Publié le 11 octobre 2025. Les sifflements, les commentaires obscènes et autres agressions verbales dans l’espace public sont monnaie courante pour de nombreuses femmes en Allemagne, un comportement qui peine à être reconnu comme une infraction pénale. Le parti social-démocrate (SPD) milite activement pour combler cette lacune juridique, tandis que les discussions se poursuivent au sein de la coalition gouvernementale.
- Le harcèlement sexuel verbal, bien que répandu, n’est pas explicitement criminalisé par la loi allemande sur les infractions sexuelles de 2016.
- Les sociaux-démocrates estiment qu’il existe un vide juridique et réclament une loi pour punir ces comportements non désirés.
- Des initiatives citoyennes et des études montrent l’ampleur du phénomène et son impact sur la vie des femmes.
À travers l’Europe, de nombreux pays ont déjà légiféré pour sanctionner le harcèlement verbal dans l’espace public. En Allemagne, cependant, cette forme d’agression, souvent qualifiée de « catcalling », échappe encore largement à la justice. Les lois actuelles, notamment l’article 185 du Code pénal (StGB) relatif à l’outrage, punissent les insultes, mais leur application aux propos sexistes est interprétée de manière restrictive par les tribunaux. La protection de l’honneur, ancrée dans une tradition juridique « génériquement masculine », peine à englober ces comportements qui visent à réduire les femmes à leur dimension sexuelle.
Sonja Eichwede, membre du parti social-démocrate (SPD), dénonce ce vide juridique, le qualifiant d' »urgence ». Selon elle, le harcèlement sexuel verbal et non verbal, lorsqu’il est substantiel, non désiré et ciblé, « mérite d’être puni par la loi ». Elle souligne l’impact psychologique considérable sur les victimes, particulièrement les jeunes femmes, qui peuvent être contraintes de se retirer de l’espace public. « Le langage et le comportement sont ici une forme de violence », insiste-t-elle.
Le débat prend de l’ampleur, notamment grâce à la mobilisation de la génération Z. En 2019, la plateforme berlinoise « Catcalls of Berlin » a initié un mouvement où les femmes écrivaient à la craie sur les trottoirs les phrases sexistes qu’elles subissaient, afin de sensibiliser l’opinion publique. Cette initiative a été suivie par d’autres villes allemandes. En 2020, une pétition lancée par Antonia Quell, alors étudiante de 20 ans, a recueilli plus de 70 000 signatures pour demander la criminalisation du harcèlement sexuel verbal.
Malgré ces élans, les tentatives de modification législative se heurtent à des obstacles. En 2023, les partenaires de coalition du SPD, les Verts et le FDP, avaient jugé une telle mesure « impraticable » et « populiste ». Une initiative du SPD soumise au Bundesrat (chambre haute) début 2025 n’a pas non plus trouvé de majorité. Le ministère fédéral de la Justice, dirigé par Stefanie Hubig (SPD), affirme cependant étudier actuellement les options juridiques. Les conservateurs de la CDU, par la voix de Susanne Hierl, leur porte-parole juridique, reconnaissent que le harcèlement verbal est « honteux », tout en restant prudents quant à la nécessité de nouvelles lois.
Les juristes eux-mêmes divergent sur la meilleure approche. Le professeur de droit pénal Mohamad El-Ghazi plaide pour une approche axée sur la prévention et l’éducation dans les foyers et les écoles, considérant le droit pénal comme un « dernier recours ». L’association allemande des juristes (DJB) suggère une modification de l’interprétation des lois existantes sur la diffamation, afin que le harcèlement sexuel verbal soit reconnu comme une expression de mépris ou de manque de respect. Il rappelle que la Cour suprême allemande a, par le passé, jugé que certains commentaires à connotation sexuelle, même adressés à une mineure, ne contrevenaient pas aux lois sur l’outrage, faute de caractère offensant explicite.
Comparativement, d’autres pays européens ont déjà pris des mesures significatives. La Belgique fut pionnière en interdisant le sexisme dans l’espace public dès 2014. Le Portugal a criminalisé les agressions verbales en 2016, suivi par la France en 2018. L’Espagne et les Pays-Bas ont également adopté des législations similaires. Au Royaume-Uni, une loi complétant ces efforts est entrée en vigueur en 2023, criminalisant le harcèlement fondé sur le sexe, incluant les regards insistants, le suivi, les commentaires sexuels ou obscènes, ainsi que les contacts physiques non consentis.