Home International Le navire Endurance d’Ernest Shackleton n’est pas aussi solide qu’on le pensait, selon un chercheur : NPR

Le navire Endurance d’Ernest Shackleton n’est pas aussi solide qu’on le pensait, selon un chercheur : NPR

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Un nouveau rapport remet en question la robustesse de l’Endurance, le mythique navire de l’explorateur Ernest Shackleton, longtemps considéré comme un exemple de construction navale d’élite. Des recherches récentes suggèrent que le navire aurait succombé non pas à une avarie de gouvernail après avoir été piégé par la glace en 1915, mais à des failles structurelles intrinsèques.

L’histoire de l’Endurance, figé puis englouti par les glaces de la mer de Weddell lors de l’expédition Impériale Transantarctique de Shackleton, est une épopée de résilience humaine qui a captivé le public pendant plus d’un siècle. Cependant, des conclusions d’une nouvelle étude menée par Jukka Tuhkuri, professeur à l’Université Aalto en Finlande, remettent en cause certains aspects de cette légende, notamment la réputation de solidité exceptionnelle du navire.

« Rien de tout cela n’est vrai », affirme Jukka Tuhkuri, dont les recherches portent sur la glace de mer et la technologie marine arctique. Selon le scientifique, l’Endurance n’était « pas un navire solide comparé aux autres navires de son époque, et il n’a pas coulé à cause du gouvernail. »

Cette conclusion découle d’une analyse technique approfondie et d’une étude méticuleuse de documents historiques – plans du navire, photographies et correspondances privées – entreprise par Tuhkuri. Son travail, publié dans la revue *Polar Record*, met en évidence plusieurs défauts de conception qui auraient rendu l’Endurance particulièrement vulnérable aux conditions extrêmes de l’Antarctique. Il suggère même que Shackleton lui-même était conscient de ces faiblesses.

Shackleton avait d’ailleurs fait part de ses inquiétudes à son épouse dans une lettre, indiquant que l’Endurance n’était « pas aussi forte que [son précédent navire] le Nimrod par construction » et qu’il « l’échangerait n’importe quel jour contre l’ancien Nimrod, sauf pour le confort ». Le Nimrod avait servi lors de l’expédition de 1907-1909, durant laquelle Shackleton et son équipage s’étaient approchés à moins de 156 kilomètres du pôle Sud.

Selon Tuhkuri, l’histoire de l’Endurance, initialement baptisé Polaris et conçu pour le tourisme arctique, éclaire une divergence fondamentale entre sa vocation première et l’usage que Shackleton en a fait. Le navire avait été construit pour résister aux chocs avec les bords des banquises, là où les ours polaires chassent. Or, Shackleton l’a propulsé au cœur de la banquise, là où la glace exerce des pressions de compression sur la coque – une contrainte différente, exigeant des renforcements structurels spécifiques qui faisaient défaut.

En 1914, Shackleton avait embarqué 27 hommes à bord de deux navires, l’Endurance et l’Aurora, dans le but audacieux de traverser le continent antarctique par voie terrestre. L’Endurance, avec Shackleton à son bord, devait opérer d’un côté du continent, tandis que l’Aurora prenait position de l’autre. Cependant, avant même d’atteindre la côte, l’Endurance a été pris au piège dans la glace épaisse de la mer de Weddell en janvier 1915.

L’équipage a passé des mois à bord du navire prisonnier, contraint finalement de l’abandonner en octobre 1915, emportant avec eux des canots et un minimum de provisions. L’Endurance a sombré le 21 novembre 1915. Miraculeusement, Shackleton et tous les membres de l’équipage de l’Endurance ont survécu. (Seuls trois membres de l’équipage de l’Aurora n’ont pas été secourus).

La glace de mer n’est pas une surface d’eau gelée homogène, mais une « mosaïque » de plaques de tailles variées, constamment agitées par le vent et les courants. L’Endurance, dérivant dans ce chaos gelé, a finalement subi les effets dévastateurs de la compression exercée par la glace, qui a fini par le broyer.

Tuhkuri détaille des faiblesses structurelles notables : des poutres de pont en pin et des membrures en chêne et en pin, jugées moins robustes que celles d’autres navires d’exploration polaire de l’époque. De plus, la longue salle des machines aurait affaibli la coque, qui manquait de contreventements diagonaux essentiels pour une telle expédition. Bien que des dommages au gouvernail aient provoqué une voie d’eau, les efforts de l’équipage auraient permis de la contenir. Le véritable coup de grâce fut, selon Tuhkuri, la « déchirure de la quille [l’ossature centrale du navire] qui a brisé le navire en deux moitiés ».

Loin de vouloir ternir l’héritage de l’expédition de Shackleton, Jukka Tuhkuri souhaite simplement apporter un éclairage technique et factuel à ce récit historique. Comme il le conclut dans son article : « Peut-être que l’Endurance était un navire fort et héroïque au sens poétique ; au sens technique, malheureusement, ce n’était pas le cas. »

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