Publié le 2025-10-25 16:00:00. L’émergence d’une « actrice » entièrement générée par intelligence artificielle, Tilly Norwood, suscite une vive controverse à Hollywood, soulevant des questions éthiques et économiques cruciales pour l’industrie cinématographique.
- Une actrice virtuelle, Tilly Norwood, créée par IA, est sur le point d’être représentée par une agence artistique, provoquant la colère des acteurs et syndicats.
- Le syndicat SAG-AFTRA dénonce une exploitation du travail d’artistes humains sans autorisation ni compensation, qualifiant la démarche de « représentations volées ».
- Des experts appellent l’industrie à ne pas ignorer les avancées technologiques de l’IA, comparant cette attitude à un « regard dans le rétroviseur » potentiellement désastreux.
L’industrie cinématographique hollywoodienne est en émoi suite à l’annonce de l’arrivée de Tilly Norwood, une « actrice » entièrement conçue par intelligence artificielle. Ce personnage numérique hyperréaliste, représentant une jeune femme britannique aux traits soignés, a déjà fait ses premières apparitions dans de courtes vidéos. La controverse a véritablement éclaté lorsque le Festival du film de Zurich a révélé que Tilly Norwood était sur le point de signer avec une agence artistique, ouvrant la voie à une présence potentielle dans des productions plus importantes.
La réaction du syndicat des acteurs, le SAG-AFTRA, a été immédiate et véhémente. Dans un communiqué adressé à l’agence EFE, le syndicat a fermement déclaré que « la créativité doit rester centrée sur l’humain » et s’oppose catégoriquement à la « substitution d’interprètes humains à des interprètes synthétiques ». Le SAG-AFTRA dénonce l’utilisation de représentations créées à partir du travail d’innombrables artistes professionnels, sans leur consentement ni rémunération. « Tilly Norwood n’est pas une actrice, c’est un personnage généré par un programme informatique », insiste le communiqué, qui accuse cette nouvelle technologie d’utiliser des « représentations volées pour priver les acteurs de leur travail ». Le syndicat rappelle par ailleurs aux producteurs leurs obligations contractuelles de « notification et négociation » s’ils envisagent d’employer de tels « artistes synthétiques ».
Du côté des acteurs réels, le rejet est également palpable. L’actrice et auteure Mara Wilson, connue pour son rôle dans *Matilda* (1996), a exprimé son scepticisme, soulignant que le personnage de Tilly Norwood semble être une extrapolation de multiples actrices. Elle suggère qu’il serait plus logique d’embaucher directement une comédienne humaine. La créatrice du personnage, l’actrice et productrice Éline Van der Velden, a défendu son projet sur Instagram, le décrivant comme une « œuvre de création » qui ne saurait « se substituer à un être humain ». Elle a comparé l’IA à un « nouveau pinceau », dans la lignée de l’animation.
Face à cette situation, des experts invitent à une prise de conscience collective. Todd Bryant, professeur à l’Université de New York, souligne le dilemme éthique posé par ces IA, notamment quant à l’origine des données d’apprentissage. Il rappelle cependant que si les acteurs participent activement à ce processus, la situation peut s’apparenter à des techniques comme la « capture de mouvement », où l’artiste consent à une représentation numérique. De nombreuses entreprises proposent déjà la création de doublures numériques d’acteurs, un processus de numérisation prenant environ trois heures. Selon Bryant, ignorer ces technologies de pointe équivaut à « se mettre la tête dans le sable », une attitude qui pourrait s’avérer préjudiciable à long terme, à l’instar du déclin de Kodak face à la photographie numérique.
L’expert estime que l’IA pourrait en réalité « augmenter le gâteau » pour l’industrie du divertissement en ouvrant la voie à de nouveaux médias et formats, à l’image de la réalité virtuelle (VR) qui a enrichi le paysage audiovisuel sans supplanter le cinéma. Néanmoins, Bryant tempère ses propos en soulignant les limites actuelles de la technologie. Il doute que les personnages d’IA puissent véritablement recréer « l’alchimie avec d’autres acteurs » ou « transmettre une émotion convaincante », faisant référence au phénomène de la « vallée de l’étrangeté », où des répliques humaines trop réalistes peuvent susciter un sentiment de rejet.