Publié le 2025-11-07 18:01:00. L’ancien roi d’Espagne, Juan Carlos Ier, brise un long silence dans ses mémoires publiées cette semaine en France, révélant pour la première fois les circonstances tragiques de la mort de son jeune frère, un drame qui a marqué sa vie à jamais.
- Juan Carlos Ier, 87 ans, décrit dans son ouvrage de 500 pages l’accident survenu il y a 70 ans, où son frère Alfonso, âgé de 14 ans, a trouvé la mort des suites d’un coup de feu accidentel.
- L’ancien monarque confesse que ce tragique événement, qu’il n’a jamais abordé publiquement auparavant, a laissé une blessure indélébile et a changé le cours de son existence.
- Les mémoires abordent également des moments clés de son parcours, notamment sa désignation comme successeur par Francisco Franco.
C’est dans ses mémoires intitulées « Juan Carlos Ier d’Espagne : Réconciliation » que l’ancien chef d’État espagnol, aujourd’hui en exil, livre un témoignage poignant sur un drame personnel vieux de sept décennies. L’incident, survenu au Portugal en 1956, impliquait Juan Carlos, alors âgé de 18 ans, et son frère Alfonso, âgé de 14 ans. Alors qu’ils jouaient avec une arme à feu, un coup est parti. « Nous avions retiré le chargeur, nous ne savions pas que la balle était restée dans le canon », relate l’ancien roi. « Un coup de feu a été tiré, la balle a ricoché et a touché le front de mon frère. Il est mort dans les bras de mon père. »
Juan Carlos Ier confie que le poids de cet événement l’a « suivi toute ma vie » et qu’il ne s’en remettra jamais. « Je n’ai jamais aimé parler de ce sujet. Je le raconte maintenant pour la première fois », écrit-il, soulignant l’impact profond de cette perte. « Il y a un avant et un après dans ma vie. Je pense à lui tous les jours. Sans lui, ma vie est devenue plus sombre et plus malheureuse », avoue-t-il avec regret.
L’ancien monarque relate également la réaction de son père, le comte Juan de Borbón, qui, selon le récit, aurait crié à son fils : « Jure-moi, tu n’as pas fait ça exprès. » Ce dernier aurait ensuite enveloppé le corps de son fils cadet dans le drapeau espagnol avant de jeter l’arme à feu dans la mer. Aucun rapport de police n’a été ouvert suite à cet accident, et Juan Carlos a été renvoyé dans son école militaire.
Au-delà de ce drame personnel, l’ouvrage revient sur des moments déterminants de son règne et de sa vie. Il évoque notamment sa désignation comme successeur par le dictateur Francisco Franco. « Il m’a dit : ‘Je vais vous nommer comme mon successeur, acceptez-vous ?’ J’ai été surpris et j’ai pensé à mon père », se souvient Juan Carlos Ier. Confronté à cette proposition, il déclare : « Dans le silence, je n’entendais que ma propre respiration. J’ai dû l’accepter. Je n’avais pas le choix. » Ces mémoires seront publiées en Espagne en décembre, coïncidant avec le 50e anniversaire de la mort de Franco.
Arrivé sur le trône en 1975, Juan Carlos Ier a longtemps bénéficié d’une image positive. Cependant, des accusations de corruption et des scandales privés ont ébranlé sa réputation au cours des années 2010. Un voyage de chasse à l’éléphant au Botswana en 2012, en pleine crise économique, a particulièrement choqué l’opinion publique. Suite à ces révélations, et avec une image ternie, il a abdiqué en faveur de son fils, Felipe VI, en 2014.
En 2020, Juan Carlos Ier a quitté l’Espagne pour s’installer à Dubaï. Son fils, le roi Felipe VI, a depuis supprimé la pension annuelle de son père et a cessé de l’inviter aux cérémonies officielles. Une plainte pour harcèlement déposée à Londres par Corinna Larsen, son ancienne compagne, a été rejetée il y a deux ans.
En conclusion de son ouvrage, l’ancien roi reconnaît ses erreurs : « Je sais que j’ai déçu certaines personnes. Je l’ai admis dans ces pages. Je ne suis pas un saint. Le pouvoir n’a pas changé qui je suis. Je ne sais pas si quitter l’Espagne m’a aidé, mais cela m’a beaucoup changé en tant que personne. »
Photos : Avalon, DepoPhoto