Une vie façonnée par l’autonomie, une nouvelle définition de l’indépendance à l’épreuve du temps
Dès son plus jeune âge, le journaliste John McCormick a bâti sa vie sur l’autosuffisance, une philosophie qui l’a mené des bancs de l’université à la barre de puissants yachts, avant de se heurter aujourd’hui à une nouvelle réalité : celle de devoir accepter de l’aide pour les gestes les plus élémentaires.
Dès l’enfance, marqué par l’exemple de son père, menuisier autodidacte, McCormick a choisi de consacrer son temps à acquérir des compétences plutôt qu’à déléguer. Cette décision précoce, il la résume ainsi : « J’ai décidé très tôt que je pouvais soit rechercher un revenu élevé pour payer les autres pour chaque réparation, soit passer ma vie à acquérir des compétences, à trouver du plaisir et à économiser de l’argent en m’occupant moi-même de travaux coûteux. » Si cette voie a parfois conduit à des achats d’outils peu rentables, elle a surtout offert la satisfaction inestimable de pouvoir, par exemple, « réviser un moteur de voiture ou réparer un four lors d’un week-end froid ».
Au fil des ans, cette quête d’autonomie s’est concrétisée par la maîtrise de nombreuses disciplines. Mécanicien de terrain pour engins de chantier après avoir appris à réparer ses propres véhicules, il est ensuite devenu écrivain à plein temps, fort d’une expérience éclectique dans une douzaine de domaines. Ses passions ont également suivi cette même voie. Amateur d’eau, il a appris la voile à Boston, maîtrisant la lecture des cartes, la navigation, la prévision météorologique et la connaissance des marées. Sa compétence l’a propulsé au poste de navigateur et barreur sur des yachts de luxe, notamment dans l’Atlantique Nord. Un épisode marquant fut sa participation, il y a quelques années, à la livraison d’un yacht de course d’une valeur de 250 000 dollars. Lors d’une traversée périlleuse vers le canal de Cape Cod, face à la panique d’un membre d’équipage amateur, il a pris les commandes, devenant le bras droit essentiel du propriétaire pendant deux heures. Cette performance lui a ouvert les portes d’une collaboration bénévole sur ce yacht pendant des années.
Cette philosophie de l’autosuffisance s’est étendue à tous les aspects de sa vie. Il a appris le métier de serrurier de manière autonome, exerçant cette profession pour son université et une agence de détectives. Pendant des décennies, il a préparé tous ses repas, évitant la restauration extérieure et les produits transformés des supermarchés, préférant acheter sa farine en sac et sa levure au kilo. Il raconte même avoir utilisé une cuisson sous vide pour attendrir des pièces de viande coriaces. « Ma vie entière a été définie par compétence et contrôle », affirme-t-il.
Cependant, l’épreuve ultime s’est manifestée : « Maintenant, j’ai du mal à passer d’un fauteuil inclinable à un fauteuil roulant. » Récemment, il a dû accepter l’aide d’une jeune femme pour des gestes d’hygiène personnelle qu’il ne peut plus réaliser seul. Bien qu’il puisse encore écrire, sa capacité d’action est considérablement réduite. L’acceptation des soins palliatifs, une idée qu’il avait fermement rejetée en refusant toute institution, représente un défi immense. Il redoutait « un établissement spécial où l’on allait vivre ses derniers jours », imaginant une multitude de personnes « profondément mécontentes de devoir compter sur les autres pour faire presque tout à leur place ».
Une conversation avec une amie, K, a redéfini sa perception. Celle-ci lui a raconté comment sa mère, malheureuse en maison de retraite suite à une fracture du dos et un cancer, avait pu revenir à domicile grâce à une agence de soins palliatifs. Ces professionnels, couvrant cinq comtés du Midwest, ont aménagé le domicile de la mère de K, installé un lit médicalisé et assuré des soins réguliers. Cette seule expérience a transformé sa vision : il ne s’agissait plus d’un abandon, mais d’« un choix final et intelligent pour assurer mon indépendance à la maison ». Sa philosophie d’autonomie demeure, mais la méthode évolue : « trouver le moyen le plus compétent de relever ce défi final, même si cela signifie accepter de l’aide. Mon autonomie continue. »
Cette série d’articles, intitulée « Last Deadline », propose les réflexions de John McCormick, journaliste, alors qu’il aborde son dernier chapitre de vie.