Publié le 25 février 2026 20h38. Un film muet allemand réalisé en 1929, « La Femme sur la Lune », s’avère étonnamment prémonitoire en matière de voyages spatiaux, anticipant des aspects techniques qui ne deviendront réalité que des décennies plus tard.
La science-fiction a toujours eu une relation particulière avec les avancées scientifiques, souvent en les précédant ou en inspirant leur développement. Si le débat persiste quant à l’ampleur de cette influence, certains films se distinguent par leur exactitude et leur vision novatrice. Parmi eux, « La Femme sur la Lune » (Frau im Mond), réalisé par Fritz Lang, occupe une place particulière.
Sorti en 1929, deux ans après le succès de son film « Metropolis », ce long métrage se présente comme un mélange de thriller d’espionnage et d’odyssée spatiale. L’histoire suit une équipe hétéroclite d’astrophysiciens et d’escrocs se lançant dans une course à l’espace. Pour garantir le réalisme de son récit, Lang a fait appel à des experts de renom, notamment le spécialiste des fusées Hermann Oberth, qui jouera plus tard un rôle clé dans le développement du programme de fusées V-2, et l’écrivain scientifique Willy Ley.
Grâce à cette collaboration, le film a été le premier à décrire avec précision des fusées à plusieurs étages, des trajectoires d’atterrissage lunaire en forme de 8 et les forces G subies lors du décollage. Il a même popularisé l’image des comptes à rebours et des listes de contrôle détaillées avant les lancements, une pratique qui est devenue standard. Comme Lang l’a expliqué dans une interview en 1965, le compte à rebours était une « nécessité absolue » pour créer du suspense narratif (MTC).
Bien que le film prenne quelques libertés artistiques, notamment en imaginant une atmosphère respirable et une gravité terrestre sur la Lune, son impact sur la perception du vol spatial a été considérable. Il a même suscité l’inquiétude des autorités nazies, qui l’ont interdit en 1937, craignant qu’il ne révèle des informations sensibles sur leurs programmes de fusées en développement. L’héritage juif de Lang et son opposition au régime nazi ont également contribué à cette décision. L’interdiction a conduit à la destruction du film, qui n’a été restauré dans son intégralité qu’en 2000 par la Fondation Friedrich Wilhelm Murnau.
« La Femme sur la Lune » a connu un succès commercial dès sa sortie, malgré un accueil critique mitigé. Il a été salué pour son audace technique et ses effets spéciaux révolutionnaires, orchestrés par l’animateur Oskar Fischinger. Aujourd’hui, il est considéré comme l’un des films de science-fiction les plus précis scientifiquement de son époque et un témoignage fascinant de l’influence de la science-fiction sur l’innovation technologique. Le film est actuellement disponible en streaming sur Kanopy et Tubi, ou en version restaurée numérique via Kino Lorber.