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Le ministre déclare que le film sur les meurtres de la famille Lin « piétine » l’histoire de Taiwan

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Publié le 9 février 2024 à 03h10. Le ministre taïwanais de la Culture dénonce un film en préparation sur un crime non résolu des années 1980, craignant une réécriture de l’histoire et un préjudice pour les victimes et leurs familles.

  • Le ministre de la Culture, Li Yuan, accuse le film « The Century Bloodshed » de « piétiner l’histoire et le peuple de Taiwan ».
  • La production est critiquée pour ne pas avoir obtenu le consentement de la famille Lin I-hsiung, dont les membres ont été assassinés en 1980.
  • Des inquiétudes sont exprimées quant à la possible influence chinoise sur le film et à la diffusion d’une version biaisée des faits.

Taipei – Le ministre taïwanais de la Culture, Li Yuan, a exprimé sa vive préoccupation concernant un film en préparation, intitulé « The Century Bloodshed », qui traite des meurtres non résolus de la famille de Lin I-hsiung, figure de l’opposition dans les années 1980. Il a dénoncé dimanche une œuvre qu’il juge partiale et susceptible de nuire à la mémoire des victimes.

S’adressant à la presse, Li Yuan a qualifié la représentation du massacre dans le film de « extrêmement inappropriée ». Il a souligné que cette affaire, l’une des plus douloureuses de l’histoire taïwanaise, ne doit pas être soumise à des interprétations arbitraires, au risque de compromettre les efforts de justice transitionnelle.

Au-delà des considérations morales, le ministre a également soulevé des questions juridiques. Il a précisé que la production n’avait pas obtenu l’accord de Lin I-hsiung ou de sa famille, et que les acteurs pourraient avoir été induits en erreur quant à la véritable nature de l’histoire qu’ils allaient interpréter.

Li Yuan a insisté sur la nécessité d’une compréhension précise des événements passés, soulignant que les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de la justice transitionnelle sont en partie dues à un manque de connaissance et à une dilution de la vérité historique, en particulier chez les jeunes générations.

Le crime, survenu le 28 février 1980, avait coûté la vie à la mère de Lin I-hsiung et à ses deux filles jumelles de six ans, alors que le dissident était incarcéré à la suite de son implication dans des manifestations pro-démocratie à Kaohsiung. L’affaire reste non résolue à ce jour.

Selon des informations divulguées par le média chinois Mirror Media, le scénario du film suggère que les meurtres auraient été orchestrés par un autre dissident, dans le cadre d’une vengeance politique. Cette théorie, qui avait été initialement explorée par les enquêteurs, a été jugée « erronée » par la Commission de justice transitionnelle dans un rapport publié en 2020. Le rapport soulignait que cette hypothèse reposait sur des « fausses prémisses » et ne pouvait être étayée par des preuves.

La Commission avait également critiqué les autorités pour ne pas avoir suffisamment enquêté sur la possibilité que le crime ait été commandité par le gouvernement du Kuomintang de l’époque, ou commis par des agents corrompus. Ces lacunes initiales ont, selon le rapport, entravé les investigations et compromis les chances de résoudre l’affaire.

La polémique a suscité des réactions dans le milieu du cinéma. Kou Shih-hsun, l’une des stars du film, a présenté des excuses publiques à la famille Lin, reconnaissant son manque de sensibilité face au traumatisme historique et aux « préjudices secondaires » que de telles représentations peuvent engendrer.

« En raison des limites de mon éducation et de mon environnement, j’ai négligé le fait que, dans un système autoritaire, l’origine d’une personne est indissociable de l’idéologie dominante. »

Kou Shih-hsun, acteur

Kou Shih-hsun a également admis avoir sous-estimé le potentiel du scénario à introduire des biais ou à influencer l’interprétation des faits. Il a appelé les producteurs à suspendre la production et la distribution du film jusqu’à ce que les autorisations nécessaires soient obtenues.

Le ministre Li Yuan a également exprimé son inquiétude quant à d’éventuels soutiens financiers chinois au projet. Il a rappelé que l’équipe de production avait déjà réalisé « La fusillade de 319 » (幻術), un film qu’il avait vivement critiqué pour son manque de respect envers le peuple taïwanais.

« Après avoir regardé « La fusillade de 319 », j’étais très en colère. À en juger par leurs motivations, je suis convaincu que ce nouveau film piétinera et nuira une fois de plus au peuple taïwanais, tout en méprisant et en réécrivant notre histoire. »

Li Yuan, ministre de la Culture

« La fusillade de 319 », sorti en 2019, est une adaptation de la tentative d’assassinat du président Chen Shui-bian (陳水扁) et de la vice-présidente Annette Lu (呂秀蓮) lors d’un meeting électoral à Tainan le 19 mars 2004, la veille de l’élection présidentielle taïwanaise.

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