Publié le 20 février 2026. La pièce Accord équitable d’Una McKevitt, présentée au Théâtre du Paon, explore avec un humour grinçant les dynamiques familiales complexes et les pressions liées à la crise du logement en Irlande.
- La pièce met en scène Keira Thornton, confrontée à la vente de la maison familiale et aux soins de son grand-oncle Terry.
- L’arrivée inattendue de Sandra, une décoratrice d’intérieur haut de gamme, vient perturber les plans et révèle les tensions sous-jacentes.
- Accord équitable oscille entre drame et farce, abordant des thèmes sérieux avec une légèreté décalée.
La nouvelle pièce d’Una McKevitt, Accord équitable, actuellement sur la scène du Théâtre du Paon, dépeint une famille au bord du gouffre. Keira Thornton (Caroline Menton) se prépare à vendre la maison héritée de sa grand-mère, une de ces grandes propriétés familiales prisées, tout en gérant les soins de son grand-oncle Terry. La veille de la finalisation de la vente et du transfert de Terry en maison de retraite, Keira tente de se libérer d’une rencontre Tinder désastreuse avec Rio (Jack Weise), un prétendant trop entreprenant. Elle espère ainsi savourer une dernière soirée tranquille avec SRI Daragh (Gareth Lombard), son oncle comédien, et une simple commande à emporter.
Mais le destin en décide autrement. L’arrivée impromptue de Sandra (Aislín McGuckian), une décoratrice d’intérieur à la réputation sulfureuse, vient bouleverser cet équilibre fragile. Sandra, avec son accent américain prononcé, ses lunettes de soleil imposantes et son goût du luxe discret – illustré par une garde-robe dans les tons camel conçue par Joan O’Clery – incarne une force dominante qui ne laisse pas indifférente. Son attitude autoritaire et ses idées tranchées semblent contredire l’adage selon lequel la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre, face au portrait doré de sa mère, qui trône dans le salon.
« Le succès de Accord équitable réside dans sa capacité farfelue à offrir le macabre comme une nuit de soulagement face aux ténèbres du monde. »
Critique de la pièce
La dynamique familiale conflictuelle et l’obsession de Sandra pour la maison, qu’elle souhaite transformer pour son propre plaisir, mènent le public vers un drame domestique visuellement saisissant. La mise en scène de Liam Doona, avec son salon « mobile vers le haut » rempli de bibelots en porcelaine et de papier peint damassé rouge évoquant les pubs anglais, renforce cette atmosphère particulière. La pièce évolue alors d’une simple saga familiale à une farce à la Alan Ayckbourn, où les révélations s’enchaînent dans un tourbillon d’hilarité et de chaos.

Sous la direction solide de Conall Morrison, Accord équitable est rythmé et bien mené. Cependant, la transition entre le drame et la farce n’est pas toujours fluide, et l’écart entre les performances réalistes et hyperboliques pourrait bénéficier d’une plus grande nuance. La pièce aborde des thèmes de soins, déjà explorés par McKevitt dans ses travaux précédents, et met en lumière des réalités domestiques poignantes, comme l’inquiétude de Keira pour son grand-oncle : « Je ne peux m’empêcher de penser que n’importe qui pourrait lui faire n’importe quoi là-dedans ». Elle exprime également son propre désarroi face à son travail dans le secteur technologique : « Je déteste ça mais cela signifiait que je pouvais acheter ma propre maison. »

La pièce reflète également la crise du logement en Irlande et la mentalité, selon Sandra, selon laquelle « exploiter un actif est une chose saine et normale à faire ». Accord équitable révèle le talent d’Una McKevitt en tant qu’écrivaine comique, et Gareth Lombard offre une interprétation remarquable de Daragh, un acteur cantonné aux petits rôles. La pièce, bien que parfois excessive dans sa réaction à chaque action, est une commande réussie de l’Abbey Theatre. Elle soulève une question essentielle pour les dramaturges contemporains : pourquoi le théâtre ? En fin de compte, Accord équitable offre une soirée de divertissement macabre, une bouffée d’air frais face aux sombres réalités du monde.
Accord équitable est à l’affiche du Théâtre du Paon de l’Abbey Theatre jusqu’au 28 mars.