La Russie intensifie sa campagne de désinformation ciblant le Groenland, un territoire stratégique pour la surveillance navale et la défense antimissile, exploitant les tensions transatlantiques pour semer le doute et affaiblir l’OTAN. Cette offensive numérique, qui utilise de faux récits et des imitations de sources d’information crédibles, vise à déstabiliser le soutien à l’Ukraine et à créer des divisions au sein de l’alliance occidentale.
L’importance du Groenland réside dans sa position géographique unique. Le « Gap Groenland-Islande-Royaume-Uni » (GIUK) constitue, selon des experts, le dernier point de détection possible des sous-marins russes avant qu’ils n’atteignent l’Atlantique Nord et, potentiellement, les côtes américaines. Comme le soulignait d’ailleurs, dans une fiction télévisée, la présidente Grace Penn : « Le moyen le plus rapide pour la Russie de pénétrer dans nos défenses navales est de naviguer de l’Arctique vers l’Atlantique Nord. »
Moscou cherche à instrumentaliser les divergences entre les États-Unis et l’Europe, notamment en diffusant de fausses informations sur l’aide occidentale à l’Ukraine. Des publications sur les réseaux sociaux, attribuées à des sources proches du Kremlin, suggèrent que les livraisons d’armes à Kiev affaiblissent les pays européens et pourraient être détournées vers le Groenland. Un faux vidéo, imitant un présentateur danois, a même circulé, affirmant que le Danemark envisageait de récupérer les avions F-16 donnés à l’Ukraine pour les redéployer sur l’île. Cette vidéo a été vue plus de 45 300 fois sur X (anciennement Twitter).
Une autre vidéo, ayant atteint plus de 254 300 vues sur la même plateforme, prétendait, en imitant l’Institut pour l’étude de la guerre, que le soutien européen à l’Ukraine coûterait le Groenland à l’Europe et conduirait à la destruction de l’OTAN, forçant les nations européennes à s’aligner sur Moscou. Cette tactique, consistant à s’approprier l’identité de groupes de réflexion et de médias réputés, vise à donner une crédibilité accrue aux mensonges pro-Kremlin et à favoriser leur propagation.
Au-delà de la désinformation, la Russie renforce ses liens avec la Chine dans l’Arctique. La publication en 2018 du premier livre blanc chinois sur l’Arctique, dans lequel Pékin se déclarait un « État proche de l’Arctique » et affichait son ambition de créer une « Route de la soie polaire », a marqué un tournant. Depuis lors, la Chine et la Russie ont multiplié les patrouilles aériennes et navales conjointes dans les eaux arctiques, ce qui suscite l’inquiétude au sein de l’OTAN.
Le Groenland est également un emplacement stratégique pour la défense antimissile. La base spatiale de Pituffik abrite des radars d’alerte précoce américains qui, en collaboration avec des systèmes similaires en Alaska et au Canada, permettent de suivre les trajectoires des missiles balistiques intercontinentaux (ICBM). Compte tenu de la vitesse des ICBM russes – environ 40 minutes pour atteindre les États-Unis – le temps de réaction est extrêmement limité, soulignant l’importance d’une détection précoce.
L’alliance atlantique doit, selon les experts, surmonter ses désaccords internes pour préserver l’unité et renforcer sa présence dans le Grand Nord. L’extension des systèmes de radar et de communication militaires américains au Groenland pourrait faire partie intégrante du programme « Dôme doré », un effort de défense antimissile visant à améliorer la capacité de détection et de réaction face aux menaces potentielles.
Malgré les tensions politiques, la valeur géostratégique et dissuasive du Groenland est partagée par tous les alliés de l’OTAN. Il est donc essentiel que l’alliance reste unie et renforce sa coopération dans cette région cruciale, plutôt que de laisser les divisions servir les intérêts de Moscou.