L’Espagne se tourne vers le Japon pour anticiper les défis d’un vieillissement rapide de sa population. Alors que l’espérance de vie espagnole devrait égaler celle du Japon d’ici 2040, le système de santé japonais est étudié de près pour inspirer des solutions en matière de soins de longue durée et de prévention.
Avec une population vieillissante de plus en plus visible dans les parcs et sur les marchés, l’Espagne est confrontée à une transformation démographique majeure. Actuellement, 20,1 % de la population espagnole a plus de 65 ans, un chiffre qui devrait augmenter considérablement dans les années à venir. D’ici 2040, l’Espagne et le Japon devraient afficher les espérances de vie les plus élevées au monde.
C’est dans ce contexte qu’une conférence intitulée « Le Japon, l’Espagne de 2040 : défis et solutions pour le système national de santé du futur » s’est tenue cette semaine à Madrid. L’événement a mis en lumière l’importance de tirer des leçons de l’expérience japonaise en matière de soins aux personnes âgées.
L’espérance de vie moyenne en Espagne est actuellement de 84,01 ans pour les hommes et de 86,53 ans pour les femmes (chiffres 2024 du gouvernement espagnol). Ces chiffres contrastent avec ceux du Royaume-Uni (79 ans pour les hommes et 83 ans pour les femmes) et des États-Unis (75,8 ans pour les hommes et 81,1 ans pour les femmes).
L’augmentation de l’espérance de vie implique une plus grande prévalence des maladies liées à l’âge, ce qui pose un défi majeur pour le système de santé publique espagnol. « Le Japon est aujourd’hui le miroir de l’Espagne de 2040 et nous offre de précieuses leçons » concernant « les soins intégrés de longue durée, l’utilisation efficace des ressources et la culture de la prévention », a déclaré Ana Zubeldia, PDG et responsable de l’oncologie de la branche espagnole de la société pharmaceutique japonaise Daiichi Sankyo.
La « culture de prévention » est particulièrement importante face à l’augmentation prévue des cas de cancer – la première cause de décès en Espagne, avec plus de 300 000 nouveaux diagnostics annoncés dans les années à venir – et des maladies cardiovasculaires, première cause de décès chez les femmes. Ces deux enjeux représentent une part importante du défi actuel en matière de santé publique.
Le Japon, avec plus de 36 millions de personnes de plus de 65 ans, a développé une « économie de la longévité » axée sur les besoins spécifiques de sa population âgée. Cela se traduit par une offre de services diversifiée, allant des services de conversation aux robots de soins assistés par l’intelligence artificielle.
Une étude citée par le Forum économique mondial révèle que la population âgée japonaise est devenue « cinq ans plus jeune » en termes d’état de santé et de taux d’emploi au cours des 15 dernières années. C’est précisément cet objectif – un système de santé efficace axé sur la prévention – que l’Espagne cherche à atteindre.
Cependant, des obstacles subsistent. Le personnel de santé espagnol a organisé des grèves de quatre jours par mois pour revendiquer de meilleurs salaires et conditions de travail. De plus, le gouvernement devra peut-être augmenter le budget alloué aux soins de santé, qui représente actuellement moins de 7 %, et faciliter la reconnaissance des qualifications des professionnels de santé étrangers.
L’Espagne a besoin d’entre 100 000 et 130 000 infirmiers pour respecter les ratios de l’Union européenne. Par ailleurs, 43 % des médecins espagnols ont plus de 55 ans, ce qui signifie que des dizaines de milliers prendront leur retraite au cours de la prochaine décennie. Au rythme actuel, l’Espagne pourrait connaître un déficit de 800 000 soignants d’ici 2040.
Malgré ces défis, le système de santé espagnol reste l’un des meilleurs au monde. L’avenir dira si l’Espagne saura s’adapter aux mutations démographiques à venir.