Publié le 15 février 2026 à 17h29. Lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a tenu un discours aux accents résolument impérialistes, suscitant des réactions contrastées et une mise en garde ferme de la Chine face à une déstabilisation potentielle de l’ordre international.
- Le discours de Marco Rubio, évoquant une nostalgie d’une hégémonie occidentale du passé, a été perçu comme un appel à la domination plutôt qu’à la coopération.
- La Chine a dénoncé ce discours comme une menace à son développement et a mis en garde contre les conséquences d’une confrontation, notamment concernant Taïwan.
- Les réactions européennes, bien que globalement complaisantes, ont révélé des divisions et des inquiétudes quant à l’autonomie stratégique de l’Europe.
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a marqué la 60e Conférence de Munich sur la sécurité d’un discours qui a fait l’effet d’une bombe. Il a brossé un tableau où l’Occident, selon ses termes, serait victime de son propre déclin, un recul historique qu’il estime impératif d’enrayer. Rubio a évoqué cinq siècles de domination occidentale, exercée par « des missionnaires, des soldats et des explorateurs », avant de constater un changement radical de donne.
Il a décrit la décolonisation comme un « complot communiste » ayant mis fin à cinq siècles d’hégémonie, ignorant délibérément les dynamiques historiques antérieures à l’arrivée de Christophe Colomb. Cette vision a étonnamment suscité des applaudissements dans l’assistance européenne.
Le sénateur américain Chris Van Hollen a vivement critiqué cette ovation, la qualifiant de révélateur de la « faiblesse » du leadership européen. Il a dénoncé un discours relevant de la « lobotomie trumpiste », abandonnant les valeurs universalistes au profit d’un nationalisme exacerbé, fondé sur des notions de race et de territoire.
Nick Paton Walsh, analyste pour CNN, a souligné avec ironie que l’Europe semblait piégée dans une « thérapie de couple » avec les États-Unis, après un mariage politique en crise. Les organisateurs de la conférence avaient d’ailleurs précédemment alerté sur la marginalisation du continent dans les décisions mondiales.
« L’ovation de Rubio à Munich après avoir déclaré la fin de « l’ordre fondé sur des règles » montre à quel point de nombreux « dirigeants » européens sont devenus faibles. Au lieu de défendre les droits humains universels, ils se sont pliés à son chant des sirènes du sang et de la terre. »
Chris Van Hollen, sénateur américain du Maryland
Les réactions des dirigeants européens ont été mesurées. Friedrich Merz, chef de l’opposition allemande, a critiqué les « guerres culturelles » issues du mouvement MAGA, mais n’a pas remis en question la vision impérialiste sous-jacente. Emmanuel Macron s’est contenté d’assimiler la souveraineté territoriale au droit français de contrôler sa propre désinformation.
La Chine met en garde contre des conséquences catastrophiques
Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a répondu directement au discours de Rubio par un message clair : « Certaines personnes (aux États-Unis) continuent d’essayer par tous les moyens de contenir et de réprimer la Chine. » Pékin considère Rubio comme une menace réelle pour son développement.
« Le style de Washington traite la Chine comme un ennemi et non comme un partenaire », a prévenu le ministre chinois. Il a présenté deux scénarios : la coopération ou la confrontation. « Le choix rationnel – diplomatie et partenariat – profite à la fois à la Chine et au monde. Le choix irrationnel – découplage économique, fragmentation des chaînes d’approvisionnement, séparation de Taïwan – met la paix en danger. »
La Chine a diagnostiqué le problème non pas dans des défaillances institutionnelles, mais dans une hiérarchie des pouvoirs contestable. « La raison pour laquelle le système international échoue ne réside pas dans lui, mais plutôt que certains pays exagèrent les différences et ravivent les mentalités de guerre froide », a-t-il affirmé avec fermeté.
La position de Rubio concernant Taïwan a particulièrement inquiété Pékin. « Séparer l’île franchirait une ligne rouge susceptible de conduire à un conflit », a averti la Chine, considérant les propos américains comme un danger réel pour la stabilité régionale. « Pourquoi insister sur une concurrence destructrice quand on peut construire ensemble ? » a interrogé Wang Yi.
Une rhétorique qui fait revivre le passé
Glen Diesen, expert en géopolitique russe, a vu dans ce discours « une guerre idéologique déclarée contre la multipolarité », Rubio invitant l’Europe à restaurer un ordre impérial. « Ce n’est pas de la diplomatie, c’est une déclaration de guerre contre l’égalité souveraine », a-t-il soutenu, soulignant que le discours ressuscite les mentalités du XIXe siècle dans un monde du XXIe siècle.
« Marco Rubio décrit la décolonisation comme un sinistre complot communiste qui a détruit 500 ans d’empires occidentaux. Plutôt que de s’adapter à la multipolarité, Rubio fait allusion à la restauration de l’empire et invite les vassaux européens de l’Amérique à rejoindre les États-Unis. Cela se lit comme une déclaration de guerre contre… »
Glenn Diesen, expert en géopolitique russe
Kanwal Sibal, ancien secrétaire général indien, a donné l’interprétation la plus énergique du discours : « Il s’agit en fait d’une attaque idéologique contre le reste du monde. » Il a accusé Rubio de vouloir construire un nouvel empire où Washington serait le seul maître de l’ordre international, révélant une stratégie dangereuse : « Washington veut que le monde accepte sa version unique de l’histoire, ignorant complètement les autres perspectives. »
Les analystes s’accordent sur un point : Rubio ne parle pas de coopération, mais de domination. Au lieu de proposer un ordre multilatéral, il présente un discours où les États-Unis se posent en seul arbitre mondial.
« Il s’agit en fait d’une déclaration de guerre contre le non-Occident. Ce que Rubio dit, c’est que les problèmes mondiaux urgents seront identifiés par les États-Unis, que ceux-ci utiliseront leur pouvoir pour les résoudre et que les résultats seront déterminés par l’intérêt national américain. Très inquiétant… »
Kanwal Sibal, ancien secrétaire général indien
Ce qui s’est passé à Munich marque un tournant. Rubio n’a pas proposé de collaboration, mais une soumission déguisée. En construisant une histoire où Washington serait le seul gardien de l’ordre international, il a transformé l’Alliance atlantique en une question de soumission ou d’indépendance.
Les tensions historiques entre les anciennes puissances et les nouvelles structures se réveillent : impérialismes modernisés contre systèmes alternatifs. L’Europe est confrontée à un choix : la continuité d’un passé impérialiste ou la rupture avec les racines mêmes de l’ordre occidental.
Comme le souligne The Guardian : « Pour sauver elle-même et sauver l’alliance transatlantique, l’Europe ne doit pas seulement changer sa politique – elle doit retrouver son autonomie avant de perdre son âme. »
Kaja Kallas a clos le débat en déclarant sa loyauté envers le système établi. « Ne perdons pas de temps à parler de choses nouvelles alors que nous devons renforcer nos armées, en le faisant ensemble à la manière européenne », acceptant ainsi les conditions imposées.
L’Europe ne souhaite pas que sa propre armée défie Washington et a préféré renforcer le « pilier européen » au sein d’une structure dont les États-Unis restent le chef de file. Cet aveu – rejeter une armée communautaire pour se concentrer sur une puissance militaire coordonnée par l’Atlantide – a transformé son intervention à Munich en une ratification plutôt qu’en une proposition.
Auteur: teleSUR: Daniel Ruiz Bracamonte
Source : Agences