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L’Angleterre fournit le modèle de la Coupe du Monde de Rugby Féminin 2029 en Australie

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Publié le 14 octobre 2025 à 06:31. La récente Coupe du Monde de Rugby Féminin en Angleterre a marqué un tournant historique, mais l’Australie, hôte de l’édition 2029, fait face à un défi de taille pour maintenir et amplifier cet élan, confrontée à un paysage rugbystique très différent de celui de l’hémisphère Nord.

  • L’Australie doit combler son retard sur l’hémisphère Nord en matière de développement du rugby féminin avant la Coupe du Monde 2029.
  • Un écart important existe dans le nombre de matchs et la structure des ligues professionnelles entre l’Angleterre et l’Australie.
  • L’alignement entre les programmes de rugby à sept et à XV, ainsi qu’une meilleure exposition médiatique, sont cruciaux pour la croissance du sport en Australie.

La Coupe du Monde de Rugby Féminin qui vient de s’achever en Angleterre a incontestablement élevé le niveau du sport et battu tous les records d’affluence. Cependant, l’enthousiasme suscité par ce tournoi laisse place à une certaine appréhension quant à la capacité de l’Australie, qui accueillera la prochaine édition en 2029, à capitaliser sur cet élan. Le contraste entre les mondes du rugby australien et anglais est marquant, et Rugby Australia (RA) ainsi que World Rugby se retrouvent face à une mission colossale pour que cet événement ne soit pas qu’un simple feu de paille, mais le début d’une dynamique mondiale durable pour le rugby féminin.

De retour sur le sol australien, le sentiment d’euphorie post-Coupe du Monde laisse place à une prise de conscience : l’hémisphère Nord a pris une avance considérable. Géographiquement, six des huit meilleures équipes mondiales se situent au nord de l’équateur. L’Australie, représentée par les Wallaroos, pointe à la septième place mondiale, après une élimination en quart de finale face au Canada, finaliste malheureux. Le fossé se creuse également au niveau des compétitions nationales. Le Super Rugby féminin australien ne compte que cinq équipes (quatre australiennes et les Fidji Drua) et propose un maximum de sept matchs par équipe avant les phases finales. En comparaison, la Premiership Women’s Rugby (PWR) anglaise affiche 18 journées de saison régulière, sans compter les playoffs. Les Wallaroos ont disputé cette année un record de onze matchs internationaux (sept avant la Coupe du Monde et quatre pendant le tournoi). Si l’on ajoute les matchs de leur ligue nationale, une joueuse de haut niveau australienne n’aura disputé que 16 matchs au total sur une saison, soit deux de moins que le nombre de rencontres de saison régulière en Angleterre.

Ellie Kildunne marque un essai pour l'Angleterre lors de la finale de la Coupe du monde de rugby féminin.

L’Angleterre a longtemps été une force dominante dans le football féminin à quinze. (Getty Images : Mike Hewitt)

La situation de la ligue néo-zélandaise, le Super Rugby Aupiki, est similaire à celle de l’Australie, avec six journées et une grande finale opposant quatre équipes. Même la première finale transfrontalière, qui a eu lieu plus tôt cette année entre les Blues et les NSW Waratahs, ne suffit pas à combler l’écart. En contraste frappant, Rugby Canada ne dispose pas d’une ligue professionnelle nationale. Pourtant, 11 des 23 joueuses ayant participé à la finale de la RWC évoluent ou ont évolué en PWR, la compétition nationale de référence mondiale. Deux autres joueuses canadiennes évoluent dans le championnat national français, tandis que les autres arrières participent régulièrement aux World Rugby Sevens Series.

La synergie à sept, un modèle à suivre

Au-delà du volume de matchs, l’Angleterre a construit son succès sur un programme féminin d’excellence depuis plus de sept ans. Les Red Roses n’ont connu qu’une seule défaite internationale sur deux cycles de Coupe du Monde (la finale de 2022). Les Wallaroos, quant à elles, affichent un taux de victoire de 43 % ces deux dernières années et ont échoué en quart de finale lors des deux dernières éditions de la Coupe du Monde. Ironiquement, l’équipe australienne de rugby à sept est la plus constante du pays, se maintenant dans le top 2 mondial depuis neuf ans, remportant plusieurs titres des Sevens Series, des médailles d’or et d’argent aux Jeux du Commonwealth, et la première médaille d’or olympique du sport à Rio en 2016. Le Canada, quant à lui, démontre la parfaite synergie entre le rugby à sept et à XV en ayant remporté la médaille d’argent lors des deux dernières compétitions majeures : la RWC 2025 et les Jeux Olympiques de Paris 2024. Les joueuses canadiennes bénéficient de contrats nationaux incluant les deux formats, avec une attention particulière portée aux événements phares.

