Publié le 12 février 2026 à 21h22. Le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) a remporté les élections législatives, marquant un tournant politique majeur après les protestations de 2024 qui ont conduit à la démission de Sheikh Hasina, première ministre en exercice depuis des années.
- Le BNP a obtenu 151 sièges sur les 300 du Jatiya Sangsad, le Parlement monocaméral du Bangladesh, lui assurant une majorité simple pour former le gouvernement.
- Ces élections sont les premières considérées comme libres et équitables depuis près de deux décennies, suite à une période de transition marquée par des manifestations et des violences.
- La génération Z, moteur des protestations de 2024, a joué un rôle déterminant dans ce changement politique, exprimant un désir de renouveau et de participation accrue à la vie politique du pays.
Le résultat des élections marque la fin d’une ère dominée par Sheikh Hasina et son parti, l’Awami League. Les manifestations de 2024, initialement centrées sur des revendications d’emploi pour les étudiants, se sont rapidement transformées en un mouvement national exigeant des réformes politiques et une lutte contre la corruption. La répression violente des manifestations par les forces de l’ordre a conduit à la démission de Sheikh Hasina en août 2024 et à la mise en place d’un gouvernement de transition dirigé par le lauréat du prix Nobel d’économie, Muhammad Yunus.
Le BNP, dirigé par Tarique Rahman, fils de l’ancien Premier ministre Khaleda Zia, a promis une aide directe aux familles les plus démunies, une limitation du nombre de mandats présidentiels à dix ans, l’attraction d’investissements étrangers et un renforcement des mécanismes de lutte contre la corruption. Son principal adversaire, le Jamaat-e-Islami, a obtenu 42 sièges et a laissé entendre qu’il accepterait les résultats, même avant le recomptage officiel.
La participation électorale, selon les médias locaux, aurait dépassé les 60 % du corps électoral, soit un taux nettement supérieur aux 42 % enregistrés lors des précédentes élections. Plus de 2 000 candidats, représentant au moins cinquante partis, se sont disputés les sièges au Parlement, témoignant d’un paysage politique fragmenté et en pleine mutation.
Les élections ont également été marquées par une intense guerre de l’information, avec la prolifération de robots, de désinformation et de contenus manipulés sur les réseaux sociaux. Les organisations de défense des droits humains ont exprimé leur inquiétude face à des épisodes de violence et de menaces à l’encontre des communautés vulnérables, notamment la minorité hindoue.
Selon Inés Arco Escriche, chercheuse au CIBOD (Centre international d’information et de documentation de Barcelone), spécialisée dans l’Asie de l’Est et la politique chinoise, « la population du Bangladesh est majoritairement jeune, avec plus de 50 % de moins de 35 ans. Cette génération Z et les millennials n’ont traditionnellement pas été suffisamment représentés par la politique bangladaise ».
Le résultat de ces élections représente un test crucial pour la démocratie bangladaise, qui doit désormais passer d’un système de domination hégémonique à un modèle plus pluraliste. Le défi pour le BNP sera de traduire sa victoire en stabilité et en réformes crédibles, tout en répondant aux attentes d’une population jeune et exigeante.
Dépouillement des votes à Dhaka, Bangladesh EFE