Publié le 6 février 2026 à 12h56. La publication de documents liés à Jeffrey Epstein ravive le débat en France, mettant en lumière des liens étroits entre le financier américain et plusieurs personnalités politiques et culturelles, dont l’ancien ministre Jack Lang.
- Le nom de Jack Lang apparaît plus de 800 fois dans les fichiers Epstein.
- Des transactions financières et des propositions d’achat immobilier impliquant Epstein et l’entourage de Lang ont été révélées.
- Marine Le Pen et son parti, le Rassemblement National, sont également mentionnés dans les documents.
Les fichiers Epstein, rendus publics début 2024 après une décision de justice américaine, révèlent un vaste réseau d’abus sexuels impliquant le financier Jeffrey Epstein, décédé en prison en 2019. Ces documents contiennent des témoignages de victimes, des courriels, des photos et des noms de personnes ayant eu des contacts avec Epstein. Bien que la simple mention d’un nom n’implique pas de culpabilité, ils soulèvent des questions sur les relations entretenues par des personnalités influentes avec le délinquant sexuel.
En France, l’attention se concentre sur les liens de Jack Lang avec Epstein. Une photographie datant de 2019, montrant Lang et Epstein souriants devant la pyramide du Louvre, circule largement dans les médias. Cette image a été prise quatre mois avant l’arrestation d’Epstein par le FBI. Interrogé à la télévision, Jack Lang a déclaré avoir été « stupéfait » en apprenant les crimes d’Epstein, affirmant :
« Quand j’ai entendu parler des crimes terribles qu’il avait commis, j’ai été stupéfait. Comment cet homme poli, charmant et généreux a-t-il pu commettre de telles atrocités ! Bien sûr, nous avons immédiatement rompu tout contact avec lui. »
Jack Lang, ancien ministre
Que sont les fichiers Epstein ?
Les dossiers dits Epstein font référence à une vaste collection de documents, de déclarations de témoins et de documents judiciaires relatifs au délinquant sexuel condamné Jeffrey Epstein. Le multimillionnaire américain aurait constitué au fil des années un réseau d’abus sexuels sur des jeunes femmes et des mineurs. Epstein est décédé dans une prison de New York en 2019 – officiellement par suicide – avant qu’un procès pénal puisse avoir lieu.
Les dossiers d’Epstein se concentrent sur les documents judiciaires issus d’affaires civiles, en particulier d’une affaire impliquant la confidente d’Epstein, Ghislaine Maxwell, qui a été reconnue coupable en 2021 de complicité d’abus sexuels. Beaucoup de ces documents sont restés longtemps secrets. Début 2024, un tribunal américain a ordonné que de nombreux documents soient rendus publics. D’autres publications ont suivi.
Les dossiers contiennent, entre autres, des déclarations de victimes et de témoins, des courriels, des photos, des vidéos et des noms de personnes ayant été en contact avec Epstein. Il s’agit notamment de célébrités de la politique, des affaires et de la société. Le simple fait de citer un nom n’implique pas de culpabilité. De nombreuses personnes sont simplement mentionnées sans être accusées de comportement criminel.
Les dossiers montrent à quel point les contacts d’Epstein étaient étendus et comment il a apparemment utilisé sa richesse et son influence pour se protéger et protéger les autres personnes impliquées. Dans le même temps, ils montrent que les autorités judiciaires disposaient d’indices précoces d’éventuels crimes commis par Epstein. Dès le début des années 2000, plusieurs jeunes femmes se sont dénoncées à la police et au parquet sans qu’aucune poursuite pénale globale n’ait été engagée. Un retraitement complet est toujours en attente aujourd’hui.
Des transactions financières suspectes
À ce jour, aucune preuve de comportement criminel de la part de Jack Lang n’a été révélée dans les fichiers Epstein. Cependant, les contacts entre les deux hommes semblent avoir été particulièrement étroits. En 2019, une somme d’environ 50 000 euros a été versée par Epstein à un club parisien proche de Lang. Des rencontres entre les deux hommes auraient eu lieu à Paris, Avignon et au Maroc.
En 2015, Lang et son épouse, Monique, ont suggéré à Epstein d’acquérir une villa appartenant à un de leurs amis à Marrakech. Ils ont évoqué un prix supérieur à cinq millions d’euros, en précisant que le paiement se ferait « offshore », sans autre précision. Lang affirme aujourd’hui n’avoir jamais visité la propriété et n’avoir pas lu le document, se disant simplement disposé à rendre service à des amis. Il affirme également n’avoir jamais reçu d’argent d’Epstein, ni sa fille Caroline.
Le rôle de la fille de Jack Lang
Les liens entre la fille de Jack Lang et Epstein étaient également significatifs. En 2014, Epstein a prêté sa maison à Palm Beach, en Floride, à Caroline Lang. Dans un courriel, il la décrivait comme faisant partie de la famille.
Deux ans plus tard, en 2016, Epstein et Caroline Lang ont créé une société offshore dans les îles Vierges. De plus, dans un testament rédigé par Epstein deux jours avant sa mort, Caroline Lang se voyait attribuer une somme de cinq millions d’euros.
Caroline Lang a déclaré sur la chaîne d’information France Info n’avoir eu connaissance de ce testament que récemment :
« Je n’en avais jamais entendu parler. La justice américaine, ni les avocats, ne m’ont jamais contactée pour m’informer du testament. J’ai été totalement surprise. »
Caroline Lang, fille de Jack Lang
Caroline Lang a démissionné de ses fonctions bénévoles dans le domaine culturel. La pression s’intensifie également sur son père pour qu’il quitte son poste de président de l’Institut du monde arabe, une institution culturelle parisienne de renom.
Même Olivier Faure, le leader actuel du Parti socialiste, pour lequel Lang a occupé plusieurs mandats politiques, a suggéré sa démission. L’extrême gauche du Parlement français réclame déjà la création d’une commission d’enquête sur les fichiers Epstein.
Marine Le Pen également mentionnée
Les fichiers Epstein révèlent également des liens avec d’autres personnalités politiques françaises. Marine Le Pen est citée 68 fois dans les documents, notamment en relation avec le financement de son parti, alors appelé Front National.
Des contacts entre Epstein, le conseiller de Donald Trump Steve Bannon et l’ancien compagnon de Marine Le Pen, Louis Aliot, ont également été identifiés. Les documents évoquent également des prêts russes au parti de Le Pen.
Jean-Philippe Tanguy, député du Rassemblement National, a minimisé les contacts de son parti avec l’entourage d’Epstein, affirmant que le parti est simplement mentionné dans les documents et dans des articles de presse.
Il ne s’agit pas d’actes criminels, mais d’événements politiquement sensibles qui ont également été révélés en France grâce aux fichiers Epstein.