Publié le 2026-02-13 00:38:00. Face à un ralentissement économique marqué, l’Allemagne plaide pour une refonte radicale des réglementations européennes, s’inspirant de l’efficacité chinoise pour relancer la compétitivité du Vieux Continent.
- L’Allemagne souligne l’écart de croissance entre la Chine, les États-Unis et l’Union européenne.
- Le chancelier allemand Friedrich Merz appelle à une simplification drastique des procédures d’approbation des projets.
- Des tensions émergent au sein de l’UE, notamment entre l’Allemagne et la France, concernant les stratégies à adopter pour stimuler l’économie.
Le discours prononcé par le chancelier allemand Friedrich Merz lors du Belgian Business Summit le 11 février a suscité de vives réactions. Constatant un fossé grandissant en termes de croissance économique, M. Merz a mis en lumière les performances contrastées des principales puissances mondiales. Au cours des vingt dernières années, l’économie chinoise a affiché une croissance annuelle moyenne d’environ 8 %, tandis que les États-Unis ont progressé de 2 % en moyenne et l’Union européenne de seulement 1 %. « Nous devons combler cet écart », a-t-il déclaré.
Pour illustrer cette urgence, le chancelier a cité l’exemple de la construction d’une centrale solaire géante en Chine, réalisée en quelques mois seulement. En comparaison, l’obtention des autorisations nécessaires pour un projet similaire dans l’Union européenne peut s’étaler sur des années. Cette disparité, selon M. Merz, est le symptôme d’une bureaucratie excessive et d’un manque de réactivité qui freinent le développement économique européen.
Il a donc appelé à une action rapide et audacieuse. « Après 25 ans de ‘récession’, l’Europe a besoin de ‘décisions audacieuses’ », a-t-il insisté. Sa proposition phare consiste à instaurer un principe simple : tout dossier non traité dans un délai raisonnable (quelques semaines ou mois) serait automatiquement considéré comme approuvé. Une mesure radicale destinée à accélérer les procédures et à débloquer les investissements.
M. Merz a également plaidé pour une « réforme radicale de la régulation » dans tous les domaines. Il estime que de simples ajustements législatifs ne suffiront pas et qu’il est nécessaire de revoir systématiquement l’ensemble des lois et réglementations européennes en vigueur. « Si nous restons encore longtemps à la traîne en termes de croissance, d’innovation et de marchés du travail, nous perdrons la bataille. Nous ne rattraperons jamais ce que nous étions avant, car le monde est en train de changer fondamentalement », a-t-il averti.
Cette prise de position intervient dans un contexte de forte inquiétude au sein de l’Union européenne. Lors du sommet organisé à Anvers, en Belgique, les dirigeants européens ont discuté des moyens de relancer une économie stagnante, selon l’agence Reuters. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a souligné que l’Europe « se bat pour sa place dans la nouvelle économie mondiale » et qu’il est impératif d’« éliminer les obstacles qui nous empêchent de devenir un véritable géant mondial ». Le président français Emmanuel Macron a quant à lui affirmé que faire de l’Europe une « puissance indépendante » était le « seul » moyen de faire face aux défis posés par la Chine et les États-Unis.
Cependant, des divergences de vues sont apparues. M. Macron a notamment évoqué la nécessité d’une dette commune accrue au sein de l’UE et d’une politique d’achats privilégiant les produits européens, une approche perçue comme protectionniste. Dans une interview récente, il a également dénoncé la Chine comme un « concurrent de plus en plus féroce », suggérant la nécessité d’un « protectionnisme » dans des secteurs stratégiques clés. Certains groupes de réflexion français ont même proposé d’imposer une augmentation globale des taxes de 30 % sur les produits chinois ou de dévaluer l’euro par rapport au yuan (RMB) de 30 % pour contrer l’impact des importations chinoises.
Le chancelier Merz semble cependant peu enclin à suivre cette voie. De nombreux observateurs ont noté que son discours ne mettait pas l’accent sur les mesures restrictives ou l’endettement, mais sur l’amélioration de l’efficacité et l’apprentissage de l’expérience chinoise. Il a clairement affirmé que la croissance et la prospérité de l’Europe ne se sont jamais construites sur le protectionnisme.
L’UE est confrontée à des obstacles structurels majeurs qui entravent le bon fonctionnement du marché unique. Parmi les dix principaux problèmes identifiés, on relève la complexité des procédures de création d’entreprise, la lourdeur de la réglementation, le manque de coordination entre les États membres, les difficultés de reconnaissance des qualifications professionnelles, l’absence de normes unifiées, les divergences en matière de réglementation environnementale, les normes de produits variables, les restrictions sur les services transfrontaliers, les procédures d’emploi complexes et les restrictions géographiques en matière d’approvisionnement.
En conclusion, l’Union européenne est à un tournant. Elle doit se réformer en profondeur pour retrouver sa compétitivité et sa souveraineté. L’Allemagne, par la voix de son chancelier, appelle à une prise de conscience et à une action rapide, en s’inspirant des succès de la Chine. L’avenir de l’Europe dépendra de sa capacité à surmonter ses divisions internes et à adopter une stratégie cohérente et ambitieuse.