Le gouvernement de Mark Carney lance une nouvelle approche pour présenter son premier budget, qui sera dévoilé le 4 novembre. Cette refonte méthodologique, visant à distinguer clairement les dépenses de fonctionnement des investissements en capital, s’inspire notamment des pratiques britanniques, a précisé le ministère des Finances lundi.
L’objectif est de permettre des prises de décision plus éclairées et de prioriser les dépenses qui auront un impact durable sur la prospérité canadienne. Il s’agit notamment de favoriser des projets d’envergure nationale dans des secteurs comme le logement, l’énergie propre et les infrastructures, susceptibles de stimuler l’économie et d’attirer les investissements privés.
Lors d’une séance d’information technique, des hauts responsables ont esquissé les contours de cette nouvelle présentation budgétaire. Bien que les détails financiers précis n’aient pas été divulgués, un déficit « substantiel » est attendu, certaines sources évoquant la possibilité qu’il dépasse les 100 milliards de dollars.
Mark Carney avait déjà annoncé en septembre une orientation budgétaire combinant austérité et investissement, soulignant que cette conciliation était possible grâce à une discipline rigoureuse.
Deux catégories de dépenses pour une meilleure clarté
Le budget, dont la présentation aurait normalement dû avoir lieu au printemps, adoptera une structure plus moderne, distinguant distinctement les dépenses courantes des investissements en capital. Cette distinction vise à offrir une vision plus limpide de l’allocation des fonds publics.
Les dépenses de fonctionnement engloberaient les dépenses récurrentes essentielles, telles que les transferts aux citoyens, les financements pour la santé et les programmes sociaux, ainsi que les coûts opérationnels des services gouvernementaux, y compris la masse salariale.
En contraste, les dépenses qualifiées d’investissements en capital concerneraient les transferts visant la formation de capital, les incitations fiscales pour les entreprises axées sur l’investissement, le soutien à la recherche et au développement privé, ainsi que les initiatives destinées à accroître le parc de logements.
Pour illustrer ce nouveau cadre, le ministre des Finances, François-Philippe Champagne, a usé d’une analogie parlante lors d’une conférence de presse : « Quand tu paies ta facture de téléphone c’est une dépense, quand tu achètes une maison c’est un investissement. »
Le ministre a également souligné que cette nouvelle présentation ne modifie pas le calcul du déficit, mais vise plutôt à « offrir plus de clarté pour les gens […] pour qu’ils comprennent comment leur argent est dépensé. »
Les dépenses militaires : une question en suspens
À ce stade, les responsables gouvernementaux n’ont pas précisé dans quelle catégorie seraient classées les dépenses militaires, renvoyant cette clarification au budget de 2025. Rappelons que le gouvernement s’est engagé en juin dernier à augmenter les dépenses de défense de 9 milliards de dollars sur un an, dans le but d’atteindre la cible de 2 % du produit intérieur brut (PIB) fixée par l’OTAN, portant ainsi le budget total de la défense à 62 milliards de dollars.
Un calendrier budgétaire révisé
Outre la refonte de la présentation, le gouvernement Carney modifie également le calendrier budgétaire traditionnel. Dorénavant, le budget fédéral sera présenté à l’automne, et une mise à jour sera livrée au printemps, coïncidant avec le début du nouvel exercice financier. Ce changement vise à offrir une plus grande prévisibilité et certitude pour la planification et le lancement des projets, notamment ceux liés à la saison de construction.
François-Philippe Champagne a récemment insisté sur la nécessité pour le Canada d’innover face aux défis actuels, y compris les tensions commerciales avec les États-Unis. Il a évoqué une réinvention de l’économie canadienne, comparable à celle survenue après la Seconde Guerre mondiale.
L’incertitude économique engendrée par les différends commerciaux avec les États-Unis est d’ailleurs citée par le gouvernement comme un facteur contribuant à des dépenses potentiellement plus élevées que prévu. Le Premier ministre Mark Carney doit d’ailleurs rencontrer le président américain Donald Trump dans les prochains jours pour tenter de faire avancer les négociations et obtenir un allègement des tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium.
À retenir
Le gouvernement de Mark Carney introduit une nouvelle méthodologie pour la présentation du budget fédéral, le 4 novembre.
Cette approche distingue les dépenses de fonctionnement des investissements en capital pour une meilleure clarté.
Le calendrier budgétaire est inversé, avec une présentation du budget à l’automne et une mise à jour au printemps.
Contexte
Cette révision méthodologique s’inscrit dans une volonté d’adapter les pratiques budgétaires aux réalités économiques actuelles et futures, en s’inspirant de modèles internationaux.
Ce qui change
La distinction entre dépenses courantes et investissements vise à mieux orienter les décisions et à mettre en lumière les dépenses qui contribuent à la croissance à long terme. Le décalage du calendrier budgétaire est conçu pour aligner la planification financière avec le cycle économique et les saisons de construction.
Prochaines étapes
Le dévoilement du budget le 4 novembre sera l’occasion de découvrir les détails financiers et les mesures spécifiques qui seront mises en œuvre. La classification des dépenses militaires sera précisée dans le budget de 2025.
Chiffres clés
| Déficit attendu | « Substantiel », potentiellement plus de 100 milliards de dollars |
| Augmentation des dépenses de défense promises (juin) | 9 milliards de dollars sur un an |
| Objectif de dépense de défense (OTAN) | 2 % du PIB |
| Budget total de la défense (après augmentation) | 62 milliards de dollars |