Publié le 20 octobre 2025, 19h43. L’armée birmane a annoncé avoir repris le contrôle du tristement célèbre complexe « KK Park », niché à la frontière thaïlandaise, théâtre ces dernières années de vastes réseaux de fraude en ligne, de blanchiment d’argent et de traite d’êtres humains. Plus de 2 000 travailleurs auraient été libérés lors de cette opération.
L’armée du Myanmar a revendiqué ce lundi 20 octobre la reprise du complexe « KK Park », une zone frontalière réputée être le cœur de diverses activités illégales, notamment la fraude en ligne, le blanchiment d’argent et la traite d’humains au cours des cinq dernières années. Selon les autorités militaires, l’opération a permis de « nettoyer » le site et de libérer plus de 2 000 personnes retenues contre leur gré. Par ailleurs, 30 terminaux du réseau Starlink, appartenant à l’entreprise de l’entrepreneur américain Elon Musk, auraient été saisis.
Le « KK Park », situé au sud de Myawaddy dans l’est du Myanmar et voisinant la province thaïlandaise de Tak, aurait vu le jour début 2020 sous couvert de parc industriel. Son développement initial résulte d’un accord entre l’organisation armée ethnique Karen National Union (KNU) et la société hongkongaise Huanya International. Des chercheurs ont établi des liens entre Asia International et Yin Guoju, surnommé « Bengyaju », une figure du crime organisé liée au syndicat 14K, qui aurait également investi dans d’autres centres de fraude à la frontière.
Le complexe a connu une expansion rapide et est clairement visible depuis le territoire thaïlandais. D’anciens détenus ont témoigné des conditions de travail inhumaines et de la violence exercée. Des milliers de personnes, attirées depuis l’Afrique et d’autres régions, auraient été forcées d’accomplir des tâches frauduleuses sous peine de coups et de tortures en cas de non-atteinte des objectifs fixés.
Dans un communiqué, le ministère de l’Information du gouvernement militaire a précisé que le « KK Park » était précédemment sous le contrôle de « l’organisation terroriste » Karen National Union et de milices locales. Cette opération serait ainsi une reconquête de territoire perdu. L’opinion internationale tend à voir dans cette action une réponse aux pressions exercées par la Chine, qui demande à Naypyidaw et Bangkok de sévir contre les cyber-fraudes transfrontalières orchestrées par des groupes criminels chinois.
Des dizaines de milliers de personnes encore sous contrainte
Malgré les récentes actions des autorités thaïlandaises qui ont coupé l’approvisionnement en électricité et en carburant de certains complexes, entraînant le rapatriement de nombreux ressortissants chinois, le « KK Park » ne serait qu’une partie d’un réseau plus vaste de quelque 30 parcs similaires à la frontière. La majorité de ces installations continueraient de fonctionner sous la protection de milices Karen alliées à la junte. On estime que des dizaines de milliers de personnes seraient encore exploitées dans des activités frauduleuses.
Ces derniers mois, l’armée birmane a repris la route principale de Myawaddy vers l’intérieur des terres, ainsi que Lay Kay Kaw, une nouvelle ville financée par le Japon et initialement développée par la KNU. Ces avancées ont été considérées comme des revers pour l’organisation Karen. Cependant, des sources proches du dossier suggèrent que les activités frauduleuses persistent au « KK Park » et que l’armée n’en contrôlerait qu’une partie. Des informations indiquent également que la Chine aurait transmis à l’armée birmane une liste de citoyens chinois impliqués, demandant leur extradition pour y être jugés, ce qui pourrait expliquer l’offensive sur le complexe.