Bangkok, 8 février 2026. La Thaïlande a connu une journée électorale riche en surprises, avec une victoire inattendue du parti conservateur Bhumjaithai aux élections législatives et un vote favorable à la révision de la Constitution héritée de la junte militaire.
- Le parti Bhumjaithai (BJT) du Premier ministre Anutin Charnvirakul est en tête des résultats avec au moins 195 sièges sur 500.
- Près de 60 % des électeurs ont approuvé la modification de la Constitution.
- Le Parti populaire réformateur (PP), favori des sondages, arrive en deuxième position.
La Thaïlande a voté ce dimanche pour choisir ses représentants au Parlement et pour se prononcer sur une réforme constitutionnelle majeure. Les résultats préliminaires indiquent un revirement politique, avec le parti Bhumjaithai (BJT) d’Anutin Charnvirakul largement en tête des élections législatives anticipées, convoquées par le Premier ministre lui-même. Parallèlement, une majorité d’électeurs (environ 60 % selon les premiers décomptes) s’est prononcée en faveur de la modification de la Constitution rédigée sous l’égide de la junte militaire qui a dirigé le pays entre 2014 et 2019.
Ce résultat est d’autant plus surprenant que les sondages prévoyaient une victoire du Parti populaire réformateur (PP), qui avait fait de la révision constitutionnelle un pilier de sa campagne. Le PP se retrouve finalement en deuxième position, avec 114 sièges, loin derrière les 195 obtenus par le BJT. Le parti populiste Phue Thai (PT) du clan Shinawatra arrive en troisième position avec 78 sièges. Un seuil de 251 sièges est nécessaire pour former un gouvernement.
« Nous acceptons humblement la décision du peuple », a déclaré Anutin Charnvirakul aux médias depuis le quartier général de son parti à Bangkok. « La victoire d’aujourd’hui est la victoire de tous les citoyens », a-t-il ajouté.
Cette victoire marque un contraste frappant avec les élections de 2023, où le BJT n’avait remporté qu’environ 70 sièges. Elle constitue également un revers important pour le PP, dont le prédécesseur, le parti Advance, avait pourtant dominé le scrutin de 2023 avec un programme ambitieux de réformes, notamment concernant la monarchie et l’armée, deux institutions puissantes dans le pays. Malgré sa victoire électorale, Advance n’avait pas pu former un gouvernement en raison du veto du Sénat, alors dominé par les conservateurs.
Le leader du PP, Natthaphong Ruengpanyawut, a reconnu la défaite et a déclaré :
« Nous devons permettre au vainqueur de former un gouvernement. »
Natthaphong Ruengpanyawut, leader du Parti populaire réformateur Il a souligné son respect « pour le système parlementaire ».
Pour ces élections, le Parti populaire a atténué certaines de ses propositions les plus radicales, notamment celles visant à abroger la loi de lèse-majesté, une législation controversée qui criminalise les critiques envers la famille royale. Cette loi a été au cœur des poursuites judiciaires et de la dissolution de formations politiques précédentes.
Anutin Charnvirakul entamera désormais des négociations avec d’autres partis pour former une coalition gouvernementale. Des alliances avec des forces traditionalistes ou avec le Pheu Thai sont envisageables.
La Commission électorale doit annoncer les résultats provisoires une fois que 95 % des suffrages auront été dépouillés, ce qui pourrait intervenir dès lundi. Les partis ont jusqu’au 9 avril pour contester les résultats avant leur officialisation. Quant à la réforme constitutionnelle, elle prévoit deux référendums supplémentaires, une procédure longue que de nombreux Thaïlandais considèrent comme une étape essentielle vers une démocratie plus complète.
(mn/efe, Reuters)