales cohérentes sont cruciales pour assurer le développement à long terme des technologies de réduction et pour stimuler les investissements dans les infrastructures », souligne un responsable du secteur. « Une feuille de route claire et un soutien stable permettraient d’orienter plus efficacement les investissements en main-d’œuvre et en capitaux. »

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