Des images glaçantes diffusées sur les réseaux sociaux révèlent de possibles exécutions sommaires de dizaines d’hommes près de Kobané, dans le nord-ouest de la Syrie, par des combattants des Forces démocratiques syriennes (FDS). Ces révélations, accompagnées de témoignages accablants, mettent en lumière des actes de violence qui pourraient constituer des crimes de guerre.
La vidéo, initialement publiée le 22 janvier 2026 sur un compte Facebook aujourd’hui supprimé et basée en Allemagne, montre un membre des FDS, armé et souriant, posant en selfie devant une rangée de corps gisant au sol. Une autre séquence montre des tirs effectués sur ces mêmes corps, l’identité des tireurs restant incertaine. Selon le groupe Facebook local Radar Sarine, au moins 21 jeunes hommes auraient été exécutés extrajudiciairement.
Les événements s’inscrivent dans un contexte de tensions accrues. En janvier 2026, un important contingent de combattants des FDS s’est repositionné de Deir ez-Zor et de Raqqa vers Kobané. Le 19 janvier, des affrontements ont éclaté avec l’armée syrienne près du barrage de Tishrin, au sud de Kobané. Peu après, la prison de Yeddi Qawi, située à proximité, a été ouverte, entraînant la fuite de nombreux détenus.
Mukhtar, un ancien prisonnier de Yeddi Qawi, a témoigné avoir été libéré le 22 janvier. Il décrit une prison surpeuplée, où la majorité des détenus étaient des Arabes, et où les promesses d’amnistie générale ne semblaient concerner que les prisonniers kurdes. « Ils nous parlaient d’une amnistie générale. Mais seuls les détenus kurdes étaient libérés. Ils étaient une centaine. Pendant ce temps, ils nous disaient, à nous Arabes : « Votre tour viendra. » Beaucoup y croyaient », raconte-t-il.
Selon son récit, après une escalade des tensions et des émeutes en prison, les portes ont été ouvertes, permettant à environ 300 à 400 prisonniers de s’échapper. Mukhtar affirme que, peu après, les fugitifs ont été interceptés par des véhicules des FDS et soumis à des exécutions sommaires. « Ils ont commencé par tirer en l’air. Les gens couraient dans toutes les directions. Ensuite, ils ont commencé à nous tirer dessus. J’ai vu des hommes tomber devant moi. Ils ne portaient rien, pas d’armes, pas même de téléphones portables », témoigne-t-il, ajoutant avoir réussi à se cacher avant d’être à nouveau arrêté.
Mukhtar décrit une scène de vengeance et de discrimination ethnique, où les soldats insultaient les victimes et leur annonçaient leur mort imminente. Il évoque également le sort d’un groupe d’environ 27 personnes transportées par les FDS vers la zone sous contrôle du régime syrien, dont la plupart auraient été tuées.
Les FDS ont reconnu l’authenticité des images, affirmant qu’elles montraient des combattants armés tués lors d’affrontements. Cependant, ce récit est contredit par les vidéos, qui montrent des corps alignés, sans armes, et vêtus de vêtements civils. Adnan Al-Hussein, un journaliste local, estime que les images prouvent que la zone avait été sécurisée avant les exécutions.
À Manbij, les autorités s’efforcent d’identifier les corps. Des hommages ont déjà été rendus à deux victimes, Ismail Al-Hassani et Abbas Muhammad Al-Hussein, sur la page Facebook Radar Sarin. Mukhtar, quant à lui, affirme qu’il a choisi de témoigner pour « ceux qui sont morts », malgré les risques que cela implique. « J’ai hésité. Mais si je garde le silence, ils mourront une seconde fois. Je ne demande pas la justice internationale. Je demande que la vérité soit dite ».