Home International Le gouvernement cubain pourrait « survivre et même en sortir plus fort » s’il négociait avec les États-Unis.

Le gouvernement cubain pourrait « survivre et même en sortir plus fort » s’il négociait avec les États-Unis.

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Publié le 18 février 2026 20h18. Face à une crise économique et sociale aiguë, Cuba pourrait voir son gouvernement survivre, voire se renforcer, à condition de relancer des réformes et d’engager des négociations réalistes avec les États-Unis, selon l’historien Rafael Rojas.

  • L’historien cubain Rafael Rojas estime que le gouvernement de Miguel Díaz-Canel peut survivre à la crise actuelle.
  • La situation à Cuba est plus grave qu’après l’effondrement de l’Union soviétique, en raison d’une productivité plus faible.
  • Des négociations secrètes entre un émissaire américain et un proche de Raúl Castro pourraient être en cours.

Alors que Cuba est confrontée à une crise généralisée, exacerbée par les mesures restrictives prises sous l’administration de Donald Trump, l’historien Rafael Rojas dresse un tableau nuancé de la situation. Dans une interview accordée au journal chilien Le Troisième, et à la suite de la publication de sa chronique « Cuba : l’envers du complot » dans El País, Rojas affirme que la pérennité du pouvoir à La Havane n’est pas compromise d’emblée, malgré les pressions considérables.

L’essayiste, basé au Mexique, replace la crise actuelle dans son contexte, notamment après le décret signé le 29 janvier par Donald Trump, qui a renforcé les restrictions énergétiques et financières imposées à l’île. Les mesures prises par La Havane la semaine dernière – réduction des transports publics, fermeture ou réaménagement des universités, suspension d’événements, annulation de vols et réorientation des touristes vers les hôtels – rappellent, selon Rojas, la fameuse « option zéro » envisagée durant la « période spéciale en temps de paix » des années 1990.

Pour Rojas, le désastre que traverse Cuba est « un effondrement annoncé », qui ne peut être imputé uniquement à la pression américaine. Il souligne que la présentation du régime comme une victime est le fruit d’un « déni de l’histoire », remettant en question l’idée d’une Révolution et d’un embargo américain figés depuis 1959 et 1962 respectivement.

Bien que la situation soit critique, Rojas tempère : « l’effondrement n’est pas total », car Cuba conserve une capacité d’autosuffisance énergétique d’environ 40 %. Il avertit cependant que la situation actuelle est plus préoccupante qu’après la chute de l’Union soviétique, car « Cuba est aujourd’hui plus improductive qu’à l’époque ».

Concernant le soutien international, Rojas relève que la Chine et la Russie se sont progressivement désengagées de la région des Caraïbes depuis l’été dernier, maintenant un soutien diplomatique sans toutefois lever le blocus énergétique. Il estime que les États-Unis pourraient accepter une certaine continuité du système cubain en échange d’accords sur l’approvisionnement énergétique, les investissements, le crédit, et de gestes de flexibilité politique, comme une amnistie.

La libération des prisonniers politiques, une revendication forte de la société civile cubaine, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, ne semble pas être une priorité pour le régime, qui a au contraire intensifié la répression des voix dissidentes.

Rojas met en garde : les prochaines semaines seront décisives. L’issue dépendra de la capacité du gouvernement cubain à gérer la crise sans provoquer d’explosion sociale. Une gestion de crise axée sur le maintien des services essentiels et la recherche de solutions d’approvisionnement temporaires pourrait, selon lui, devenir une stratégie de survie politique.

L’analyse de Rojas intervient après la publication d’un reportage dans El País décrivant la détérioration sans précédent des conditions de vie à Cuba, marquée par l’effondrement économique, les pénuries et la répression politique. La crise cubaine attire l’attention de la presse internationale, bien que la catastrophe qui sévit depuis des décennies n’ait pas toujours été abordée en profondeur.

Dans ce contexte, l’évaluation de Rojas apporte une nuance importante : malgré la gravité de la crise, la continuité du pouvoir à La Havane n’est pas exclue et dépendra des choix politiques internes et de la dynamique des négociations avec Washington.

Des informations récentes suggèrent que des discussions secrètes pourraient être en cours entre les États-Unis et Cuba, malgré les démentis officiels. Le secrétaire d’État américain Marco Rubio aurait eu des entretiens confidentiels avec Raúl Guillermo Rodríguez Castro, petit-fils et conseiller de Raúl Castro.

Rafael Rojas, docteur en histoire et spécialiste de l’Amérique latine, est membre de l’Académie mexicaine d’histoire et auteur de plusieurs ouvrages, dont Histoire minimale de la révolution cubaine (2015) et Brève histoire de la censure et autres essais sur l’art et le pouvoir à Cuba (2023).

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