Publié le 24 octobre 2025. Le Pape Léon s’est adressé aux membres de la Compagnie de Jésus, les appelant à incarner la joie de l’Évangile avec humilité et conviction. Il a souligné l’importance de rester ancrés dans la foi pour guider les autres, dans un monde en profonde mutation.
- Le Saint-Père a encouragé les Jésuites à être présents aux « frontières », qu’elles soient géographiques, culturelles, intellectuelles ou spirituelles.
- Il a mis en avant la nécessité d’une « conversion écologique » et d’une culture de réconciliation face aux défis contemporains.
- Le Pape a rappelé les quatre préférences apostoliques universelles des Jésuites, les invitant à poursuivre leur mission avec audace et discernement.
Dans une allocution empreinte de spiritualité et d’une profonde analyse du monde actuel, Sa Sainteté le Pape Léon s’est adressé à la Compagnie de Jésus. Il a salué les paroles de leur Président Général et a exprimé le souhait que leur rencontre soit « fructueuse ». Le Souverain Pontife a dressé un portrait de notre époque, la décrivant comme une « transformation moderne » marquée par des bouleversements rapides dans tous les domaines : culturel, économique, technologique et politique. Il a notamment cité l’intelligence artificielle et ses répercussions sur notre compréhension du travail, des relations humaines et de l’identité même. La dégradation de notre « maison commune » et l’incapacité des systèmes politiques à répondre aux besoins des plus démunis ont également été mentionnées, tout comme la montée du populisme, la polarisation idéologique, le consumérisme, l’individualisme et l’indifférence.
Malgré ces défis, le Christ continue d’envoyer ses disciples, a rappelé le Pape. La Compagnie de Jésus, fidèle à son histoire, a toujours su se positionner là où les besoins de l’humanité rencontrent « l’amour salvifique de Dieu ». Citant le Pape Paul VI, le Saint-Père a affirmé que les Jésuites sont présents « partout où il y a eu dans l’Église, même dans les régions les plus difficiles et les plus extrêmes ». Dans cette lignée, le Pape Léon a réitéré l’appel : « L’Église a besoin de vous aux frontières – qu’elles soient géographiques, culturelles, intellectuelles ou spirituelles. » Ces lieux, souvent déroutants, exigent discernement, innovation et confiance dans le Christ, en s’armant de la vérité et de la justice pour proclamer la « bonne nouvelle de la paix ». L’abandon de structures anciennes, au profit d’un « plus grand bien », peut nécessiter la pratique de la « sainte indifférence » ignatienne.
Le cheminement synodal au sein de l’Église a été identifié comme une limite actuelle, mais aussi comme une opportunité. Le Pape Léon a souligné que le synode invite à une écoute plus profonde de l’Esprit Saint et des autres, afin de rendre les structures et les ministères plus « flexibles, transparents et plus réactifs à l’Évangile ». Le Saint-Père a également abordé la question de la réconciliation et de la justice, dans un monde fracturé par les conflits et les inégalités. Face à la « mondialisation du déficit », il a appelé à cultiver une « culture de réconciliation » basée sur la vérité, le pardon et la guérison, affirmant que « le bien est plus fort que le mal ».
La technologie, et plus particulièrement l’intelligence artificielle, a été présentée comme une autre frontière essentielle. Si elle offre des possibilités d’épanouissement humain, elle présente aussi des risques d’isolement et de manipulation. L’Église a un rôle à jouer dans l’orientation morale de ces évolutions, en défendant la dignité humaine et en promouvant le bien commun. L’évangélisation via les plateformes numériques et la lutte contre les « faux dieux du consumérisme, du pouvoir et de l’autosuffisance » sont des enjeux majeurs.
Le Pape a ensuite rappelé les quatre préférences apostoliques universelles de la Compagnie de Jésus, validées par le Pape François en 2019. La première, l’accompagnement spirituel et le discernement, répond à une recherche profonde de sens. Partout, y compris dans les sociétés sécularisées, les individus aspirent à quelque chose de plus grand, rappelant la parole de saint Augustin : « Tu nous as créés pour toi, Seigneur, et nos cœurs ne se reposeront pas tant qu’ils ne reposeront pas en Toi. » Le Pape a encouragé la rencontre avec ces chercheurs de sens dans divers lieux.
La deuxième préférence, « marcher avec les pauvres, les exclus du monde et ceux dont la dignité a été violée », a été qualifiée d’impérative. Le Saint-Père a dénoncé une économie qui privilégie le profit au détriment de la dignité humaine, engendrant des migrations forcées et de l’hostilité. Il a appelé à l’instauration de nouveaux modèles basés sur la solidarité et le bien commun, soulignant le rôle des universités, des centres communautaires et des institutions comme le Service Jésuite des Réfugiés dans la promotion d’un changement systémique. Malgré les obstacles, la confiance en la force transformatrice de l’amour divin est primordiale.
La troisième préférence, « accompagner les jeunes vers un avenir plein d’espérance », est une « question urgente ». Le Pape a décrit la jeunesse actuelle comme diverse mais unie dans sa quête d’authenticité et de transformation. L’Église doit trouver son langage pour les rencontrer, leur offrir des espaces où ils peuvent découvrir le Christ et leur vocation. Les prochaines Journées Mondiales de la Jeunesse en Corée ont été citées comme un moment clé pour cette mission.
Enfin, la quatrième préférence, « le souci de notre maison commune », répond à un « cri à la fois humain et divin ». Faisant écho à l’encyclique Laudato Si’, le Pape a souligné que les jeunes exigent un changement face à la crise environnementale. Une « conversion écologique », entendue comme une transformation spirituelle profonde, est nécessaire pour renouveler notre relation avec Dieu, les autres et la création. Une collaboration humble est essentielle, et les communautés jésuites sont appelées à devenir des exemples de durabilité environnementale.
Le Pape Léon XIV a conclu en soulignant que l’urgence d’annoncer l’Évangile aujourd’hui n’est pas moindre qu’au temps de saint Ignace. Il a exhorté les Jésuites à aider le monde à « réaliser cette modernité », à semer l’espoir et à apporter la lumière. Pour y parvenir, il est crucial de rester proche de Jésus par la prière, les sacrements et la dévotion. C’est de cet enracinement que naîtra le courage d’aller partout, de dire la vérité, de réconcilier, de guérir et de libérer. Le Pape Léon XIV a invité la Compagnie de Jésus à « lire les signes des temps avec une profondeur spirituelle », à adopter ce qui valorise la dignité humaine et à rejeter ce qui la réduit. Il les a encouragés à être « flexibles, créatifs, maîtres du discernement et toujours en mission ». En terminant, il a accordé sa « bénédiction apostolique » pour leur service.