Paul Biya, 92 ans, a été réélu président du Cameroun pour un huitième mandat, une victoire annoncée par le Conseil constitutionnel qui a rapidement été contestée par son principal rival, Issa Tchiroma Bakary. Ce scrutin, marqué par des tensions et des incidents violents, prolonge la domination de Biya sur le pays d’Afrique centrale, un règne qui s’étend désormais sur plus de quatre décennies.
Selon les résultats officiels communiqués par le Conseil constitutionnel, Paul Biya a obtenu 53,7 % des suffrages. En seconde position, l’ancien ministre Issa Tchiroma Bakary a recueilli 35,2 % des voix. Ce dernier a vivement réfuté ces chiffres, déclarant à l’AFP : « Il n’y a pas eu d’élections, c’était plutôt une mascarade. Nous avons gagné sans équivoque ». Tchiroma, qui avait revendiqué sa propre victoire dès le surlendemain du scrutin du 12 octobre, avait appelé ses partisans à manifester.
Ces appels à la mobilisation ont eu des conséquences tragiques. Issa Tchiroma a rapporté à l’AFP que deux manifestants avaient été tués lors d’un rassemblement devant son domicile à Garoua, dans le nord du pays, dénonçant la présence de tireurs embusqués sur les toits. Un journaliste de l’AFP a été témoin de l’abattage d’un homme, sans pouvoir confirmer son décès. La veille, dans la capitale économique Douala, quatre personnes avaient trouvé la mort lors d’affrontements entre forces de sécurité et partisans de l’opposition, selon le gouverneur de la région. Des manifestants ont indiqué à l’AFP que les forces de l’ordre avaient initialement eu recours à des gaz lacrymogènes avant d’ouvrir le feu « à balles réelles ».
Le taux de participation officiel s’est élevé à 46,3 %, un chiffre annoncé 15 jours après la tenue du scrutin. Au classement, Cabral Libii arrive en troisième position avec 3,4 % des voix, suivi par Bello Bouba Maigari (2,5 %) et Hermine Patricia Tomaino Ndam Njoya, la seule femme candidate, qui a obtenu 1,7 %. Les huit autres candidats ont chacun récolté moins de 1 % des suffrages.
La période électorale a été marquée par des restrictions. Les rassemblements publics ont été interdits et la circulation fortement limitée dans la plupart des grandes villes du pays dès le jour du vote. Cependant, les partisans d’Issa Tchiroma ont manifesté leur soutien, descendant dans la rue pour appuyer ses prétentions à la victoire. S’appuyant sur son propre dépouillement, il revendique 54,8 % des voix contre 31,3 % pour Paul Biya. Le candidat avait réitéré sa confiance dans sa victoire et avait mis en garde contre des « résultats falsifiés et déformés ».
Dès les premières heures de lundi, une présence policière et sécuritaire importante a été constatée aux principaux carrefours et points sensibles de la capitale, Yaoundé. Les autorités ont invoqué la nécessité d’« assurer la sécurité du processus électoral et prévenir tout trouble ». Par crainte d’affrontements, de nombreux commerces et stations-service sont restés portes closes, contribuant à une circulation inhabituellement fluide. La plupart des observateurs s’attendaient de toute façon à un nouveau mandat pour Paul Biya, dans un système électoral critiqué par certains comme étant biaisé.
Paul Biya est la deuxième personnalité à diriger le Cameroun depuis l’indépendance de la France en 1960. Son long règne a été caractérisé par une gouvernance autoritaire, la répression de l’opposition politique et des mouvements armés, et le maintien du pouvoir malgré les crises sociales, les inégalités économiques et les conflits séparatistes. Le programme d’Issa Tchiroma prévoyait une transition de trois à cinq ans destinée à reconstruire le pays, qu’il accuse Paul Biya d’avoir détruit.