Un joueur canadien tient le ballon contre deux défenseurs des Wallaroos.

Le Canada a prouvé qu’il faisait partie des puissances du sport en se qualifiant pour la finale. (Getty Images/CameraSport : Bob Bradford)

Il est à noter que toutes les nominées au titre de Joueuse de l’année de World Rugby XV ont également participé aux World Rugby Sevens Series. Rugby Canada a également fait appel au financement participatif pour soutenir son programme féminin avant la Coupe du Monde, collectant 1 million de dollars pour passer d’un programme durable à celui de prétendantes légitimes au titre. L’harmonisation entre les programmes à sept et à XV en Australie constitue donc un pilier essentiel pour le prochain cycle quadriennal.

L’heure d’agir

Au-delà des chiffres et des statistiques, les Wallaroos doivent également composer avec une concurrence féroce sur le marché sportif australien. La NRLW (ligue de rugby à XIII féminin), l’AFLW (football australien féminin), la A-League Women (football) et le Super Netball proposent des saisons plus longues, des rémunérations plus élevées et une plus grande visibilité médiatique. Malgré ce tableau parfois décourageant, l’optimisme demeure. Le souvenir des 81 885 spectateurs présents à Twickenham pour la finale est une source de motivation inépuisable, et l’ambition est de voir les Wallaroos vivre un moment similaire.

Une joueuse de rugby australienne lève les bras en l'air après avoir marqué un essai lors d'un match de Coupe du monde.

Les Wallaroos ont atteint les quarts de finale pour le deuxième tournoi consécutif. (AP : PA/Danny Lawson)

Pour engendrer un changement générationnel et assurer la pérennité du rugby féminin au-delà de 2029, une prise de conscience des obstacles et une approche créative sont indispensables. Une stratégie multidimensionnelle, axée sur la culture australienne, l’excellence sportive et le plaisir, est nécessaire. La Rugby Football Union (RFU) anglaise a tiré des leçons précieuses en matière de collaborations et de visibilité internationale, notamment grâce à son sponsor principal qui garantit un investissement égal pour les équipes masculines et féminines, et à un partenariat commercial audacieux avec les Spice Girls. La clé du succès réside dans l’authenticité et dans la capacité à permettre aux joueuses de s’exprimer pleinement. La période de quatre ans avant 2029 offre une fenêtre pour créer un engouement médiatique, accroître la visibilité des tests internationaux contre des équipes de premier plan (France, Angleterre, Canada) et améliorer le calendrier international australien avec davantage de rencontres contre des adversaires plus proches géographiquement (Japon, Nouvelle-Zélande, Fidji, Afrique du Sud, Samoa).

Le renforcement et l’élargissement de la compétition intérieure apparaissent comme une étape logique pour RA. Cela permettrait d’accroître la compétitivité des Wallaroos, leur visibilité et leur impact, tout en générant des revenus et en suscitant l’adhésion des supporters. Si le vivier de talents venait à s’épuiser, un programme de recrutement national, à l’instar de celui qui a mené au succès des joueuses de rugby à sept aux Jeux Olympiques de Rio, pourrait s’avérer nécessaire.

L’Angleterre a posé les jalons non seulement pour le rugby féminin, mais pour le sport féminin dans son ensemble à l’échelle mondiale. Quelle que soit la décision de Rugby Australia, l’action doit être immédiate. La question est : quatre ans suffiront-ils ? Il le faut, car le monde du rugby observe attentivement, et l’Australie ne peut pas se permettre d’attendre.

Alicia Lucas est une ancienne joueuse de l’équipe australienne de rugby à sept, médaillée d’or aux Jeux Olympiques de Rio 2016. Elle est aujourd’hui commentatrice et experte en rugby.

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