Publié le 12 février 2026. Le désert du Taklamakan, autrefois considéré comme une « mer de la mort », connaît une transformation spectaculaire grâce à un projet de reforestation massif, devenant un puits de carbone capable d’absorber le dioxyde de carbone atmosphérique.
- Des analyses récentes confirment que les efforts de plantation d’arbres en Chine, menés depuis plus de 40 ans, contribuent à lutter contre le changement climatique.
- Un « anneau vert » de 3 000 km entoure désormais le désert, stabilisant les dunes de sable et favorisant la croissance de la végétation.
- Des études scientifiques démontrent que le désert absorbe désormais du CO2, grâce à la fois aux plantes et à des processus physico-chimiques impliquant le sable lui-même.
Longtemps hostile à toute forme de vie, le désert du Taklamakan, qui s’étend sur environ 337 000 kilomètres carrés (une superficie comparable à celle de l’Allemagne), est en train de se métamorphoser. Plus de 95 % de sa superficie est constituée de dunes de sable mouvantes, et ses précipitations annuelles sont inférieures à 50 mm, ce qui en fait l’un des environnements les plus arides et difficiles de la planète.
Depuis les années 1950, l’expansion du désert, exacerbée par l’urbanisation et l’agriculture intensive en Chine, a entraîné une désertification croissante et de violentes tempêtes de sable. Pour contrer ce phénomène, le gouvernement chinois a lancé en 1978 le « Projet de construction du système de brise-vent des Trois Nord », également connu sous le nom de « Grande Muraille Verte », un ambitieux programme national de reforestation.
Une étape cruciale a été franchie le 28 novembre 2024 avec la plantation des 100 derniers arbres dans le comté de Yutian, dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang. Cette action a permis de relier une ceinture verte qui encercle complètement les 3 046 km de circonférence du désert.
Les efforts de reforestation ont permis d’augmenter considérablement la couverture forestière en Chine : de 10 % en 1949 à plus de 25 % en 2024, grâce à la plantation de plus de 66 milliards d’arbres dans le nord du pays.
Pour la création de cette ceinture verte, des espèces végétales résistantes à la sécheresse et à l’envasement des sables ont été privilégiées, telles que le saule kotokake, la laine de sakusa et le psyllium.
Des recherches récentes, publiées en janvier 2026 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS), confirment que le désert du Taklamakan est désormais capable d’absorber le dioxyde de carbone (CO2) de l’atmosphère. Cette transformation est le résultat d’une analyse intégrée de données satellitaires et d’observations sur le terrain.
Auparavant considéré comme un « vide biologique », le désert s’est révélé être un « puits de carbone » grâce à des avancées scientifiques et technologiques récentes. Une équipe de recherche dirigée par le professeur Yuk Yung du California Institute of Technology et King-Fai Li de l’Université de Californie à Riverside a analysé des données collectées au cours des 25 dernières années.
L’équipe a utilisé les données de l’ Observatoire du carbone en orbite (OCO) de la MODIS (Spectroradiomètre imageur à résolution intermédiaire) de la NASA pour suivre la composition atmosphérique autour du désert. Les résultats ont révélé que la concentration de CO2 au-dessus des zones reboisées était inférieure de 1 à 2 parties par million (ppm) à celle des zones environnantes, formant ainsi des « points froids ».
Cet effet est particulièrement marqué pendant la saison humide (de juillet à septembre), lorsque les précipitations atteignent en moyenne 16,3 millimètres par mois, soit environ 2,5 fois plus qu’en saison sèche. Durant cette période, la concentration de CO2 diminue, passant d’une moyenne de 416,3 ppm en saison sèche à 413 ppm. L’analyse de la fluorescence de la chlorophylle induite par le soleil (SIF) montre également une augmentation de l’activité photosynthétique, avec une intensité croissante de 6,1 × 10-3 W/m2/sr/µm par an.
L’absorption du carbone par le désert s’explique par deux mécanismes principaux : les processus biologiques et les processus physico-chimiques. Le processus biologique, qui est le plus important, implique l’absorption du CO2 par les plantes lors de la photosynthèse et son stockage sous forme de matière organique. L’étude révèle une tendance à l’augmentation de l’échange net d’écosystème (NEE) de -5,2 × 10-12 kg/m2/s/an, ce qui indique une capacité d’absorption croissante.
Le sable lui-même possède également une capacité d’absorption du carbone grâce à des processus physico-chimiques. Les variations de température diurnes et nocturnes entraînent l’absorption de CO2 par l’air contenu dans les interstices du sable, ce qui pourrait potentiellement séquestrer environ 1 million de tonnes de carbone par an. Cependant, cette absorption par le sable est vulnérable au changement climatique, car l’augmentation des températures pourrait entraîner la libération du CO2.
La fixation biologique du carbone par les plantes est donc essentielle pour un stockage durable.
Le projet soulève toutefois un « paradoxe vert » : les arbres, tout en absorbant le CO2, consomment de l’eau, une ressource précieuse dans cette région aride. Les arbres renvoient de l’eau dans l’atmosphère par transpiration, puisant ainsi dans les réserves du sol et des nappes phréatiques. Les plantations actuelles dépendent du ruissellement de surface provenant de la fonte des neiges des montagnes environnantes, mais une plantation à grande échelle et non planifiée pourrait entraîner des pénuries d’eau locales et modifier les régimes de précipitations.
L’expérience chinoise offre des enseignements précieux pour d’autres projets de verdissement des terres arides, comme la « Grande Muraille Verte » en Afrique, qui privilégie la régénération naturelle et une gestion diversifiée du territoire afin de créer une « verdure en mosaïque ».
La stabilité politique à long terme de la Chine a été un facteur déterminant dans la poursuite de ce projet sur plus de 40 ans, comme le souligne King-Fai Li de l’Université de Californie à Riverside, saluant la persévérance chinoise face à l’échec de projets similaires dans d’autres régions.
La stabilisation de l’agriculture, la protection des terres agricoles environnantes et le renforcement de la sécurité alimentaire sont autant de bénéfices directs de ce projet. Il contribue également au développement régional et à la stabilité sociale dans les régions occidentales, telles que la région autonome ouïghoure du Xinjiang. La valeur économique des forêts de protection le long de la route du désert de Tarim est estimée à des centaines de millions de yuans en raison de leur capacité à fixer le carbone et à libérer de l’oxygène.
La transformation du désert du Taklamakan en puits de carbone est une lueur d’espoir dans la lutte contre le changement climatique. Cependant, les chercheurs restent pragmatiques : même si l’ensemble du désert (de la taille de l’Allemagne) était verdoyé, l’absorption annuelle de CO2 serait estimée à environ 60 millions de tonnes, soit seulement 10 % des émissions annuelles du Canada et une part limitée par rapport aux 40 milliards de tonnes émises mondialement chaque année.
Néanmoins, ce projet démontre qu’il n’existe pas de paysage impossible et fournit des connaissances essentielles pour maintenir l’équation suivante positive :
CO2 réduit = (absorption par les plantes) + (fixation par le sable) – (consommation de ressources associée à la maintenance).
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