L’Union européenne explore de nouvelles voies pour relancer sa compétitivité économique, et la Roumanie se montre favorable à plusieurs initiatives audacieuses, allant d’une coopération renforcée entre certains États membres à une stratégie industrielle ambitieuse. Le ministre roumain des Finances, Alexandru Nazare, a exprimé son soutien à ces mesures lors d’une interview accordée à Euronews.
Au cœur des discussions se trouve l’idée d’une « union à deux vitesses », permettant à au moins neuf pays de progresser ensemble sur des dossiers bloqués par un manque de consensus général. « Si ce format peut accélérer certains des dossiers que nous avons déjà au sein de l’EcoFin (Conseil des affaires économiques et financières), je pense que c’est une bonne idée », a déclaré Nazare. Cette approche a gagné en importance après la décision récente de l’UE de débloquer 90 milliards d’euros pour l’Ukraine sans l’accord unanime des États membres, signalant une volonté de privilégier la rapidité à l’unanimité.
Le ministre roumain a également soutenu le « paquet sur les marchés des capitaux » et l’Union de l’épargne et des investissements, estimant qu’il était crucial d’accélérer leur mise en œuvre. Il s’est montré optimiste quant au potentiel d’un nouveau groupe d’économies de l’UE, surnommé « E6 » (Allemagne, France, Italie, Espagne, Pays-Bas et Pologne), qui vise à accélérer l’intégration des marchés de capitaux. « Je pense que nous devrions voir ce qui sortira finalement de l’E6 », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il n’estimait pas que ce groupe avait l’intention de marginaliser les plus petits pays. « Je pense qu’ils ont prévu de résoudre certaines des questions critiques qui sont sur la table. Et s’ils y parviennent, c’est une très bonne chose pour l’Europe. »
Par ailleurs, Nazare a approuvé la proposition française d’une stratégie « Made in Europe », qui imposerait des exigences minimales de contenu européen pour les produits fabriqués localement. « Cela soutient l’autonomie stratégique dont nous discutons », a-t-il souligné, insistant sur la nécessité de renforcer le bloc européen. Il a également défendu l’idée d’une dette commune de l’UE, notamment pour financer des investissements dans des secteurs stratégiques tels que les technologies vertes, la défense et la sécurité, une approche déjà utilisée avec succès dans le cadre du plan NextGenEU.
Le ministre a également abordé la situation économique de la Roumanie, reconnaissant que le pays affiche actuellement le déficit budgétaire le plus élevé de l’UE. Il a toutefois assuré que la situation s’améliore, et que la confiance envers la Roumanie au sein du Conseil européen est en hausse. « Nous avons gagné en confiance. Non seulement nous avons atteint les objectifs de déficit pour 2025, mais nous avons également surperformé de 0,7 % », a-t-il précisé. Le gouvernement roumain a mis en œuvre des mesures d’austérité, notamment une réduction de 10 % des salaires dans le secteur public, afin de réduire le déficit. L’objectif est de sortir de la procédure de déficit excessif (PDE) d’ici 2029 ou 2030, une étape cruciale pour l’adhésion future de la Roumanie à la zone euro.
Nazare a conclu en soulignant l’importance de réorienter la stratégie économique roumaine et de favoriser les investissements en Europe. « Maintenant, nous avons 300 milliards d’euros de notre épargne qui sont investis à l’étranger. Si nous veillons à ce que ces milliards investis à l’étranger soient investis en Europe, c’est très bien pour l’Europe », a-t-il affirmé.