Bruxelles, le 25 octobre 2025. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a survécu à une motion de défiance déposée par les groupes d’extrême droite et d’extrême gauche du Parlement européen. Si la dirigeante a été maintenue en fonction, le vote a révélé la fragilité de son soutien, marqué par de vives critiques et des conditions posées par les groupes centristes.
- La Commission européenne, dirigée par Ursula von der Leyen, a échappé à une motion de censure grâce au soutien des partis centristes, mais une partie de cette majorité reste conditionnelle.
- Les groupes d’extrême droite et d’extrême gauche ont vivement critiqué la politique de la Commission, pointant du doigt des accords commerciaux, la politique migratoire, et la gestion de dossiers comme Gaza et l’Ukraine.
- Ursula von der Leyen a par ailleurs mis en garde contre les tentatives de division de l’Europe par la Russie, qualifiant ces manœuvres de « piège » destiné à affaiblir l’Union.
La motion de défiance, soutenue par des eurodéputés français issus des extrêmes de l’échiquier politique, visait la Commission européenne dans son ensemble. Manfred Weber, leader du groupe du Parti populaire européen (PPE), a fermement condamné les pétitionnaires, qualifiant leurs propositions de « simple instrument de propagande » et dénonçant une méfiance émanant d’ » extrémistes « .
Cependant, le soutien des Socialistes et Démocrates (S&D) n’était pas garanti. Leur chef de groupe, Iratxe García, a adressé un avertissement clair à la présidente de la Commission : « Le soutien n’est pas inconditionnel ; cela dépend de vous. Vous n’aurez notre soutien que si vous respectez les engagements promis. » De son côté, Ursula von der Leyen a refusé de céder aux Verts, qui, bien que n’ayant pas voté pour son éviction, cherchent à éviter toute déstabilisation de l’Union européenne.
Les « ailes extrêmes » se sont montrées particulièrement insatisfaites. La dirigeante de gauche, Manon Aubry, a accusé Ursula von der Leyen de « se rendre à Donald Trump » et d’avoir « accompagné le génocide à Gaza » à travers l’action de la Commission. Jordan Bardella, figure de l’extrême droite, a pour sa part fustigé la « capitulation commerciale » de la Commission et sa politique migratoire et d’expansion, estimant qu’elles portaient atteinte à la souveraineté européenne.
Malgré la quasi-certitude de sa survie grâce aux partis centristes, la majorité qui maintient Ursula von der Leyen au pouvoir s’avère fragile. Ces groupes ne retirent pas leur appui pour ses politiques, mais plutôt pour préserver la stabilité dans une période déjà tendue. Les critiques portent sur diverses décisions de la Commission, allant de la politique commerciale au budget de l’UE, en passant par les efforts perçus comme une limitation des engagements écologiques de l’Union (le Pacte vert pour l’Europe).
Lors de sa défense, Ursula von der Leyen a mis l’accent sur les menaces géopolitiques actuelles, pointant du doigt le président russe Vladimir Poutine et ses tentatives présumées de diviser l’Europe. Elle a décrit ces manœuvres comme une ruse visant à « affaiblir notre détermination et notre durabilité ». « C’est un piège et il ne faut pas y tomber », a-t-elle lancé aux députés.
La présidente a rappelé un épisode antérieur, en juillet, où un rappel à l’ordre avait été soutenu par des opposants à la Commission et à l’UE, souvent issus de Russie ou d’autres régions. Le ton actuel de la Commission est cependant nettement plus conciliant. Ursula von der Leyen a même reconnu que de nombreuses critiques « émanent de préoccupations réelles et légitimes », citant les situations à Gaza et en Ukraine, ainsi que les relations commerciales avec les États-Unis comme exemples.
Pour mémoire, le dossier « Pfizergate », qui a conduit à cette motion de défiance, remonte à 2021, au début de la pandémie de coronavirus. La présidente de la Commission européenne aurait alors échangé des messages privés avec le PDG de Pfizer, Albert Bourla. Suite à ces échanges, la Commission a conclu plusieurs accords d’achat de centaines de millions de doses de vaccins, jugés coûteux par certains.
Bien qu’un tribunal ait statué en mai que la présidente de la Commission et ses proches collaborateurs étaient au courant des SMS échangés, le Parlement a rejeté la proposition de défiance par 175 voix pour et 360 voix contre. Pour être adoptée, une telle proposition nécessite une majorité des deux tiers des suffrages exprimés, une majorité que les groupes soutenant la Commission ont réussi à maintenir.