Publié le 6 février 2024 00:03:00. Intel connaît des difficultés persistantes dans le développement de ses cartes graphiques discrètes, multipliant les annulations de projets et les retards, tandis qu’un nouveau recrutement pourrait signaler une volonté de relancer cette division.
- Intel a annulé plusieurs projets de GPU, notamment la gamme haut de gamme « Battlemage » (BMG) G10 et une alternative à l’AMD « Halo Strix ».
- Le PDG d’Intel, Lip-Bu Tan, a reconnu que l’entreprise pourrait être en retard dans le domaine des GPU, en particulier pour l’intelligence artificielle.
- L’embauche d’Eric Demers, un architecte graphique renommé, laisse entrevoir une nouvelle stratégie pour la division graphique d’Intel.
Les ambitions d’Intel dans le secteur des cartes graphiques discrètes se heurtent à des obstacles majeurs. Après plusieurs tentatives infructueuses, la première génération, « Arc » (Alchemist), a été lancée avec des lacunes significatives, notamment des pilotes instables et l’absence de modèles haut de gamme. La promesse d’une amélioration avec la deuxième génération n’a pas été tenue : le projet « Battlemage » G10 a été abandonné en cours de développement, et les pilotes de la génération actuelle n’ont pas atteint les performances attendues. Un remplaçant, le G31, moins ambitieux, est en développement, mais sa sortie pour le marché grand public reste incertaine, rappelant le sort réservé au projet Bartlett Lake.
Parallèlement, Intel a progressivement abandonné ses efforts dans le domaine des accélérateurs d’IA, avec l’annulation de tous les successeurs de la première génération, « Ponte Vecchio ». Lip-Bu Tan a même déclaré qu’il pourrait être trop tard pour Intel pour rattraper son retard dans ce secteur, la concurrence étant trop forte. L’accord récent avec Nvidia, qui prévoit la fourniture de chipsets graphiques pour les processeurs Intel, est perçu comme un autre coup dur pour ses propres solutions.
L’embauche d’Eric Demers, un architecte graphique de renom ayant travaillé chez SGI, Art-X, ATi (devenue AMD) et Qualcomm, pourrait marquer un tournant. Selon Lip-Bu Tan, il a fallu beaucoup d’efforts pour le convaincre de rejoindre Intel :
« C’est vrai. Je viens d’embaucher [un] nouveau chef architecte GPU et il est très bon. Je suis très heureux qu’il m’ait rejoint et il a fallu pas mal de temps pour le convaincre. »
Lip-Bu Tan, PDG d’Intel
Il est important de noter que M. Tan n’a pas commenté la question de la fabrication interne des GPU. Initialement, le développement des GPU avait une double motivation pour Intel : fournir une solution pour le supercalculateur Aurora, après l’échec de plusieurs plans précédents, et utiliser ses usines de production pour remplacer les processeurs Atom. L’idée était de valoriser les capacités de production excédentaires après la transition vers des processus de fabrication plus récents (par exemple, 22 nm), en exploitant un processus plus ancien (par exemple, 32 nm) où Intel disposait d’un avantage concurrentiel. Les Atom et les GPU étaient censés être les bénéficiaires de cette stratégie, mais aucun des deux n’a rencontré le succès escompté, obligeant Intel à recourir à TSMC pour la production de ses GPU.
L’embauche d’Eric Demers pourrait indiquer une volonté de revenir à une production interne, mais il est possible que les propos de M. Tan se réfèrent principalement aux solutions GPGPU (calculs à usage général sur GPU) pour l’accélération des tâches d’IA, plutôt qu’aux GPU destinés au grand public.